«Mon cancer aurait pu être évité»

Atteinte du cancer du poumon, Sue Rickards est persuadée que les hauts niveaux de radon détectés dans sa maison l’ont rendue malade.

En février 2016, la citoyenne de Lower Queensbury, près de Fredericton, a consulté son médecin en raison de difficultés respiratoires pendant son sommeil.

Les résultats des rayons X ont eu l’effet d’un coup de massue: une tumeur s’était développée sur son poumon gauche.

«Ça a été un vrai choc, ce n’est pas du tout ce à quoi je m’attendais», raconte-t-elle en entrevue avec l’Acadie Nouvelle.

«Je n’ai jamais fumé, je n’ai jamais vécu avec un fumeur et personne n’a eu de cancer du poumon dans ma famille…»

Après quelques recherches, Sue Rickards a appris que le radon est la première cause de cancer chez les non-fumeurs. Elle a alors décidé de s’offrir les services d’un inspecteur certifié pour mesurer la concentration de gaz radioactif que contenait sa résidence.

Le niveau de radon variait entre 700 et 1300 becquerels par mètre cube (Bq/m3) dans son sous-sol, là où elle travaillait pendant de longues heures. Cela représente entre trois et sept fois la directive de 200 Bq/m3 recommandée par Santé Canada.

«On a alors compris que c’était la cause la plus probable de mon cancer, la maison était pleine de radon!»

Un système de ventilation a été installé depuis et la concentration de gaz se situe désormais sous le seuil limite.

Depuis son opération en mai 2016, Sue Rickards est en rémission complète. Elle souhaite aujourd’hui alerter le public des dangers du radon.

«Mon cancer aurait pu être évité, avance-t-elle. Je veux dire aux gens: «Faites tester votre maison, on ne peut jamais savoir si le gaz est là ou non autrement.»

Sue estime que la population est encore trop peu sensibilisée à ce risque sanitaire.

«C’est quelque chose dont on ne parle pas assez, dit-elle. Personnellement, je savais que ça existait mais je me disais que ça n’arriverait pas à moi.»

Survivante du cancer du poumon, Sue Rickards alerte sur les dangers du radon. – Gracieuseté.

Les mesures à prendre

Bien que des tests d’une semaine soient disponibles, l’Association pulmonaire du Nouveau-Brunswick recommande d’utiliser un test de mesure dans les zones habitées inférieures pendant au moins trois mois. La période idéale s’étend d’octobre à avril, lorsque les fenêtres sont fermées la plupart du temps.

La trousse de mesure, un petit boîtier de plastique, peut être trouvée dans certaines quincailleries pour un prix variant de 30$ à 60$. Cependant, tous les modèles ne sont pas certifiés par le Programme national de compétence sur le radon au Canada (PNCR).

Le détecteur est ensuite analysé en laboratoire pour déterminer le niveau de concentration. La ligne directrice canadienne actuelle est de 200 Bq/m3, tandis que celle de l’Organisation mondiale de la santé est de 100 Bq/m3.

Si des niveaux dangereux de radon sont décelés, Santé Canada recommande d’embaucher un professionnel certifié pour y remédier. La liste des fournisseurs ayant suivi la formation est disponible sur le site du PNCR.

Leur intervention peut impliquer des travaux plus coûteux comme le colmatage des fissures et l’installation de systèmes de ventilation ou de dépressurisation du sol. Plusieurs facteurs peuvent faire varier les quantités de radon d’une résidence à l’autre, notamment les caractéristiques du sol, le degré de ventilation ou encore l’état des fondations.

Le radon demeure un ennemi peu connu

Le radon, un gaz radioactif et cancérigène, fait des milliers de victimes chaque année. Pourtant, peu de propriétaires de maison s’en inquiètent, constatent plusieurs professionnels.

Le radon est un gaz radioactif qui provient de la désintégration de l’uranium présent de façon naturelle dans le sol. Il peut s’infiltrer par les planchers, les fissures dans les murs, les puisards ou les drains de sous-sols.

Le gaz a tendance à se concentrer dans les parties les plus basses et les moins ventilées d’un bâtiment, notamment au sous-sol pendant l’hiver. Inhalées, ces particules radioactives endommagent les cellules des tissus des poumons.

L’exposition à long terme au radon est la deuxième cause de cancer du poumon après le tabagisme et la première chez les non-fumeurs.

Une étude pancanadienne réalisée en 2012 par Santé Canada conclut que 7% des maisons canadiennes contiennent des niveaux de radon dépassant les 200 becquerels par mètre cube (Bq/m3). L’organisme fédéral recommande aux propriétaires de prendre des mesures de mitigation lorsque ce seuil est atteint.

Au Nouveau-Brunswick, 25% des habitations ont des concentrations de radon supérieures à cette limite. Dans la région de Bathurst et de la Péninsule acadienne, la situation est encore plus alarmante puisque 40% des maisons sont concernées.

Des propriétaires peu informés

Malgré cela, Jean Dallaporta, inspecteur basé à Bathurst, ne sert pas autant de clients qu’il le souhaiterait. Propriétaire d’Enviroporta, il réalise des évaluations du taux de radon dans les bâtiments résidentiels et commerciaux.

«Je devrais recevoir tout le temps des appels, mais ce n’est pas le cas», lance-t-il.

Le spécialiste juge que le sujet ne fait pas suffisamment les manchettes.

«Les victimes du radon meurent prises en charge à l’hôpital, sans faire de bruit. Ça ne cause pas de secousse journalistique. Il n’y a pas d’images, rien de nouveau à dire.»

Le radon est inodore, incolore et sans saveur. Impossible donc de le détecter sans le mesurer.

«C’est quelque chose d’extrêmement abstrait, il faut avoir lu et être convaincu du risque pour passer à l’action», regrette Jean Dallaporta.

Associé à Radon Repair, Mike LeBlanc inspecte des habitations de la région du Grand Moncton. Il constate lui aussi une faible prise de conscience.

«C’est encore nouveau pour beaucoup de monde ici. On intervient surtout lors de transactions immobilières ou pour quelques propriétaires plus sensibilisés à cette question», dit-il.
«Je pense qu’il faudrait que les médias en parlent plus intensément.»

L’entrepreneur a déjà détecté un taux de 5500 Bq/m3 dans une maison de Grande-Digue, soit environ 28 fois le seuil limite. «On a installé un système qui siphonne l’air sous la dalle de béton et qui l’envoie dehors. Après ça, c’est redescendu à 40 Bq/m3», explique Mike LeBlanc.

Des efforts de sensibilisation

Chaque année peu avant la saison hivernale, le Bureau du médecin-hygiéniste en chef encourage les gens de tester le radon. L’Association pulmonaire du Nouveau-Brunswick tente également de sensibiliser la population lors d’événements publics tels que les salons de l’habitation ou les conférences de presse.

«Il n’y a pas de niveau d’exposition au radon qui soit complètement sans danger. On suggère aux gens de laisser un expert installer un système de dépressurisation s’ils peuvent se le permettre», rapporte Barbara MacKinnon, la présidente de l’organisme.

Barbara MacKinno reconnaît que les ressources sont limitées.

«Il y a toujours plus qui pourrait être fait. Avec plus d’argent et plus de personnel, on pourrait mettre des affiches dans chaque bureau de médecin. Notre communication est limitée par des restrictions budgétaires», dit-elle.

«Nos sens ne le perçoivent pas donc c’est difficile de savoir qu’il y a un risque. Le risque survient après plusieurs années d’exposition. On s’adresse en particulier aux familles qui veulent protéger leurs enfants. Tout le monde devrait mesurer le radon.»

L’Association pulmonaire du Nouveau-Brunswick demande chaque année au gouvernement fédéral de mettre en place des incitatifs financiers pour l’achat de système de dépressurisation. Sans succès.

L’an dernier, la Ville de Bathurst a distribué gratuitement 400 détecteurs de radon à ses résidants dans le cadre d’un projet avec Santé Canada. Ces détecteurs coûtent habituellement de 30$ à 60$, à la charge du propriétaire.

Le programme a permis à Jean Dallaporta d’effectuer des travaux dans plusieurs logements. L’entrepreneur juge cependant que la province ne met pas suffisamment de moyens pour avertir le public.