Un camionneur porté à son dernier repos… en semi-remorque

Le doyen des camionneurs du Restigouche-Ouest est décédé la semaine dernière. Il a toutefois pu compter sur ses confrères pour lui donner une dernière p’tite ride de semi-remorque jusqu’à son dernier repos.

Albert Pit Thibeault – Gracieuseté

Albert Pit Thibeault était un phénomène, c’est le moins qu’on puisse dire.

Il n’était ni un politicien, ni un homme d’affaires prospère, mais plutôt un simple travailleur qui aimait son métier. Et cela lui a visiblement attiré le plus grand respect de ses confrères camionneurs qui sont venus en grand nombre lui rendre un dernier hommage mercredi à l’église de Saint-Jean-Baptiste.

À l’âge vénérable de 77 ans, ce camionneur de métier de Menneval repoussait constamment le jour de la retraite au point où, finalement, il n’en aura jamais eu. Employé du Groupe Savoie depuis plus d’une vingtaine d’années, il se rendait encore chaque jour en forêt remplir (lui-même) son semi-remorque de bois avant de rapporter son chargement à Saint-Quentin.

Une heure seulement après sa journée de travail, vendredi, il a été emporté par une crise cardiaque.

Mercredi, ses collègues camionneurs ont décidé de lui rendre un hommage tout particulier. Après l’exposition au salon funéraire, ils ont hissé son cercueil sur une remorque. Lui et un convoi long d’une trentaine de semi-remorques du Restigouche-Ouest sont allés jusqu’à sa résidence avant de prendre la route du cimetière. Un geste symbolique, un dernier clin d’œil à un travailleur infatigable.

Propriétaire de la flotte El Rancho! de Saint-Quentin, Paul Aubut connaissait bien le camionneur.

«C’est un cas unique, ce bonhomme. De mémoire, je ne connais aucune autre personne qui fait ou qui faisait un travail aussi exigeant à cet âge, et je ne crois pas que je vais en revoir un autre de sitôt. C’était une vraie machine, et ce, même avec un poumon en moins», raconte-t-il.
Durant ses quelque soixante années de carrière, M. Thibeault a travaillé pour plusieurs compagnies du coin avant de faire définitivement son nid au Groupe Savoie, où il a laissé derrière que de bons souvenirs.

«Pit ne voulait pas lâcher, Il avait ça dans le coeur et dans l’âme. Pour lui, vendre son camion n’était pas envisageable», soutient Serge Laplante, vice-président à l’approvisionnement chez Groupe Savoie.

«C’était une personne vraiment aimable, serviable et sympathique. Il avait ralenti un peu au cours des dernières années, mais il était toujours au rendez-vous et ne voulait pas arrêter. Je n’ai jamais vu quelqu’un travailler comme lui aussi longtemps, et je ne crois pas que je vais en revoir un de sitôt», ajoute-t-il.

Pourquoi travaillait-il encore?

«Simplement parce que c’était un passionné», explique M. Aubut.

«Pour lui, ce n’était pas un travail. Je lui ai déjà demandé pourquoi il ne prenait pas sa retraite, pourquoi il ne ralentissait pas et ne profitait pas un peu de la vie. Il m’a répondu: qu’est-ce que je ferais chez moi de plus l’fun que ça? Il adorait tout simplement son travail», ajoute l’entrepreneur.

Celui-ci n’hésite d’ailleurs pas à tracer un parallèle entre le camionneur du Restigouche-Ouest et les grandes rockstar qui continuent toujours à effectuer des tournées, même une fois passé l’âge de la retraite.

«Pourquoi est-ce qu’ils continuent? Ils sont millionnaires et n’ont pas besoin d’argent. Ils le font seulement par plaisir, parce que monter sur scène et donner un spectacle, c’est ce qui les rend vivants. C’était pareil pour Albert», dit-il.

Chacun des camionneurs qu’il a côtoyés au cours de sa (très) longue carrière a le souvenir d’une personne déterminée et souriante.

«C’était avant tout un bon vivant, quelqu’un de très apprécié de tous», note M. Aubut.