Quand droits syndicaux et droits linguistiques s’opposent

Le mouvement syndical et les droits linguistiques ne font pas toujours bon ménage au Nouveau-Brunswick et ça ne date pas d’hier.

La querelle entre la Ville de Moncton et le syndicat des pompiers qui s’oppose à la désignation bilingue de certains postes au sein de la brigade n’est que le plus récent exemple d’un conflit qui dure depuis longtemps.

Les médias rapportaient la semaine dernière que l’Association des pompiers de Moncton avait déposé un grief parce qu’à son avis l’ancienneté devrait avoir préséance sur les qualifications linguistiques lors de l’attribution d’un poste, même quand le titulaire du poste aura à servir seul les citoyens de la municipalité officiellement bilingue.

Deux comités d’arbitrage ont donné raison à la municipalité qui est d’avis que la Loi sur les langues officielles a préséance sur la convention collective de ses pompiers. Ceux-ci protestent toujours et ont porté l’affaire devant un juge.

L’actualité des cinq dernières années compte de nombreux cas où des syndicats ont tenté de faire passer les intérêts personnels de leurs membres unilingues anglophones devant les droits de la population francophone.

L’an dernier, la présidente du Conseil des syndicats hospitaliers, Norma Robinson, dénonçait la «police de la langue» lorsque le Réseau de santé Horizon a envoyé des patients mystères pour s’assurer que l’offre active de service dans les deux langues officielles était bel et bien présente dans ses hôpitaux anglophones.

En 2013, un représentant du même syndicat, Ralph McBride, accusait la commissaire aux langues officielles de «faire pression» sur Horizon pour assurer un certain niveau de bilinguisme.

«Le réseau est censé souscrire au principe de l’égalité d’accès à l’emploi. On ne peut pas désigner des postes (bilingues) parce que (…) la commissaire pense que ça devrait être comme ça», avait-il dit.

Il y a deux ans, des travailleurs paramédicaux s’étaient rassemblés à Moncton et à Saint-Jean pour manifester contre les efforts d’Ambulance NB afin d’assurer la présence d’au moins un travailleur bilingue dans chacun de ses véhicules.

Le militant acadien Jean-Marie Nadeau a fait partie du monde syndical durant une partie de sa carrière. Il en dresse un bien piètre bilan au chapitre des droits linguistiques.

«Mes dix années dans le syndicalisme n’ont pas été des plus heureuses et les questions linguistiques étaient l’un des facteurs», raconte l’ancien président de la Société de l’Acadie du Nouveau-Brunswick.

Les syndicats ont souvent soutenu la cause des Acadiens, note M. Nadeau, «mais ils sont toujours un peu plus tièdes sur les questions linguistiques. C’est de notoriété publique.»

«Malheureusement, aussi progressistes que puissent être les syndicats de nature, ils sont représentatifs de ce qu’est la société néo-brunswickoise.»

L’ancien député néo-démocrate Yvon Godin a été durant longtemps un leader syndical avant de devenir un champion des droits linguistiques à titre de député fédéral d’Acadie-Bathurst.

Il admet que les obligations linguistiques d’un employeur peuvent placer les représentants syndicaux dans des situations délicates vis-à-vis de leurs membres.

«Ce n’est pas facile pour le représentant du syndicat d’aller dire à ses membres: “non, vous êtes dans l’erreur’’. J’ai déjà été représentant syndical et je sais que ça, ce n’est pas facile.»

La Loi sur les langues officielles doit cependant primer, assure-t-il.

«Avons-nous une loi pour un service bilingue, oui ou non? La réponse est oui. Dans ce cas-là, le syndicat ne peut pas changer la loi.»

Le gouvernement provincial a également sa part de responsabilité au moment de l’embauche pour apaisant la colère des syndicats, affirme Yvon Godin.

«C’est le gouvernement qui embauche. Il devrait prendre la personne qui est qualifiée pour le poste et qui est qualifiée dans les deux langues parce que c’est la loi.»

Personne ne devrait perdre son emploi après coup pour des raisons linguistiques, dit-il.

«Les erreurs du passé ne devraient pas faire perdre son emploi à un citoyen. Dans ce cas-là, pour réparer son erreur, le gouvernement devrait payer des cours de formation pour que ces gens-là apprennent les deux langues.»

Faudrait-il songer à la dualité dans les syndicats du secteur public comme c’est partiellement le cas entre l’Association des enseignantes et des enseignants francophones du Nouveau-Brunswick et la New Brunswick Teachers’ Association?

Peut-être, mais la bataille est loin d’être gagnée d’avance, répond Jean-Marie Nadeau.

«J’aurai aimé qu’il y ait une certaine dualité dans le milieu syndical, mais ça serait difficile. Je n’ai pas réussi à le faire en dix alors je souhaite bonne chance à ceux et celles qui voudraient se lancer dans ce dossier-là.»