EXCLUSIF – Le torchon brûle au conseil municipal de Beaubassin-Est

Les tensions s’enveniment à la Communauté rurale de Beaubassin-Est. Après avoir entrepris des démarches pour interdire les interventions des citoyens lors des réunions publiques, voilà que les élus se tournent contre l’un des leurs.

Le conseiller Michel E. Gaudet pourrait être expulsé du conseil municipal parce qu’il aurait «tenu un langage abusif ou inconvenant» à l’endroit de deux employés et qu’il refuserait de s’en excuser.

L’affaire remonte au 2 août. Le comité de travail s’était rassemblé pour préparer la mise en œuvre du plan stratégique adopté le mois précédent. Le consultant Jean-Guy Vienneau, embauché par la municipalité, a présenté le fruit de son travail.

Michel E. Gaudet a longuement questionné le consultant. N’aimant pas le plan présenté ni les réponses données, il aurait remis en question les compétences de Jean-Guy Vienneau et invité à refaire ses devoirs. La présidente d’assemblée, jugeant que les propos du conseiller étaient trop acerbes, lui a alors demandé de les retirer. Michel E. Gaudet a refusé d’obtempérer. La présidente lui a ensuite demandé de sortir, ce qu’il a refusé de faire également. Les conseillers Omer Léger et Terry Valmont Richard ont alors refusé de poursuivre la réunion si le conseiller Gaudet demeurait à la table, puis ont quitté la salle.

Michel E. Gaudet, conseiller du quartier 3 de la Communauté rurale de Beaubassin-Est. – Acadie Nouvelle : Anthony Doiron

La présidente a été contrainte de mettre un terme à la rencontre.

Aucun enregistrement de la session de travail, verbal ou écrit, n’a été fait.

Le 6 septembre, les conseillers ont été conviés à une réunion extraordinaire pour discuter des événements houleux du mois précédent. Les élus municipaux ont vite fait d’instaurer un huis clos et d’en exclure Michel E. Gaudet, pour discuter de son cas. Au terme de la rencontre – qui a duré 3 h-, le conseil municipal a adopté une résolution obligeant le conseiller Gaudet à «retirer ses propos de la réunion du 2 août», l’accusant d’avoir agi de manière répréhensible et d’avoir tenu un langage «abusif ou inconvenant».

«[…] le conseiller devra faire la présentation verbale d’excuses à une réunion publique et faire la présentation écrite d’excuses au conseil et au personnel.»

Michel E. Gaudet demande aujourd’hui des comptes au conseil municipal de la CRBE.

L’Acadie Nouvelle a obtenu copie des correspondances entre le maire, Ronnie Duguay, le conseiller Gaudet, et l’avocat de ce dernier.

Dans une lettre datée du 22 septembre adressée au maire et aux conseillers, Michel E. Gaudet nie avoir insulté quiconque. Il demande à savoir de quel droit le conseil municipal a pu l’exclure de la réunion extraordinaire du 6 septembre, soulignant que les questions qu’il a posées au consultant, le 2 août, étaient de bonne foi et au nom des citoyens de la CRBE.

Le conseiller du quartier 3 considère qu’en le chassant d’une réunion, le conseil municipal «a mis un bâillon sur la bouche» de ceux qui l’ont élu.

Le maire lui a répondu avec un ultimatum, le 2 octobre.

«[…] vous avez jusqu’au vendredi 6 octobre 2017 à midi pour nous informer quand vous vous plierez aux exigences de la résolution adoptée par les membres du conseil de la CRBE.»

Ronnie Duguay, maire de la Communauté rurale de Beaubassin-Est. – Acadie Nouvelle : Anthony Doiron

Dans l’éventualité où aucune excuse ne serait présentée, poursuit Ronnie Duguay, «le conseil sera convoqué à une réunion pour discuter du dossier», sans préciser la teneur des conséquences qui pourraient en découler.

Quatre jours plus tard, la réplique est venue du bureau de l’avocat de Michel E. Gaudet, Me Brian Murphy, de la firme Forté. L’homme de droit estime que le conseil municipal de la CRBE a commis un vice de procédure en excluant Michel E. Gaudet du huis clos et d’avoir débattu de cette affaire en privé.

«La [résolution demandant des excuses] est nulle et vous ne pouvez agir légalement avec elle. La seule solution pour corriger cette tare est pour [le] conseil de tenir une audience de manière à ce que toutes les allégations tenues contre mon client soient entendues publiquement, comme il l’a demandé.»

L’avocat recommande «fortement» aux élus de solliciter des conseils juridiques s’ils devaient ignorer sa recommandation.

Michel E. Gaudet est prêt à pousser cette affaire devant les tribunaux, si besoin est.

Des propos inacceptables, dit la mairesse suppléante

Michel E. Gaudet a poussé le bouchon trop loin, confie la mairesse suppléante de la CRBE. Susan Cormier présidait la réunion du 2 août, où les faits reprochés se sont produits.

«Les attaques personnelles faites envers un membre du personnel et le consultant présent étaient loin d’être à la hauteur d’un membre de conseil d’une municipalité»

Se faisant le conseiller Gaudet aurait «terni l’image» de la municipalité.

Questionnée sur la nature exacte des propos dont il est question, la mairesse adjointe n’a pas voulu préciser ou indiquer ce qui a été dit exactement. Elle ne souhaite pas répéter les propos du conseiller.

Susan Cormier souligne toutefois que les commentaires émis font atteinte aux «compétences professionnelles d’un consultant et d’un membre du personnel».

La mairesse adjointe comprend que les émotions prennent parfois le dessus lors d’échanges musclés sur un sujet chaud, mais les propos de Michel E. Gaudet, selon elle, ont largement enfreint le décorum prescrit par le code d’éthique de la municipalité.

«Je trouve regrettable qu’il ne veuille pas collaborer avec ses collègues au conseil municipal à mettre fin à ce dossier [le plus rapidement possible].»

Beaubassin-Est compte plus de 6200 citoyens. La municipalité est divisée en six quartiers (Botsford, Saint-André-LeBlanc, Grand-Barachois, Boudreau-Ouest, Haute-Aboujagane et Cormier-Village) sur une superficie de 291 km².