Arrosage au Restigouche-Ouest: l’opposition sur le qui-vive

Les travaux d’épandage de d’herbicide à base de glyphosate sur des portions de la forêt publique du Restigouche-Ouest sont officiellement autorisés depuis vendredi. Et les opposants à cette pratique promettent de faire sentir leur présence.

Les travaux d’épandage de d’herbicide à base de glyphosate sur des portions de la forêt publique du Restigouche-Ouest sont officiellement autorisés depuis vendredi. Et les opposants à cette pratique promettent de faire sentir leur présence.

L’an dernier, plusieurs membres du groupe environnemental ÉcoVie de Kedgwick avaient voulu dénoncer l’épandage en organisant un campement pacifique dans une zone devant être arrosée d’herbicides. L’idée, bien entendu, était d’empêcher l’utilisation d’herbicide dans la zone. Ce que les participants ignoraient toutefois, c’est qu’ils avaient été devancés. Cette fois, ils sont plus alertes et vigilants.

À l’ère des médias sociaux, le groupe a ainsi demandé au grand public de garder l’œil ouvert et de lui transmettre tout mouvement d’épandage dans le secteur du Restigouche-Ouest. Et le mot d’ordre n’est surtout pas «confrontation».

«On veut que notre action demeure pacifique. On ne veut pas intimider les travailleurs, mais en même temps on veut qu’ils – eux et leur employeur – comprennent bien qu’ils ne sont pas les bienvenus ici», explique Francine Levesque, porte-parole d’ÉcoVie.

Un rassemblement pacifique doit d’ailleurs avoir lieu à compter de samedi, le groupe devant aller à la rencontre des «arroseurs» en forêt. Encore là, les consignes sont claires: pas d’alcool ni de drogue, encore moins d’armes et pas de confrontation. Une personne sera même choisie pour approcher les camions d’arrosage.

«L’objectif, c’est de leur expliquer que nous sommes contre l’arrosage et leur demander de partir. On ne veut pas s’embarquer dans quelque chose qui risquerait de déborder, mais on ne peut pas rester les bras croisés et se laisser faire comme ça sans rien dire et sans rien faire», explique Mme Levesque.

Les opposants ont visiblement haussé le ton comparativement à l’an dernier. Ce que ne dément d’ailleurs pas la porte-parole puisque jusqu’à présent, ÉcoVie et Stop Spraying NB se sont surtout concentrés à informer les gens et à faire signer des pétitions.

«La réponse a été extraordinaire partout en province, mais là, on est prêt à aller une coche plus loin dans notre action, parce que peu importe ce que l’on fait, nos politiciens – ceux qui ont le pouvoir d’arrêter cette pratique – ne nous écoutent pas», exprime Mme Levesque.

«Ils sont au courant des dangers. Ils ont le pouvoir d’agir, mais ils ne font rien. À mes yeux, ils sont donc responsables et complices de la situation. Les Néo-Brunswickois sont majoritairement contre l’arrosage, mais leur gouvernement ne les écoute pas», s’indigne-t-elle.

Selon Mme Levesque, le Nouveau-Brunswick est la province où il s’effectue le plus d’arrosage de glyphosate sur des terres forestières au pays.

«Ce qui est inquiétant, c’est que le Restigouche-Ouest est la région où il se fait le plus d’arrosage dans la province. Nous sommes donc fort probablement le secteur où il se fait le plus d’arrosage au pays, ce qui n’est pas rassurant du tout lorsqu’on sait que ce produit est potentiellement cancérigène et que, justement, notre taux de cancer ici est très élevé. Puisque c’est ici que ça se fait (arrosage), c’est ici que l’action doit se passer», répète-t-elle.

Rappelons que le groupe se dit contre l’arrosage de glyphosate, arguant que cette pratique nuit à la diversité naturelle de la forêt, qu’elle est nocive pour l’habitat (et la nourriture) des animaux ainsi que pour la santé humaine. Il est également d’avis qu’elle favorise une monoculture profitable à un seul type d’industrie, freinant du coup l’essor économique régional dans son ensemble.

Accident dès le départ

Avant même le début de la campagne d’épandage d’herbicide dans le secteur du Restigouche-Ouest, un accident est survenu avec l’hélicoptère devant procéder à cette tâche.

Une porte-parole du gouvernement, Anne Bull, confirme que les ministères du Développement de l’énergie et des ressources (MDER) ainsi que de l’Environnement et des Gouvernements locaux (MEGL) ont été informés qu’un hélicoptère utilisé par Acadien Timber avait subi des dommages près de Kedgwick. L’hélicoptère, qui transportait alors de l’herbicide, se serait abîmé au décollage.

Aucune blessure grave n’a été signalée. L’incident est toutefois pris très sérieusement par les autorités.

«Transports Canada a été mis au courant de l’incident et des enquêteurs ont été dépêchés sur les lieux», souligne Mme Bull.

Cette dernière ajoute que des membres des deux ministères provinciaux ont également été envoyés sur place pour évaluer la situation et pour vérifier les dégâts environnementaux.

«Aucun carburant n’a été déversé et il n’y a aucun cas de contamination de l’eau. On rapporte le déversement d’un mélange d’herbicide, mais il n’y a eu aucune répercussion sur l’environnement. Il a été déterminé par les experts sur place qu’il n’était pas nécessaire d’extraire une partie du sol», précise Mme Bull.

Selon elle, le déversement s’est produit loin des cours d’eau et de résidences. Pour ce qui est des activités d’épandage, elles seront retardées de quelques jours seulement.