«Je ne peux plus aller à la plage» [vidéo ]

Des centaines de personnes ont manifesté à Shediac, dimanche, pour la sauvegarde du littoral. Ils en ont ras le bol de l’eau contaminée et exigent des actions de la part du gouvernement provincial.

De 200 à 300 personnes de tous les âges ont répondu à l’appel lancé par des groupes environnementalistes de la région.

Peu avant-midi, encouragés par les coups de klaxon de nombreux automobilistes, les manifestants ont marché sur la rue Main en scandant «save our shores» (sauvons notre littoral) et «sauvons nos plages».

Plusieurs personnes tenaient des écriteaux sur lesquels on pouvait lire des slogans contre le projet de mégacamping de plusieurs centaines de places entre la plage Parlee et la Pointe-du-Chêne.

Arrivée devant l’hôtel de ville, la foule a écouté quelques discours des organisateurs, qui ont réclamé l’imposition d’un moratoire sur le développement commercial et résidentiel à moins de 500 mètres des terres humides et de la côte.

«Il faut un moratoire pour voir où sont les délimitations des terres humides et voir ce qui cause la pollution dans nos plages», explique le président du groupe Red Dots et résidant de Pointe-du-Chêne, Arthur Melanson.

Sa consoeur Natasha Bell, coprésidente de l’Association pour la protection des marais et plages de l’Aboiteau, est du même avis.

«Il faut arrêter de remplir les marais comme on le fait. Il faut identifier la cause du problème et ensuite avoir une stratégie ou un plan. (…) Les marais sont comme les reins de la terre. Sans eux, toute la pollution va entrer dans la baie.»

Cette militante de Cap-Pelé espère que le gouvernement provincial comprendra en voyant l’ampleur de cette manifestation que la population en a assez et qu’elle veut des actions concrètes.

«On veut être entendus, je crois que l’enjeu est assez sérieux dans la région. On a écrit des lettres, on nous a répondu avec des lettres formatées. On croyait qu’en rassemblant des masses de gens, on lancerait un message fort.»

De nombreux résidants de la région inquiets de l’état du littoral s’étaient déplacés. C’était le cas de Lee Girouard, de Shediac.

«Je ne peux plus aller à la plage. C’est grave. Il n’est pas question que je mette les pieds dans l’eau avec des choses comme ça. Là, je me dis qu’il faut faire quelque chose», a-t-elle dit.

Marcia Crossman, qui demeure à Hampton, dans le Sud-Ouest, a participé à la manifestation en compagnie de son mari, Gary. Ce dernier est le député progressiste-conservateur de la circonscription de Hampton.

Le couple possède un chalet dans la région de Shediac et craint pour la qualité de l’eau. «On ne veut pas risquer d’aller dans l’eau et risquer d’avoir une conjonctivite ou une infection si on a une éraflure», a dit Marcia Crossman.

«En gros, il faut que le gouvernement trouve la source du problème et qu’il développe un plan pour régler le problème», a ajouté son conjoint.

Le critique de l’opposition officielle pour les dossiers liés à l’environnement et député progressiste-conservateur de la circonscription d’Albert, Brian Keirstead, était aussi présent.

«Le problème, c’est que des matières fécales et des eaux usées qui vont dans nos cours d’eau. On continue de parler de développements futurs, mais comment pouvons-nous aller de l’avant et développer avant de régler le problème? Ce n’est qu’une question de bon sens», a-t-il affirmé à l’Acadie Nouvelle.

Il demande au gouvernement libéral de Brian Gallant d’identifier la source du problème et de «cesser de tourner en rond».

Des tests qui ne rassurent pas tout le monde

Au cours des derniers mois, la contamination du littoral par des coliformes fécaux fait de plus en plus jaser dans la région.

Ce dossier a connu de nombreux rebondissements qui n’ont rien fait pour calmer le jeu. On a notamment appris que le gouvernement provincial a fait preuve de laxisme pendant des années et qu’il a gardé la plage Parlee ouverte à plusieurs reprises même lorsque la qualité de l’eau était médiocre.

Plus tôt cette année, Fredericton a tenté de rassurer la population et les touristes en annonçant qu’il testera plus souvent l’eau de la plage Parlee pour mesurer sa qualité.

Selon Natasha Bell, les tests effectués par le gouvernement provincial ne règlent rien. Il faut qu’il mette le doigt sur la source des matières fécales présentes dans l’eau et qu’il développe un plan d’action, dit-elle.

«Les tests nous disent ce qu’on sait déjà. C’est comme aller au médecin parce que tu as mal au coeur. Et il te dit que tu as de la haute pression, mais il ne te donne pas de médicaments et il ne sait pas la source, il ne t’aide pas à améliorer ton alimentation. C’est fou! Ce n’est pas une solution», dit-elle.