ALÉNA: les exportateurs néo-brunswickois retiennent leur souffle

La première ronde de renégociation de l’Accord de libre-échange nord-américain (ALÉNA), qui se déroule à Washington jusqu’à dimanche, retient l’attention dans le monde des affaires au Nouveau-Brunswick. En attendant de voir ce qui s’annonce, les exportateurs retiennent leur souffle.

À la demande de l’administration Trump, animée par des tendances protectionnistes, le Canada, les États-Unis et le Mexique négocient le renouvellement de l’ALÉNA depuis mercredi dans la capitale américaine.

Ces pourparlers ne passent pas inaperçus dans les cercles économiques néo-brunswickois. Et pour cause; l’économie de la province dépend grandement des exportations vers les États-Unis.

Le PDG du Conseil économique du N.-B., Thomas Raffy est de ceux qui suit ce dossier de près.

«On garde un oeil sur ces négociations, parce qu’elles peuvent avoir un impact très significatif sur la province», dit-il.

Les conséquences possibles pour sur le secteur forestier (dont le bois d’oeuvre, qui fait partie de l’ALÉNA, mais qui a fait l’objet d’ententes particulières au fil des ans), le secteur agroalimentaire et le commerce transfrontalier pourraient être majeurs, dit-il.

Il espère que la négociation du renouvellement de l’ALÉNA ne va pas s’éterniser. Parce que l’incertitude qui règnera entre temps n’inspirera pas la confiance chez les entrepreneurs.

«La dernière fois (lors des négociations ayant mené à la signature de l’ALÉNA), ça avait commencé en 1991 et ça s’était terminé en 1994. Trois ans d’incertitude, c’est beaucoup pour les entreprises. C’est sûr que rapidement les choses peuvent être clarifiées, mieux c’est pour nos entreprises.»

Le vice-président pour le Nouveau-Brunswick et l’Île-du-Prince-Édouard de Manufacturiers et Exportateurs du Canada, Joel Richardson, suit lui aussi de près ce qui se déroule à Washington.

Il dit souhaiter que les pourparlers mènent à une plus grande ouverture des marchés. «On espère voir une réduction générale du nombre de barrières à la libre circulation de biens et de services. À la fois entre le Canada et les États-Unis et aussi avec le Mexique.»

De plus, ajoute-t-il, les exportateurs et les manufacturiers aimeraient que le renouvellement de l’ALÉNA mène à la réduction des barrières aux mouvements des professionnels tels que les techniciens en informatique, les ingénieurs et les architectes.

Il dit que le secteur souhaite ce changement parce que les entreprises canadiennes ont de plus en plus besoin d’envoyer de tels professionnels aux États-Unis ou au Mexique afin de travailler avec leurs partenaires.

Un chapitre auquel tient l’industrie forestière

Mike Légère, le PDG de Forêt NB, est évidemment intéressé par les négociations qui ont lieu dans la capitale américaine.

«Elles (les entreprises du secteur) sont inquiètes, il n’y a pas de doute. Il y a beaucoup en jeu, il y a beaucoup de choses sur la table et il faut que les cartes soient jouées comme il le faut», dit-il.

Il aurait aimé que le Canada et les États-Unis règlent le dossier du bois d’oeuvre séparément et que ces pays se soient déjà doté d’une nouvelle entente. Ce n’est cependant pas le cas.

Cet intervenant, qui représente plusieurs entreprises forestières de la province, espère aussi que le Canada n’acceptera pas l’abandon du chapitre 19 de l’ALÉNA, qui encadre le règlement de conflits commerciaux.

Les dispositions de ce chapitre ont permis au Canada de remporter plus d’une victoire dans le dossier du bois d’oeuvre au cours des dernières décennies.

«Il ne faut pas que le gouvernement lâche ça. (…) Le chapitre 19 est essentiel pour nous et il y a un historique pour appuyer cela. Quelles concessions le gouvernement canadien fera-t-il pour en arriver à une entente? On ne le sait pas», dit Mike Légère.