Santé des enfants: les boissons pour sportifs au banc des accusés

La Société canadienne de pédiatrie s’attaque à la consommation de boissons pour sportifs et de boissons énergisantes caféinées par les jeunes. Elle demande une loi interdisant leur commercialisation pour les enfants, un marketing qui passe souvent par la commandite d’athlètes extrêmes.

Les boissons énergisantes caféinées sont depuis des années la cible de groupes militant pour la santé des enfants et des adolescents. Dans un rapport publié mardi, les pédiatres du Canada se sont aussi attaqués aux boissons pour sportifs – de type Powerade et Gatorade – en raison de leur teneur en sucre.

Bien que la Société canadienne de pédiatrie reconnaît qu’elles peuvent avoir des bienfaits pour les jeunes athlètes qui font de l’activité vigoureuse et prolongée, «elles sont inutiles» pour l’enfant moyen qui pratique des activités quotidiennes axées sur les jeux.

Elle recommande ainsi d’utiliser l’eau comme principal moyen d’hydratation avant, pendant et après l’activité physique.

«Les boissons pour sportifs (…) peuvent poser un risque pour la santé des enfants et des adolescents et contribuer à l’obésité. En général, les enfants qui font de l’activité physique régulièrement ou pratiquent des jeux actifs n’ont pas besoin de boissons pour sportifs.»

Quant aux boissons énergisantes, la SCP avance que les enfants et les adolescents peuvent être plus sensibles que les adultes à la caféine, étant donné qu’ils sont moins lourds.

Santé Canada recommande une consommation quotidienne maximale de 45mg de caféine chez les enfants de 4 à 6 ans. Les enfants de 7 à 9 ans doivent se limiter à 62,5mg, alors que ceux de 10 à 12 ans ont une limite de 85mg. Les adolescents âgés de 13 ans et plus doivent quant à eux limiter leur ingestion de caféine à 2,5mg par kilogramme de masse corporelle, toujours selon Santé Canada.

Pour mettre ces chiffres en perspectives, une canette typique de Red Bull (250ml) contient 80mg de caféine. Une quantité égale de café torréfié, moulu et infusé contient de 118mg à 179mg de caféine.

C’est donc dire qu’un enfant de 10 à 12 ans peut consommer en toute sécurité – au niveau de la caféine – une canette de Red Bull par jour, alors qu’il devrait éviter de boire une pleine tasse de café infusé.

Les boissons énergisantes caféinées se distinguent toutefois du café dans le sens qu’elles sont commercialisées plus agressivement pour les jeunes. Bien que l’industrie suit un code volontaire voulant qu’il n’existe aucune publicité visant des enfants âgés de 12 ans ou moins à la télévision, à la radio ou dans la presse écrite, rien n’empêche les entreprises de cibler des événements sportifs destinés aux jeunes ou de commanditer des athlètes pratiquant des sports extrêmes.

On n’a qu’à penser au champion olympique en planche à neige Mark McMorris (Red Bull), le champion des X Games en planche à roulettes Elliot Sloan (Rockstar Energy Drink) et le champion des X Games en BMX James Foster (Monster Energy).

«Les pédiatres doivent préconiser d’élargir la législation pour interdire la commercialisation des boissons énergisantes caféinées auprès des enfants et des adolescents», affirme la SCP dans son rapport.

La SCP recommande aux cliniciens d’avoir un dialogue avec leurs patients entourant les risques des boissons sucrées, particulièrement les dangers reliés au mélange des boissons énergisantes et de l’alcool.

Acceptables lorsque consommées avec modération

Si la Société canadienne de pédiatrie déconseille les boissons énergisantes, des jeunes de Dieppe consultés par l’Acadie Nouvelle mardi après-midi estiment qu’elles sont acceptables lorsque consommées avec modération.

«Moi j’ai toujours cru qu’avec modération, ça ne fait pas mal. Si on en boit excessivement et qu’on en abuse, ça va finir par avoir de gros impacts négatifs sur le corps», explique William Small, élève de la 12e année.

«Si on est fatigué, ça réveille. Mais ce n’est pas nécessaire non plus. Ce n’est pas bon pour la santé», mentionne Denis Gaudet, élève de la 11e année.

«Moi je n’en ai jamais goûté, mais ça semble bon. Je pense que si on pratique beaucoup de sports, on va finir par le brûler», a affirmé pour sa part Azelie Jenkins, élève de la 9e année

Les adolescents sont à peu près du même avis quant aux aux boissons pour sportifs et aux autres boissons sucrées.

«Si je bois un litre de pop toutes les cinq heures, je ne vais pas me sentir aussi bien plus tard que si j’en bois juste un verre par jour», raisonne William Small.