Droits de douane: les scieries du N.-B. dénoncent un «fardeau insoutenable»

Alors qu’une seconde vague de tarifs douaniers américains s’abat sur le secteur forestier du Nouveau-Brunswick, l’industrie s’inquiète des répercussions économiques du conflit commercial sur le bois d’oeuvre.

Le Département américain du Commerce a imposé lundi des droits antidumping de 6,87% sur le bois d’oeuvre canadien.

Par le passé, les provinces de l’Atlantique ont échappé aux droits de douane des États-Unis car leur approvisionnement en bois provient majoritairement des forêts privées.

Cette fois, le Nouveau-Brunswick n’est pas exempté des droits antidumping, pas plus qu’il ne l’a été des droits compensateurs imposés en avril.

Les autorités américaines ont fait savoir que seules la Nouvelle-Écosse, l’Île-du-Prince-Édouard et Terre-Neuve-et-Labrador bénéficieront d’une exemption.

Ces nouveaux tarifs s’ajoutent aux droits compensateurs de 19,88% auxquels les exportateurs de bois d’oeuvre néo-brunswickois ont été soumis en avril. Seul le géant JD Irving avait obtenu un taux réduit à 3% après avoir déposé une soumission auprès des autorités américaines.

La plupart des producteurs se retrouvent donc avec une taxe frontalière d’environ 27%, tandis que JD Irving sera soumis à un tarif combiné de 9,89%.

Les États-Unis avance que les droits de coupe au Nouveau-Brunswick sont inférieurs aux taux du marché.

Selon Jérôme Pelletier, vice-président de la division des scieries chez Irving JD Irving, la situation du Nouveau-Brunswick est la même qu’auparavant et rien ne justifie que l’exemption qui a prévalu depuis 35 ans soit retirée.

«Notre régime forestier n’a pas changé. Notre industrie est dictée par les forces du marché et est régie par les droits de coupe les plus élevés au Canada», affirme-t-il.

Mike Légère, directeur exécutif de Forêt NB, qui représente une quinzaine d’entreprises forestières, affiche sa déception.

«Il n’y a pas de justification pour ces tarifs. C’est une stratégie des Américains pour soutirer le plus possible des producteurs canadiens et forcer les négociations pour arriver à un règlement en leur faveur.»

Des conséquences «désastreuses»

Heures de travail réduites, baisse de la production, fermetures temporaires… les prochains mois risquent d’être rudes pour les travailleurs des scieries de la province. Certaines ne pourront pas absorber ces coûts très longtemps.

«Les entreprises qui ont choisi de diversifier leurs marchés et leurs produits auront un avantage. Je n’ai pas une connaissance intime de la situation financière de chaque entreprise, mais je prévois que les plus petites usines ont quatre à six mois avant de devoir prendre des décisions difficiles», alerte Mike Légère.

«On voit déjà que beaucoup hésitent à faire des investissements de capitaux. Personne ne sait quand et comment le conflit va se régler, ça cause beaucoup d’incertitude. Au bout du compte, ce sont les familles et les communautés qui sont touchées.»

Jérôme Pelletier évoque des conséquences «désastreuses» pour un secteur qui emploie directement et indirectement près de 22 000 personnes. Les répercussions ne se feront pas seulement sur les scieries spécialisées dans le bois d’oeuvre, prévient-il.

«Ces scieries fournissent des copeaux aux usines de pâtes et papiers, de la biomasse aux entreprises qui font de la granule ou du bran de scie pour faire des panneaux de particule. Si des scieries doivent fermer, c’est toute cette chaîne de valeur qui sera affectée.»

L’industrie place ses espoirs dans les négociations

Le Département américain du Commerce prévoit annoncer une décision finale d’ici le 7 septembre.

Le gouvernement Trudeau prépare déjà sa riposte en invoquant d’entrée de jeu le recours aux tribunaux si la guerre commerciale ne peut se terminer par la négociation.

«Nous défendrons vigoureusement notre industrie du bois d’oeuvre résineux, en intentant des actions s’il le faut. Nous nous attendons d’ailleurs à obtenir gain de cause comme par le passé», a réagi le ministre des Affaires étrangères Jim Carr.

Forêt NB exhorte les parties canadiennes et américaines d’en arriver le plus vite possible à un accord.

«Tout règlement doit comprendre une garantie de retour à l’exclusion traditionnelle des régions de l’Atlantique des droits et des quotas de production», souligne Mike Légère.

Même son de cloche du côté de JD Irving.

«On croit qu’une entente à long terme est seulement possible dans le cadre d’une négociation et non par un litige légal», insiste Jérôme Pelletier.

«Nous allons continuer de communiquer avec la coalition américaine du bois d’oeuvre et le Département du Commerce pour leur expliquer les raisons pourquoi on était exclu dans le passé et leur montrer que ces raisons sont toujours valides aujourd’hui.»

Roger Melanson,ministre responsable de la Politique d’expansion du commerce du

Nouveau-Brunswick, assure que le cas du Nouveau-Brunswick sera discuté mercredi lors d’une réunion à la Maison Blanche.

«Nous travaillons extrêmement fort pour démontrer à l’administration américaine tous les faits en faveur d’un statut d’exemption», dit-il.

M. Melanson ajoute que Brian Gallant a plaidé le cas du Nouveau-Brunswick auprès de la ministre fédéral du Commerce international, Chrystia Freeland ainsi que du gouverneur du Maine, Paul LePage.

Le gouvernement provincial s’est également offert les services de David Wilkins, anciens ambassadeur des États-Unis au Canada, pour promouvoir ses intérêts auprès des décideurs américains.

– Avec la participation du journaliste Mathieu Roy-Comeau