Foyers de soins du N.-B.: pénurie de main-d’oeuvre

Le recrutement de personnel dans les foyers de soins du Nouveau-Brunswick est toujours un grand défi. La situation s’améliore toutefois et les programmes de formation s’adaptent pour répondre à la demande grandissante.

Les 126 lits de la Villa du repos, un foyer de soins de Moncton, sont tous occupés. En mars, on apprenait qu’une nouvelle aile de l’établissement, avec ses 60 nouveaux lits, ne pouvait ouvrir faute de personnel. Peu à peu, l’endroit accueille maintenant de nouveaux résidents.

«On veut ouvrir la première tranche de 15 lits jeudi. Entre temps, on est toujours en processus de recherche de personnel, mais on pense être bon pour ouvrir une deuxième tranche de 15 lits au début du mois d’octobre. Ça avance bien, on a toutes les infirmières dont on a besoin. C’est au niveau des préposés qu’il y a un manque», a expliqué Ronald LeBlanc, le directeur général.

Afin de s’assurer d’avoir un nombre suffisant de préposés aux soins dans ses quatre établissements, la Villa du repos a créé son propre programme de formation de six semaines. La stratégie porte ses fruits. Environ 130 personnes ont été interviewées et une quarantaine ont été embauchées pour être formées.

«On aura peut-être encore besoin de 25 à 30 personnes, mais ça va bien. On est vraiment optimiste d’atteindre nos objectifs», a ajouté M. LeBlanc dont les établissements hébergent 435 résidents.

Lourde charge de travail

Au foyer Notre-Dame-de-Lourdes, à Bathurst, le recrutement est aussi difficile. Pour prodiguer les soins nécessaires à ses 130 résidents, l’établissement embauche de 170 à 180 personnes.

«On a toujours de la difficulté à recruter des personnes qui ont une formation précise avec des années d’expérience. Ceci dit, au cours de la dernière année, à l’exception des infirmières immatriculées, ça s’est un peu amélioré», a souligné le directeur général, Léo-Paul Sonier.

Il faut dire que la charge de travail dans un foyer de soins peut être lourde et demander beaucoup, et ce, autant mentalement que physiquement. Les gens embauchés doivent être dévoués à vouloir aider les aînés, selon M. Sonier.

«On ne se le cachera pas, les exigences du poste nécessitent des aptitudes psychologiques un peu plus fortes qu’il y a 10 ou 20 ans. Avant, nos résidents étaient admis au foyer et ils conduisaient encore leur voiture. Aujourd’hui, ils arrivent directement de l’hôpital et souvent en civière», a confié le directeur général de l’établissement de Bathurst.

Mettre le doigt sur le bobo

L’Association des foyers de soins du Nouveau-Brunswick entend parler de la pénurie de main-d’oeuvre chez ses membres. L’organisme a décidé de mesurer l’étendue du problème.
Les résultats d’un sondage mené auprès de ses membres sont attendus plus tard cet été.

«Avant, on entendait dire que c’était un problème rural, mais ce n’est plus nécessairement ça maintenant. On voit dans les régions plus urbaines qu’il semble avoir aussi un manque de main-d’œuvre. Je pense que ces résultats-là vont vraiment nous aider à mettre le doigt sur le bobo», a précisé Mélanie Martin, directrice adjointe de l’association.

Le problème du taux de roulement des préposés aux soins dans les foyers est donc difficile à identifier. L’organisme qui représente 66 établissements au Nouveau-Brunswick ne croit cependant pas que la rémunération est à blâmer.

«On ne croit pas que c’est en raison des salaires parce que les employés en foyer de soins sont quand même très bien rémunérés. On suit des lignes directrices assez proches des hôpitaux. De là, la question: pourquoi on a de la difficulté comme ça?», a avancé Mme Martin.

Une formation collégiale à la rescousse

Le CCNB a récemment ressorti un programme de formation en service de soutien en soins prolongés pour l’adapter aux besoins des foyers de soins de la province. Le programme de 20 semaines sera offert deux fois par année, dès septembre, afin de maximiser le nombre de diplômés.

De plus, un projet pilote a été mis sur pied au CCNB – Campus d’Edmundston pour offrir ce programme sous une forme non traditionnelle. L’étudiant sera ainsi appelé à passer plus de temps dans son futur milieu de travail pour s’assurer qu’il s’agit bien de la carrière dans laquelle il compte évoluer.

«C’est un peu dommage à dire, mais il faut que l’étudiante ou l’étudiant aille voir ce qui se passe dans ce secteur pour s’assurer que c’est un travail qui l’intéresse», a indiqué Léo-Paul Sonier, directeur général du foyer Notre-Dame-de-Lourdes.

«Ça prend des employés qui sont dévoués parce que ce n’est pas toujours évident. On a des résidents qui ont des besoins particuliers. C’est-à-dire que ce ne sont pas toujours des besoins infirmiers. Parfois, il faut des encadrements au niveau du comportement. On parle également de l’augmentation de cas de démence», a-t-il ajouté.

L’Association des foyers de soins du Nouveau-Brunswick croit que ce nouveau programme pourrait être prometteur s’il connaît du succès.

«Si le CCNB peut démontrer un succès avec ce genre de formation, c’est sûrement quelque chose qui pourrait être répété dans le futur et qui pourrait sûrement nous aider parce que les étudiants pourront être au foyer assez rapidement. Je pense que ça va permettre d’avoir des gens qui sont voués à cette profession-là dès le début en allant directement sur le plancher en travaillant avec le personnel et les résidents», a indiqué Mélanie Martin, directrice adjointe de l’association.

Toutefois, pour que ce nouveau programme soit un succès, il faudra aussi que les étudiants s’y inscrivent. S’ils sont au rendez-vous, ce sera bénéfique pour l’ensemble des foyers, croit M. Sonier.
Le fait d’avoir deux cohortes par années, une en septembre et une autre en février, devrait aussi apaiser la compétition pour la main-d’œuvre entre les hôpitaux, les foyers de soins et les foyers de soins spéciaux.

«Je pense, ce qui se produisait, c’est qu’on avait juste une cohorte d’étudiantes et d’étudiants par année et que les foyers de soins, les hôpitaux et même les foyers de soins spéciaux se battaient pour recruter ces gens-là. En ayant davantage de cohortes et en disposant d’un nombre croissant de diplômés, on aura peut-être l’occasion de mieux combler nos besoins», a conclu M. Sonier.