Une saison à oublier pour les homardiers de Kent-Nord

Avec des prix peu élevés et des débarquements insatisfaisants, les homardiers de Kent-Nord tenteront d’oublier rapidement la saison 2017. La pêche dans le détroit de Northumberland a pris fin lundi.

Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’Albert Hébert n’a pas eu la saison qu’il souhaitait.

Celui qui lève les amarres au quai de Kouchibouguac a commencé la saison avec deux hommes de pont sur son bateau. Il a été forcé d’en mettre un à pied en raison des faibles prises. La pêche ne s’est pas améliorée par la suite: au début octobre, il a dû mettre fin à sa saison, une semaine avant la fermeture officielle.

Au moment où il a jeté l’ancre définitivement, il ne prenait que 100 à 300 livres de homard par jour. Dans une meilleure saison, ce chiffre aurait dépassé les 500.
«La pêche n’était pas bonne et le prix n’était pas bon. C’était difficile de tous les côtés.»

Quand les pêcheurs sont forcés de se serrer la ceinture, toute la communauté perd, explique ce pêcheur qui compte 20 ans d’expérience. Les quincailleries, les épiceries, les concessionnaires d’automobiles et plusieurs autres entreprises en ressentent les effets.

«L’an dernier, il y a eu une bonne pêche, et tout le monde a lancé des projets. Il y avait du mouvement. Mais là, tout est au ralenti. C’est plus grave dans les petits villages.»

M. Hébert n’est pas particulièrement optimiste par rapport à l’avenir. Il s’oppose à l’augmentation de la taille minimale de 2mm prévue en 2018. Il estime qu’après les hausses de 1mm et de 2mm en 2016 et 2017, les débarquements sont trop faibles pour absorber les pertes associées à une autre augmentation de la taille permise.

«Il faut attendre un peu, peut-être un an ou deux. En montant la taille de nouveau… je ne sais pas. Ça n’a pas bien été cette année…»

Depuis le début de la saison, des intervenants de l’industrie de la pêche peinent à expliquer pourquoi les débarquements sont plus bas dans le nord de Kent. La situation est d’autant plus curieuse si l’on considère que les prises ont été anormalement élevées dans le sud.

Les pêcheurs ont suivi les mouvements des crustacés. Plusieurs ont navigué vers le sud afin de déposer leurs casiers dans des eaux plus fécondes.

«Ça peut causer des tensions entre pêcheurs, mais ça va toujours d’un bord ou l’autre. Il y a quatre ou cinq ans, les pêcheurs du sud de la zone venaient ici, et maintenant c’est le contraire. Les bateaux sont équipés pour aller loin, donc s’il n’y a pas de homard, ils vont changer d’endroit», mentionne Maurice Martin, pêcheur de Cap-Saint-Louis.

Au nord comme au sud, il y a eu de l’insatisfaction au niveau des prix cet automne. Au début de la saison, des dizaines de pêcheurs ont manifesté spontanément contre les prix devant une usine de Sainte-Anne-de-Kent, forçant l’arrêt de la production pendant une journée.

Nat Richard, de Westmorland Fisheries, a fait savoir à l’Acadie Nouvelle qu’il y a eu une résistance sur les marchés au cours des derniers mois en réaction à la perception d’une hausse fulgurante du prix du homard. Des restaurants, des épiceries et des vendeurs de l’Amérique du Nord, de l’Asie et de l’Europe ont commencé à substituer leur homard par d’autres produits plus abordables.

Et la baisse de la demande a été accentuée par la hausse de la valeur du dollar canadien par rapport au dollar américain.

«C’est sûr que, pour nous, c’est plus facile de payer plus cher. Ce n’est pas plaisant d’annoncer à nos pêcheurs que le prix sera plus bas. J’ai des amis et des membres de ma famille qui pêchent. Ce n’est pas une question de sentiments: il y a des réalités économiques et commerciales qui entrent en ligne de compte.»

La prochaine saison de pêche sur la côte est du Nouveau-Brunswick aura lieu au printemps dans Chaleur et la Péninsule acadienne.