Sur le plateau de tournage d’une première acadienne (vidéo)

La concentration est maximale sur les lieux du tournage de la comédie À la valdrague, la première série du genre entièrement produite en Acadie.

Habituellement peu fréquenté, le parvis de l’église de Pré-d’en-Haut fourmille d’activité depuis jeudi matin. L’équipe de production formée d’une cinquantaine de professionnels s’affaire autour du presbytère.

Gabriel Robichaud et Bianca Richard enchaînent les prises devant la caméra. Exigeant, Jean-Marc Piché ne laisse aucun détail au hasard. Le réalisateur québécois impose un rythme soutenu à l’équipe de tournage.

«Il y avait beaucoup de fébrilité sur le plateau ce matin, mais ça a bien été», souffle Gabriel Robichaud, de Moncton, qui joue son premier rôle à la télévision.

La télésérie de fiction À la valdrague se déclinera en huit épisodes de 30 minutes qui seront diffusés sur les ondes nationales de Radio-Canada lors des heures de grande écoute.

Cela faisait sept ans que Mozus Productions espérait voir ce projet se concrétiser.

«C’est la première fois qu’une entreprise du Nouveau-Brunswick produit une série de télévision pour Radio-Canada. Avant, c’étaient toujours des coproductions», souligne Maurice André Aubin, copropriétaire de la boîte de Moncton.

La télésérie compte huit premiers rôles, 20 seconds rôles et une panoplie de figurants. «On a un beau casting, les huit personnages principaux viennent tous d’ici», se félicite la productrice, Suzette Lagacé.

Les voilà lancés pour 27 jours de travail dans la vallée de Memramcook.

Ça remue autour du presbytère

Patricia Léger, auteure amoureuse de la région, a écrit le scénario et incarne aussi le premier rôle de la série.

C’est l’histoire de Rita Melanson qui revient dans son village natal de Saint-Prospère, après 30 ans d’absence, pour enterrer les cendres de son mari. D’improbables circonstances l’amènent alors à acheter l’église et le presbytère proche de l’abandon.

D’où le choix du mot «valdrague», vieux terme maritime qui signifiait «en mauvais ordre» et qui est resté dans le parler acadien pour désigner tout ce qui est à l’abandon ou à la ruine.

Rita Melanson se verra forcée de transformer sa nouvelle propriété en entreprise profitable, dans l’espoir avoué de la revendre. Entourée de quelques amis, elle échafaudera des plans aussi impulsifs que tordus pour attirer des touristes et, espère-t-elle, donner de la notoriété à son coin de pays.

Elle trouvera sur son chemin Ferraille (Raphaël Butler), homme à tout faire, sa grande amie Yolande (Marie-Jo Thério), ou encore de Zoël (Gabriel Robichaud), un jeune Québécois bohème. Chaque épisode sera ponctué par les apparitions de personnalités québécoises, comme Valérie Blais, Manuel Tadros ou Joey Scarpellino.

Si le village de Saint-Prospère est fictif, Patricia Léger s’est inspirée de plusieurs éléments de l’Acadie et de son imaginaire.

«On puise beaucoup dans la culture locale, entre la musique et l’amour des vieilles voitures», souligne Suzette Lagacé.

Elle promet une série à l’humour décalé et truffée d’idées originales. La date de diffusion n’a pas encore été établie, mais le produit final devrait être prêt d’ici le printemps 2018.

L’Acadie a du talent à revendre

Avec un budget de 266 000$ par épisode, la production devrait offrir des retombées économiques pour Memramcook. Avec ses rivières, ses champs, son verger, le village offre de superbes lieux de tournage.

Un tel projet est aussi l’occasion de faire vivre et progresser les artisans du monde de la télévision dans la région. Maurice André Aubin estime que la série permettra de développer une expertise et des talents localement.

«Tout le monde qui travaille ici a son rôle, un travail qu’il doit réussir à faire, dit-il. On est chanceux, on commence à avoir une petite équipe de gens au Nouveau-Brunswick qui se connaissent et peuvent vite s’adapter à chaque situation.»

C’est une grande opportunité pour Bianca Richard alias Terry. La comédienne du Pays de la Sagouine fait ses premiers pas dans le monde de l’audiovisuel.

«Ça fait du bien au milieu de voir qu’il y a plein de monde qui peut fait plein de choses. C’est beau de voir que c’est possible d’avoir des productions ici aussi. Ça va nous aider à grandir.»

La série pourrait bien avoir une suite, précise Suzette Lagacé.

«On installe l’univers et ça dépendra de la réponse du public. Il y a certainement le potentiel pour d’autres saisons», explique-t-elle.

«Si la série se répète d’année après année, c’est très intéressant pour les comédiens, ça leur donne la chance de développer leur personnage.»