Un pesticide utilisé au N.-B. est jugé cancérigène en Californie

L’État de Californie a statué cette semaine que le glyphosate allait dorénavant se retrouver sur sa liste des produits potentiellement cancérigène. Une décision applaudie par les environnementalistes du Nouveau-Brunswick.

«La Californie a toujours été un État avant-gardiste. Maintenant, on espère que cette décision ouvrira les yeux à nos gouvernements, que ça va les réveiller une fois pour toutes.»

Porte-voix d’ÉcoVie et membres de Stop Spraying NB, organismes qui luttent pour l’arrêt de l’arrosage d’herbicides dans la province, Francine Levesque savoure cette petite victoire survenue chez nos voisins du sud.

Plus tôt cette semaine, le Bureau de l’évaluation environnementale des dangers pour la santé de Californie a décrété que le glyphosate était potentiellement cancérigène. L’État devient ainsi le premier à adopter une telle position, une position en harmonie avec les recommandations de l’Organisation mondiale de la santé.

Qu’est-ce que le glyphosate? C’est l’ingrédient clé du Round-Up de la compagnie Monsanto, l’herbicide le plus vendu sur la planète. Il est notamment utilisé largement dans la forêt publique néo-brunswickoise afin d’enrayer la végétation de feuillus et, du coup, favoriser la croissance de certaines essences (comme l’épinette).

«On est tout simplement enchanté par cette décision, car ça confirme ce que l’on dit depuis plusieurs années maintenant, soit que ce produit n’est pas blanc comme neige comme on tente de nous le faire croire», indique Mme Levesque saluant l’audace de la Californie et dénonçant la mollesse canadienne et néo-brunswickoise.

Car il faut dire que cette victoire contraste avec la déception de mai dernier alors que Santé Canada a reconduit l’homologation du glyphosate pour une période de quinze ans. L’organisme avait alors déterminé, à la suite d’une évaluation scientifique, que les produits contenant du glyphosate, s’ils sont utilisés conformément au mode d’emploi qui figure sur l’étiquette, ne posent aucun danger pour la santé humaine et l’environnement.

Pour Mme Levesque, la décision californienne, ainsi que le mouvement de contestation présent ailleurs dans le monde, confirme qu’il y a lieu de s’inquiéter face à ce produit.

«Et on ne peut faire autrement que de se poser la question: pourquoi est-ce que cela n’inquiète pas notre propre communauté scientifique? On a l’impression que nos gouvernements rament à contre-courant, qu’on refuse de faire face aux vrais problèmes. Chose certaine, on n’a pas trop à être fier en cette année de célébration au Canada», indique Mme Levesque.

Fière de la décision californienne, Mme Levesque entend bien l’utiliser comme exemple à suivre alors qu’elle et Stop Spraying NB tentent de convaincre les municipalités et les organismes de la province de réclamer l’arrêt de l’arrosage des terres publiques.

«La seule chose qui va réussir à faire changer la situation, c’est le poids de la population. Car ce que les gens doivent comprendre, c’est qu’en plus d’empoisonner notre forêt publique, c’est nous qui payons pour le faire puisque cette pratique est subventionnée par le gouvernement, donc nos impôts. C’est frustrant de savoir que l’on participe indirectement à cette pratique nocive», dit-elle.

Ce que la décision californienne signifie demeure toutefois vague. On ne parle pas pour le moment de bannir les produits contenant du glyphosate, mais un étiquetage prévenant de leur toxicité est probable.