Les «espoirs sont grands» pour les homardiers du détroit de Northumberland

Avec moins d’une semaine avant le lancement de la pêche au homard dans le détroit de Northumberland, les homardiers suivent de près le regain du dollar canadien. Les fluctuations du huard risquent d’influencer les prix au quai cet été.

Patrick Landry, pêcheur du quai des Robichaud à Grand-Barachois, vérifie chaque jour le taux de change du dollar canadien par rapport au dollar américain. Comme tous les homardiers de l’est du Nouveau-Brunswick, la qualité de ses saisons de pêches dépend des exportations vers les États-Unis.

Il a eu chaud, en juillet, quand le huard a grimpé de 5 cents US, dépassant la barre des 80 cents pour la première fois en deux ans. Au cours de la dernière semaine, cependant, la valeur de la devise canadienne semble s’être stabilisée.

«Quand le taux d’intérêt des banques a monté, la valeur du dollar a monté. Elle a monté de quatre cents en trois jours environ, et ça m’a surpris. Mais là, c’est pris à 80 cents US. Si ça reste là, les prix (du homard) regardent bien.»

Carl Allen, pêcheur et président de l’Union des pêcheurs des Maritimes, surveille lui aussi les mouvements de la valeur du huard. Il est d’avis qu’il est pratiquement impossible de prédire s’il haussera ou baissera au cours des semaines à venir.

«Si notre dollar hausse plus, ça pourrait avoir un impact sur le prix… mais il pourrait aussi baisser de 5 cents US demain, et ça aurait l’effet contraire.»

La dernière fois que le dollar canadien a atteint 80 cents US remonte à 2015. À l’époque, les pêcheurs de homard du détroit de Northumberland avaient reçu 5$ la livre pour leurs prises pendant la première semaine de pêche. Plusieurs avaient considéré cela comme un bon prix, surtout comparativement aux 3,50$ la livre de l’année précédente.

Le ministre des Pêches et des Océans (MPO), Dominic LeBlanc, croit pour sa part que le développement de nouveaux marchés internationaux et l’augmentation de la demande de homard annuleront les effets de la remontée du huard.

«Le prix reflète la demande du marché et la valeur du dollar canadien fait partie du calcul. Cependant, nous avons des marchés où on n’avait jamais percé dans les années passées, que ce soit en Asie ou en Europe. L’entente de libre-échange avec l’Union européenne enlèvera en moyenne 15% à 20% de tarifs sur les fruits de mer et les poissons canadiens.»

Outre le taux de change, plusieurs facteurs laissent prévoir une belle saison de pêche dans les eaux des côtes du Sud-Est et Kent. Entre autres, des prévisions des scientifiques du MPO laissent croire que le stock de homard est toujours en croissance.

«L’an dernier, 80% de mon homard allait à l’eau. La quantité de petit homard était incroyable», affirme M. Landry.

Malgré les indices positifs, M. Allen n’est pas prêt à crier victoire. La seule façon de savoir avec certitude ce qu’il y a au fond de l’eau est de déposer ses casiers, explique-t-il.

«Je préfère ne pas trop parler de débarquements: je ne veux pas m’attirer de malchance. Les espoirs sont grands. Théoriquement les données sont bonnes, mais ça ne se voit pas toujours dans les débarquements. Il peut y avoir beaucoup de homard, mais s’il n’est pas dans une période où il se nourrit, il ne viendra pas dans le casier. Bref, on s’en reparle à la mi-octobre (à la fin de la saison).»

Même son de cloche pour Patrick Landry, qui a appris dès un jeune âge qu’il vaut mieux de se préparer pour le pire, même si on s’attend au mieux.

«Tout semble positif… mais j’ai vu beaucoup de mauvaises années avec mon père et mon grand-père. Deux bonnes années de suite, c’est presque trop beau pour être vrai. Des années comme l’année passée, tu ne vois pas ça tous les ans.»

L’an dernier, les homardiers de la région ont reçu 5,50$ la livre pour leur prises, un sommet en au moins quatre ans.

La pêche au homard dans la zone 25, qui s’étend de Pointe-Sapin à Pugwash, en Nouvelle-Écosse, sera lancée le 8 août.