Les anciens résidants de Louisbourg ont encore beaucoup à dire

Les anciens résidants de l’immense forteresse de Louisbourg, construite sur l’île du Cap-Breton en Nouvelle-Écosse au XVIIIe siècle par les Français, sont morts depuis bien longtemps, mais selon David Ebert, ils ont encore beaucoup à dire.

M. Ebert, un conseiller stratégique chez Parcs Canada, fait partie d’une équipe qui exhume les restes humains d’un cimetière situé à l’extérieur des portes du Lieu historique national de la Forteresse-de-Louisbourg.

Cinq squelettes humains ont été trouvés, en plus d’un certain nombre d’artefacts, a raconté M. Ebert en entrevue.

Sur l’un des squelettes découverts reposaient huit boutons, ce qui signifie qu’une personne avait été enterrée avec un manteau luxueux, donc qu’elle était respectée et aimée, selon M. Ebert.

Jusqu’à 1100 habitants de la forteresse française sont enterrés sur le site, qui doit être excavé en raison de l’érosion des côtes. Parcs Canada qualifie le projet «d’archéologie de sauvetage».

David Ebert souligne que des squelettes peuvent donner plusieurs renseignements. Par exemple, la malnutrition infantile peut laisser des marques indélébiles sur les dents.

Une dizaine d’étudiants du département d’anthropologie de l’Université du Nouveau-Brunswick ont commencé à creuser la semaine dernière. Le projet qui s’étale sur cinq ans vise à documenter et protéger les terrains de la pointe Rochefort, où les côtes ont reculé d’environ 90 mètres dans les 300 dernières années.

M. Ebert assure que les employés et les étudiants sont bien au courant qu’il s’agit d’un lieu sacré.

«La science n’est pas notre priorité principale. C’est le respect et la dignité que tous les gens méritent dans la mort», a-t-il soutenu.

«Je dis aux (étudiants): « Rappelez-vous, c’est l’arrière-arrière-arrière-grand-père ou grand-mère de quelqu’un ».»

La forteresse, qui est en fait toute une ville fortifiée, avait été bâtie en 1713 et abandonnée en 1760 après des dizaines d’années de combats entre les Français et les Britanniques.

Bien que seulement le quart de la forteresse a été reconstruit, elle constitue tout de même le plus grand site de son genre en Amérique du Nord. Chaque année, environ 82 000 personnes visitent le site, qui est situé à environ trente minutes en voiture de Sydney.

Amy Scott, directrice de l’école de terrain du département d’anthropologie de l’Université du Nouveau-Brunswick, estime que ce projet donne aux étudiants l’une des meilleures expériences de terrain.

«C’est tellement spécial pour nous de pouvoir avoir ce partenariat avec Parcs Canada. C’est un site archéologique vraiment riche», a-t-elle affirmé.

Les étudiants resteront sur le site jusqu’au 20 août, lorsque les restes humains et les artefacts seront transportés au laboratoire pour des analyses.

Ces tests permettront de déterminer l’âge, le sexe et l’état de santé des individus. Les données seront offertes à Parcs Canada, qui les interprétera pour, peut-être, découvrir de nouveaux éléments sur l’histoire du site.

Le «Gibraltar du nord»

Un des ports maritimes les plus dynamiques en Amérique du Nord au 18e siècle, la forteresse de Louisbourg est située à l’est de Sydney. À une certaine époque, on y retrouvait la deuxième plus importante concentration de citoyens francophones en Amérique, derrière la ville de Québec.

À l’origine établie en 1713 en relation avec la pêche à la morue et suivant le traité d’Utrecht (traité par lequel la France a cédé l’Acadie et Terre-Neuve à la Grande-Bretagne) qui avait dépossédé la France du port et fort stratégique de Plaisance à Terre-Neuve, elle est devenue la capitale de l’Île Royale en 1718.

L’île Royale (aujourd’hui le Cap-Breton) offrait une position militaire stratégique et ses eaux abondaient en poisson, mais surtout pouvaient offrir un port de mer libre de glace l’hiver. Une fois sur l’île, les troupes françaises commencèrent à établir des villages. N’ayant pas réussi à établir un port d’hiver au fort Sainte-Anne (aujourd’hui Englishtown), les troupes, sur demande du roi, explorèrent l’île pour installer un port de mer plus favorable.

Ainsi fut créé Louisbourg, port en eau profonde, qui serait bientôt protégé par une forteresse. À cette époque, le plus grand édifice en Amérique se trouvait à Louisbourg, et le port concurrençait celui de Boston. En 1734, le premier phare du Canada y fut construit.

Le site de la forteresse fut choisi pour défendre la ville de Québec contre une attaque navale britannique. Au sud du fort, un relief procura une barrière naturelle sur une île avoisinante qui fut un bon endroit pour implanter une batterie de canons. Ses défenses forcèrent les navires britanniques à entrer dans le port via un canal de 150 mètres. C’est pour cette raison que la forteresse de Louisbourg fut nommée le «Gibraltar du nord», ou le «Dunkerque de l’Amérique».

En 1745, une force armée britannique venue de la Nouvelle-Angleterre captura Louisbourg. Elle fut restituée à la France par le traité d’Aix-la-Chapelle en 1748.

En 1758, une autre expédition britannique sous les ordres du général Jeffrey Amherst commença le siège de la forteresse le 8 juin.

Selon l’historien Nicolas Landry, les Britanniques avaient 39 navires avec environ 14 000 hommes plus une force de débarquement de 12 870 hommes. La forteresse était défendue par 10 vaisseaux avec 3 870 hommes et une garnison de 3 920 soldats.

La reddition intervint le 26 juillet.

La bataille fit 200 morts et 360 blessés dans le camp anglais et 410 morts et 400 blessés du côté des Français. Les Britanniques firent de plus 5640 prisonniers.

Deux ans plus tard, la forteresse est détruite par des ingénieurs militaires britanniques. Ses plus grosses pierres ont été récupérées et la légende veut que certaines aient servi à construire des maisons jusqu’à Halifax, à près de 450 km de Louisbourg.

La reconstruction de la forteresse de Louisbourg a commencé dans les années 1960.

Aujourd’hui, le site entier de la forteresse, incluant le quart de la reconstruction de la ville, est connu sous le nom de Lieu historique national du Canada de la Forteresse-de-Louisbourg et géré par Parcs Canada. Le site comprend trois lieux historiques nationaux: la Forteresse-de-Louisbourg, le Débarquement-de-Wolfe et la Batterie-Royale.