Meurtre de Stéphane Levesque: «Il m’a privé d’un fils!»

Les avocats de la Couronne et de la défense suggèrent conjointement l’imposition d’un terme d’emprisonnement de cinq ans pour Jean-Yves Landry, coupable d’homicide involontaire sur la personne de Stéphane Levesque.

Matinée éprouvante et lourde en émotions mercredi au Palais de justice de Campbellton alors que Jean-Yves Landry était de retour pour son audience sur la détermination de la peine.

L’individu âgé de 43 ans devait subir son procès devant juge et jury plus tôt ce mois-ci. Lors de sa comparution en juillet, il a toutefois changé son plaidoyer et reconnu sa culpabilité à une accusation réduite d’homicide involontaire. En échange de la reconnaissance de sa culpabilité, les avocats ont convenu de présenter à la juge une soumission conjointe pour ce qui est du terme d’incarcération.

Ces accusations sont liées au décès de Stéphane Levesque, âgé de 34 ans, survenu dans la nuit du 3 février 2016. Il avait alors été trouvé inconscient sur la rue Dover à Campbellton, après avoir été victime d’une agression. Jean-Yves Landry et son fils, Yannick Landry, ont été appréhendés le lendemain de l’incident. Ils sont détenus depuis.

Mercredi, lors de l’audience sur la détermination de la peine, les détails sur les évènements ayant mené au meurtre de Stéphane Levesque, y compris les admissions effectuées de M. Landry quant à son implication, n’ont pas été présentés publiquement en cour. Ils ont plutôt été confinés à l’intérieur d’un document remis à la juge Lucie Lavigne, document qui fait l’objet d’un avis de non-publication.

Les avocats craignent que leur divulgation contamine les éventuels membres du jury qui prendront part au procès du fils. L’avis de non-publication demeure en vigueur jusqu’à l’imposition de la peine de l’accusé et devrait être prolongé par la suite.

L’audience aura néanmoins permis aux avocats d’y aller de leurs recommandations. Compte tenu du degré d’implication de M. Landry dans ce crime (il n’aurait pas été le principal participant), ils sont d’avis qu’un terme d’incarcération de cinq ans moins le temps déjà purgé (19 mois) constituerait une peine appropriée. À cela s’ajouterait un échantillon d’ADN, une interdiction de possession d’armes à feu ainsi qu’une interdiction d’entrer en contact avec certains membres de la famille de la victime.

Le prononcé de la sentence par la juge Lavigne sera effectué le 24 octobre.

Pour ce qui est de Yannick Landry, ce dernier doit revenir en cour jeudi, quatre jours ayant été réservés pour le voir-dire, étape préparatoire à son procès prévu en janvier. Contrairement à son père, le jeune homme de 21 ans fait face à une accusation de meurtre prémédité.

Mère inconsolable

L’audience a également permis à la famille du défunt de s’adresser à la cour. Plusieurs rapports d’impact sur les victimes ont été soumis à la juge, mais seule la mère de Stéphane Levesque, Johanne Ouellette, a tenu à prendre la parole.

Les larmes aux yeux, elle a dépeint son fils comme une personne au grand cœur et aimée de sa famille en dépit de certains choix douteux qu’il a faits par le passé.

«Le geste commis à l’endroit de mon fils m’a causé énormément de douleur. J’ai passé plusieurs nuits à pleurer sa mort, et encore aujourd’hui j’ai de la difficulté à trouver le sommeil. Il y a un vide en moi qui ne se remplira jamais», a-t-elle lancé à la cour alors que son conjoint tenait à bout de bras une photo du disparu.

«Notre famille doit vivre tous les jours avec le choix que Jean-Yves Landry a fait. Il m’a privé d’un fils, mais a aussi privé ses (six) enfants d’un père. Je veux qu’il sache toute la peine que nous avons eue à veiller près du corps sauvagement battu de Stéphane jusqu’à ce que le médecin nous annonce son décès. Jean-Yves Landry a pris le destin de mon fils entre ses mains», s’est-elle indignée.

Cette dernière a par ailleurs exprimé au tribunal ses craintes par rapport à une remise en liberté trop hâtive du détenu, notamment pour la sécurité des membres de sa famille. En ce sens, elle trouve ridicule la soumission conjointe proposée par la Couronne et la défense.

«Je suis d’opinion, puisqu’il a admis sa culpabilité, qu’une peine de cinq ans moins le temps purgé n’est pas du tout adéquat. Mon cœur de mère ne sera jamais satisfait, peu importe la sentence. Mais j’ose espérer qu’elle sera de 15 ans», a-t-elle suggéré à son tour.

«J’ai aussi perdu un fils»

À l’instar de Mme Ouellette, Jean-Yves Landry a aussi tenu à prendre la parole. Disant comprendre la peine de la famille Levesque, il avoue que cette situation est aussi très difficile pour sa famille également.

«J’ai tout perdu. Je suis en prison avec mon fils et on ne se parle plus. Moi aussi je suis en train de perdre mon fils», a-t-il lancé la voix tremblante avant de s’adresser directement à la mère de la victime pour s’excuser.

«Je suis désolé. Vous n’avez pas besoin d’avoir peur de moi, personne. Je ne vais pas salir la mémoire de Stéphane en sortant d’ici», a-t-il promis, souhaitant tourner la page, reprendre une vie normale et serrer dans ses bras sa petite-fille née il y a deux mois à peine.

Présents à grand nombre dans la salle d’audience, les membres de la famille de la victime n’ont toutefois pas pardonné aussi facilement l’accusé. Certains ont même claqué la porte avant la fin de son témoignage.