La sauvegarde des baleines a un impact sur les pêcheurs de la Péninsule

L’accident qui a coûté la vie à un quinquagénaire lundi, en mer, dans le golfe du Saint-Laurent au large de Shippagan, n’a pas suscité d’émoi au sein des pêcheurs de la Péninsule acadienne, mais il ne les laisse pas insensibles.

«C’est une tragédie», confie Robert Plourde, homme de pont à bord du crabier Julie-Patrick.

Il ajoute que pour lui, c’était «du jamais vu».

En début de semaine, Joe Howlett, âgé de 59 ans, a péri alors qu’il venait de sauver une baleine noire empêtrée dans un filet de pêche.

Le mammifère l’a frappé au moment où il partait. Ce résidant de l’île Campobello, dans la baie de Fundy, n’a pas survécu à ses blessures.

D’après Jean Lanteigne, le directeur général de La Fédération régionale acadienne des pêcheurs professionnels (la FRAPP), basée à Shippagan, des incidents impliquant des baleines se sont déjà produits, mais ils demeurent «extrêmement rares».

La présence de mammifères marins dans le chenal laurentien entre les Îles-de-la-Madeleine et la Péninsule acadienne n’a rien d’exceptionnel. Ce qui l’est en revanche, c’est de les observer à ce moment-ci de l’année.

«Habituellement, les baleines viennent plus tard. Et dans la baie de Fundy, les opérateurs touristiques se plaignent qu’il n’y en a pas. Doit-on y voir une conséquence du réchauffement climatique ou de l’activité humaine? Je ne saurais dire», commente M. Lanteigne.

Pour sa part, Robert Plourde assure ne pas avoir remarqué plus de mammifères marins qu’avant.

«On voit toujours une centaine de baleines environ par saison. Elles se déplacent souvent par deux ou par trois. Des fois, elles sont plus nombreuses.»

Quand l’équipage du Julie-Patrick et lui en croisent, ils ne sont pas effrayés.

«Le bruit du bateau leur fait peur et elles s’éloignent.»

L’accident mortel n’a pas remis en question leur position.

«Ça reste beau à voir. Quand elles sortent de l’eau et sautent, on est toujours impressionné. C’est tout de même un animal majestueux et puissant.»

Afin de prévenir tout autre incident, le ministère des Pêches et Océans, à Ottawa, a pris des mesures, mercredi. À compter de vendredi et jusqu’au 30 septembre, une zone de pêche, dans le secteur 12, est partiellement interdite aux crabiers.

«On parle d’une zone de 60 000 milles nautiques sur 80 000 milles nautiques à l’intérieur de laquelle les pêcheurs peuvent circuler, mais où ils n’ont pas le droit de déposer leurs cages. C’est la première fois que je vois ça. Je comprends la décision du ministère.»

Jean Lanteigne tient à resituer le contexte. Il rappelle que le Canada est en pleine négociation avec les États-Unis au sujet d’une loi visant à protéger les espèces marines. Le pays voisin souhaite l’appliquer en 2022.

«Ce qui s’est passé lundi conforte les États-Unis dans leur réflexion et nous place dans une posture défensive. Cela nous donne moins de marge de manœuvre. Le gouvernement se devait d’agir pour montrer qu’il n’est pas un simple témoin inactif.»

Le ministère demande aussi aux pêcheurs de réduire leur vitesse. Cette recommandation laisse le directeur général de la FRAPP dubitatif. Il conçoit qu’elle peut éviter des collisions.

«Les bateaux circulent à une vitesse moyenne de 9 nœuds. Ce n’est pas rapide. Mais, on ne fera jamais trop de sécurité.»

Cette situation nécessite d’être gérée. Elle survient au mauvais moment.

«Ça complique la fin de la saison. Ceci étant, la majorité des pêcheurs ont déjà terminé. Certains n’ont plus que 30 000 lb ou que 40 000 lb à prendre sur les 450 000 lb qu’ils avaient, en moyenne, l’autorisation d’attraper.»

Les années précédentes, la pêche au crabe des neiges était finie à ce temps-ci de l’année. Sa durée a été prolongée jusqu’à la fin-juillet en raison du contingent revu à la hausse.

Pas des conquérants irresponsables, plaide la FRAPP

Si une baleine noire s’est retrouvée prisonnière d’un filet de pêche et a dû être secourue, lundi, non loin des côtes de Shippagan, ce n’est pas la faute des pêcheurs de crabes, assure le DG de la FRAPP.

«Ils pêchent à l’aide de cages. Ils n’utilisent pas de filets.»

Le responsable dédouane toutes celles et ceux qui prennent le large.

«Perdre un filet de pêche en mer, c’est une perte de temps et d’argent pour son propriétaire et son équipe.»

Jean Lanteigne le garantit: les capitaines et leurs hommes ne voguent pas sur les flots tels des conquérants irresponsables. Au contraire, ils respectent les fonds marins tout en ayant conscience de leurs dangers.

«C’est leur gagne-pain.»