Bar rayé: «La population est beaucoup trop importante»

L’explosion du stock du bar rayé dans la rivière Miramichi inquiète les pêcheurs de saumon de la région. L’association locale demande au gouvernement fédéral d’assouplir les règles sur la pêche du bar rayé afin de diminuer le nombre de producteurs de 300 000 à 50 000.

Chaque année, le bar rayé se rend de plus en plus loin dans la rivière Miramichi. Ce printemps, des observateurs ont vu le poisson aussi loin qu’à Boiestown, une communauté située à plus de 100 kilomètres à l’ouest de la ville de Miramichi.

«C’est très inhabituel. Personne n’a jamais vu ça avant. Ç’a seulement lieu depuis que le stock est aussi élevé. Il y a seulement un petit pourcentage qui migre ainsi, mais les tacons (jeunes saumons) représentent la nourriture prédominante dans cette région», affirme Mark Hanbrook, président de l’Association du saumon de Miramichi.

Plusieurs des quelque 600 personnes occupant des emplois reliés à la pêche sportive du saumon dans la rivière Miramichi sont inquiètes, selon M. Hanbrook.

Il y a trois ans, la quantité de saumon dans la rivière Miramichi a atteint un niveau historiquement bas. Ce qui coïncide avec l’explosion du stock de bar rayé dépassant les 300 000 reproducteurs. Depuis, la situation s’est peu améliorée.

Le ministère des Pêches et des Océans (MPO) affirme que le saumon ne compose qu’une faible proportion du régime alimentaire du bar rayé. Des examens d’estomac de bar rayé pendant la saison de pointe ont rassuré les chercheurs.

M. Hanbrook craint cependant que le gouvernement fédéral sous-estime la gravité de la situation.

«Je veux être très clair: nous voulons voir un stock du bar rayé en santé. Nous ne sommes pas anti-bar rayé. Mais nous devons protéger le saumon de l’Atlantique. Tout ce que nous disons au MPO, c’est que la population (du bar rayé) est trop importante.»

Le président de l’association rappelle qu’au moment où le stock du bar rayé était très faible, vers la fin des années 1990, le MPO s’était fixé l’objectif de rétablir le nombre de reproducteurs à 31 600. Ottawa a dépassé son objectif par plus de 280 000. M. Hanbrook estime que le nombre idéal est plutôt de 50 000 à 60 000.

«La population est beaucoup trop importante et nous pensons que ça affecte l’équilibre de l’écosystème.»

L’association de Miramichi participe à une étude de l’Atlantic Salmon Federation (ASF) depuis quelques années dans le cadre de laquelle elle observe le mouvement de jeunes saumons sortant de la rivière. En installant des puces dans l’estomac de certains saumoneaux, ils ont découvert que seulement 35% parviennent à sortir de la rivière, alors que plus de 70% d’entre eux réussissaient il y a quelques années.

Dans la rivière Restigouche, le taux de réussite est toujours de plus de 70%.

«Et quelle est la différence entre Miramichi et Restigouche? C’est que pendant cette période critique pour le saumon, le bar rayé se retrouve dans la rivière Miramichi.»

Depuis des années, l’industrie du saumon s’inquiète du fait que seulement 3% du saumon né dans les rivières des provinces de l’Atlantique retournent à leur rivière pour frayer. Auparavant, ce chiffre était de 10%. M. Hanbrook estime cependant que trop de ressources sont investies dans la problématique en grande mer, alors que des problèmes urgents doivent être réglés à l’échelle locale.

«En fin de compte, il est difficile de faire des choses dans les profondeurs de l’océan Atlantique. Mais nous pouvons au moins protéger les saumoneaux afin qu’ils puissent sortir de notre système de rivières. Nous avons beaucoup plus de contrôle à ce niveau. J’aimerais bien mieux de voir un taux de survie de 70% dans la baie de Miramichi que de 35%.»

M. Hanbrook ajoute que le bar rayé sera probablement avantagé par rapport au saumon de l’Atlantique au cours des années dans la rivière Miramichi en raison du réchauffement climatique. La rivière Miramichi est la limite nordique de l’habitation du bar rayé, qui aime les eaux plus chaudes, alors qu’elle est l’extrémité sud de l’habitat du saumon, qui aime les eaux plus froides.