Des roches «cool» sèment le bonheur dans la Péninsule acadienne

Les pierres sont les vedettes de l’été dans la Péninsule acadienne. Elles s’égrènent, comme dans Le Petit Poucet, telle une traînée de petits cailloux colorés. Retour sur l’incroyable emballement autour des roches cool.

Marie Levesque, de Landry Office, est présentement en arrêt maladie. Il y a peu de temps, elle trouvait certaines journées longues et ennuyeuses. Ce n’est plus le cas aujourd’hui.

Elle s’est mise à peindre des roches qu’elle prend ensuite plaisir à aller cacher un peu partout près de chez elle, avec l’espoir que quelqu’un, au hasard, les retrouve. Activité bizarre? Pas du tout, c’est plutôt la tendance du moment qui déchaîne les passions dans la Péninsule.

Un groupe public sur Facebook (Roches COOL PA) a été créé à la fin juin. Il réunit plus de 8000 membres. Sur la page, des photos de roches peintes – toutes plus inventives les unes que les autres – sont postées.

Certains diffusent celles de pierres qu’ils ont réalisées, d’autres publient des clichés de celles qu’ils ont trouvées. Le principe est simple: vous colorez une roche, puis la laissez où bon vous semble avec pour consigne de la déplacer, de la remplacer ou de la garder.

Dans le Nord-Est, cette chasse au trésor ludique et nouvelle génération est née en juin sur une idée de trois femmes. Valérie Godin, d’Évangéline, a trouvé une roche.

Après quelques recherches sur internet, elle s’est familiarisée avec le concept et a suggéré à deux de ses amies, les sœurs Maryse et Nadine Ferron, de lancer une opération semblable à l’échelle péninsulaire.

«J’ai tout de suite embarqué», confie Maryse.

Depuis novembre 2016, elle est en rémission d’un cancer.

«Pendant mes mois de maladie, j’ai reçu beaucoup de messages de soutien, beaucoup de prières. Ça m’a aidé dans mon combat. Je me suis rendu compte combien il est important dans la vie de transmettre du positif. C’est ce que je m’efforce de faire avec les roches.»

Sur les siennes, Maryse Ferron ajoute toujours un mot ou une phrase d’encouragement destinés à la personne qui les trouvera.

«Je veux faire naître des sourires chez les gens. On a tous besoin de joie. Et quand je vois comment la population réagit, je me dis que j’ai réussi ma mission.»

Marie Levesque acquiesce. Le matin de notre rencontre – mardi –, elle a trouvé son premier caillou peint, à proximité de l’église de Pokemouche.

«J’ai eu le sentiment de commencer ma journée du bon pied.»

Libre à chacun d’imaginer le motif qu’il veut sur sa roche.  – Gracieuseté

Pour participer, pas besoin d’être artiste. Un brin de créativité suffit. Tout le monde se prête jeu.

«Ça touche aussi bien les hommes que les femmes, les plus jeunes et les plus vieux», observe Nadine Ferron.

Même les hommes politiques s’y mettent. Les ministres Serge Rousselle et Denis Landry sont de la partie.

Les roches cool de la Péninsule traversent les frontières. L’Acadienne Chantal Hébert vit à Hong Kong depuis 17 ans. En vacances jusqu’au 11 août avec son mari, Douglas Arner, et leur fille de 5 ans, elle s’est initiée à cette activité.

«Audrey n’en a pas encore trouvé, mais on est en train d’en préparer une qu’on ramènera chez nous. Je sais qu’il y a un site internet Roches COOL Hong Kong.»

Le phénomène est mondial. Lukas Pauley, 5 ans, est lui aussi en congé chez sa grand-mère, Diane Thériault, à Saint-Léolin.

«C’est la folie, il ne pense qu’à ça. Il en a une trentaine et veut toutes les rapporter aux États-Unis. Il vit à Ansonia, au Connecticut. J’aime ça. Ça canalise son énergie. C’est une saine occupation», déclare la mamie.

Les roches de la Péninsule font des émules. Les régions d’Edmundston et de Dieppe ont lancé leur propre mouvement.

«On a aussi été approché par un groupe du Québec qui nous demandait conseil pour organiser le leur», glisse Nadine Ferron.

Cette semaine, les têtes pensantes ont décidé de limiter la campagne Roche COOL du 1er juin au 30 septembre de chaque année.

«C’est une manière d’éviter l’essoufflement.»

Sur Facebook, les membres approuvent.

«Un projet comme celui-ci perd de sa magie s’il devient routinier», écrit Émilie Bernard.

«Bonne idée, ça nous donnera une autre raison d’avoir hâte d’être à l’été», ajoute Liette Savoie-Légère.

Difficile d’acheter de la peinture ou des pinceaux pour réaliser des roches cool. Les rayons des magasins, comme ici au Dollorama de Tracadie, sont dévalisés. – Acadie Nouvelle: Vincent Pichard

La razzia

Les roches cool de la Péninsule passionnent les familles et les internautes. Elles ont aussi des conséquences économiques. Dans les magasins, c’est la razzia sur les petits pots de peinture et sur les pinceaux.

Les rayons des Dollorama à Caraquet et à Tracadie sont vides.

«On ne sait pas quand on va être livré», nous renseigne une vendeuse.

Pas plus de chance de trouver ce genre d’articles dans les boutiques Hart ou Maxi Dollar à Lamèque ou encore Dollar Store à Shippagan.

«On a du mal à répondre à la demande, reconnaît Jasmine Mallet, la propriétaire-gérante de ce dernier magasin. Il nous manque certaines couleurs.»

La commerçante date l’apparition de cet engouement au début juillet. La tendance s’est amplifiée avec l’arrivée des touristes dans la région. Elle est désormais contrainte de passer commande toutes les semaines auprès de son fournisseur ontarien.

«Habituellement, c’est une par mois. Le produit le plus difficile à obtenir est le vernis qu’on appose sur les roches pour retenir la peinture.»

Il y a quelques semaines, les responsables de ces commerces étaient submergés par la folie des spinners, une sorte de toupie en plastique qui faisait fureur auprès des jeunes.

«C’est dépassé maintenant, constate Jasmine Mallet. Les roches cool les ont remplacées.»

Une mode chasse l’autre!

Plusieurs vertus

En plus de l’aspect loisir créatif, les plus jeunes se passionnent pour le côté chasse au trésor. – Gracieuseté

À écouter celles et ceux qui peignent des roches, cette distraction a mille et une vertus.

«Ça me calme et ça me fait du bien parce que je sais que je vais embellir la journée de quelqu’un», affirme Maryse Ferron.

Elle avoue s’y adonner jusqu’à parfois tard les soirs. Pour Pauline Robichaud, cela réveille son âme d’enfant.

«J’ai toujours été manuelle et je développe mon côté artiste, s’amuse cette enseignante. J’ai l’impression que ça comble le vide que mes deux filles ont créé quand elles sont parties s’installer au Québec. C’était il y a deux ans. Nous sommes très tricotées serrées.»

Jean-Bastien Ward, 9 ans, est tout excité depuis le début de l’été. Dès qu’il sort, il n’a qu’une obsession: trouver des roches.

«J’en ai une vingtaine. J’en voudrais des centaines.»

Sa maman, Annie Thériault, est ravie.

«Je préfère le voir comme ça plutôt que devant un écran. Ça le fait décrocher de la tablette.»

Dans un récent communiqué, le Mouvement acadien des communautés en santé du Nouveau-Brunswick a fait savoir qu’il considérait cette activité comme bénéfique. Et ce, à plusieurs points.

«Ça procure un sentiment d’appartenance et de culture, ça contribue à l’embellissement des lieux extérieurs et c’est un loisir familial stimulant.»

Les bienfaits de l’art-thérapie sont depuis longtemps prouvés.