Brenda Plant, spécialiste des placements écoresponsables

En 1998, Brenda Plant a reçu de l’argent en héritage. À l’époque, elle travaillait dans le milieu communautaire. La Québécoise s’est intéressée au meilleur moyen de l’investir en accord avec ses valeurs personnelles. Elle est aujourd’hui spécialiste consultante. Rencontre avec une femme engagée.

Acadie Nouvelle: En matière d’investissement socialement écoresponsable, que recommandez-vous?

Brenda Plant: Je précise que je ne suis pas conseillère financière. Je n’ai donc pas le droit de dire dans quoi investir. J’observe cependant qu’on réduit trop souvent l’investissement socialement écoresponsable à une seule stratégie, celle de l’exclusion. C’est-à-dire exclure de son portefeuille, toutes les entreprises qui n’ont pas de valeurs écoresponsables. Ce n’est pas aussi simple. On peut aussi privilégier les entreprises, certes dans des industries jugées discutables, mais qui se montrent soucieuses de l’environnement. Il y a également l’engagement actionnarial. En tant qu’actionnaire, l’investisseur a une voix. Il peut se faire entendre et entamer un dialogue avec les responsables pour que la société prenne en compte les enjeux socio-environnementaux. Le monde de la finance n’est pas incompatible avec les questions éthiques.

A. N.: Vous dites vouloir démystifier les bases de l’investissement socialement responsable et respectueux de l’environnement. Quelles idées préconçues trottent dans les esprits?

B. P.: À tort, les investissements socialement responsables sont perçus comme pas assez rentables, faussement éthiques et pas assez diversifiés. Cela révèle l’importance d’outiller les particuliers sur la réalité de la situation et les possibilités qui s’offrent à eux. Celles et ceux qui veulent revoir leur manière d’investir doivent tout d’abord s’informer. C’est ce que nous nous efforçons de faire via le site internet www.equiterre.org. Je rappelle que je ne suis pas là pour vendre quoi que ce soit. L’accès au site est gratuit. D’autres plateformes existent. J’encourage ces investisseurs responsables à interroger leurs conseillers financiers. Il ne faut pas les lâcher. À force, les conseillers s’ajusteront.

A. N.: La notion d’écoresponsabilité est-elle nouvelle dans le monde de la finance?

B. P.: Sa présence s’est accrue au cours des dernières années, mais elle est apparue il y a très longtemps. Au Canada, les premiers fonds d’investissement dits éthiques ont vu le jour pendant les années 1980. Ce que l’on constate dernièrement, c’est que l’offre sur le marché a beaucoup évolué. De nouveaux acteurs qui se sont spécialisés là-dedans se sont développés. Même BMO s’y est mis. Cela devient incontournable. Pour moi, on ne peut plus séparer les enjeux sociaux et environnementaux de l’économie. Les phénomènes climatiques exceptionnels que nous observons un peu partout – je pense à la crise du verglas que vous avez subie ou aux ravages du cyclone Irma – montrent l’urgence de la situation.

A. N.: Pourquoi investir dans ces placements plutôt que dans d’autres tout aussi lucratifs?

B. P.: Les études montrent que les investissements socialement responsables rapportent autant que des investissements traditionnels. Tout comme dans les investissements traditionnels, il y en a qui rapportent beaucoup et d’autres moins. Puisqu’ils sont équivalents, pourquoi ne pas les prendre? Il n’est pas seulement question de rendements financiers, mais sur le long terme de l’avenir de la planète et de l’humanité. L’autre avantage de ces investissements est qu’ils redonnent le pouvoir aux investisseurs. Ce sont eux qui décident et qui mènent le jeu.

Brenda Plant est considérée par le journal Les Affaires comme l’«une des 15 femmes appelées à favoriser le changement». Elle animera une conférence ce jeudi soir, à 19h, à l’amphithéâtre de l’université de Moncton campus de Shippagan. L’entrée est libre. Cette rencontre est le premier rendez-vous proposé dans le cadre de l’ÉcoFestival de la Péninsule acadienne, organisé jusqu’au 23 septembre.