Des manettes de jeux vidéo pour briser l’isolement et l’ennui

Un service unique au pays vient de voir le jour à Fredericton pour permettre aux personnes à mobilité réduite de jouer aux jeux vidéo.

À l’écran, une voiture défile à toute allure dans les rues de Los Angeles sans même s’arrêter aux feux de circulation. Les piétons virtuels s’enfuient en courant et les sirènes de police retentissent.

Jamie Guitard, un père de famille de 42 ans est aux commandes, sauf que les commandes n’ont rien à voir avec la manette de jeux vidéo conventionnelle vendue dans les magasins d’électronique aux quatre coins de la planète.

M. Guitard s’est fracturé la colonne vertébrale lors d’un accident de vélo. Confiné dans un fauteuil roulant, il ne peut bouger ni ses bras ni ses jambes. Mais cela ne l’empêche pas de jouer aux jeux vidéo.

À l’aide de son menton, il contrôle un levier de commande qui lui permet de piloter la voiture. Le bouton de l’accélérateur se trouve entre ses genoux. Un coup de coude ou d’épaule suffit à activer les autres fonctions du jeu.

M. Guitard est un patient du Centre de réadaptation Stan Cassidy de Fredericton qui vient de lancer le premier service de manettes de jeux vidéo adaptées au Canada.

Équipée des plus récentes consoles de jeux vidéo et d’à peu près toutes les manettes, contrôles et boutons imaginables, une équipe de professionnels de la santé s’affaire à adapter chaque jeu selon les capacités motrices des patients.

«Ce n’est pas notre idée. La majorité d’entre nous ne joue pas aux jeux vidéo. Ce sont nos clients qui voulaient vraiment ça. Ils voulaient rencontrer des gens grâce aux jeux vidéo», explique la récréologue Laura Olford.

Jamie Guitard a appris à jouer aux jeux vidéo malgré son handicap avec l’aide du personnel du Centre de réadaptation Stan Cassidy de Fredericton. – Acadie Nouvelle: Mathieu Roy-Comeau

Il existe plusieurs preuves cliniques selon lesquelles les jeux vidéo peuvent améliorer les résultats des soins de santé chez les personnes atteintes de lésions ou de maladies de la moelle épinière ou de nature neurologique.

Cependant, l’équipe du Centre de réadaptation voulait avant tout aider ses patients à mieux vivre.

«C’est une question de qualité de vie psychologique et sociale plutôt qu’une question de réadaptation physique», affirme Mme Olford.

«Nos clients voulaient être eux-mêmes malgré leur handicap. (Grâce au jeu en ligne) leurs meilleurs amis sont aux États-Unis ou en Europe et ils ne les jugent pas selon leur apparence comme on le fait en personne.»

L’équipement du service de manettes adaptées est un mélange de produits offerts dans les magasins à grande surface et des produits de spécialité que l’on peut retrouver sur Internet.

«Nous avons fait beaucoup de recherche pour trouver ce qui existait déjà pour les mouvements de tête et des yeux, l’inspiration et l’expiration, les mouvements de pied. Nous réfléchissons en équipe pour combiner ces commandes avec les capacités de nos clients», raconte l’ergothérapeute Marla Calder.

Et lorsque même Internet ne suffit pas à trouver le bon bouton ou la bonne commande, l’équipe fait appel à l’ingénieur en réadaptation Josh Keys.

«Si nous n’arrivons pas à trouver quelque chose qui fonctionne pour un patient dans le commerce, c’est mon rôle de créer des commandes sur mesure pour ce patient et ce qu’il a besoin de faire avec les capacités qu’il possède», dit-il.

Jamie Guitard avoue qu’il trouvait souvent le temps long après son accident avant de découvrir les jeux vidéo. «Ça nous donne quelque chose à faire au lieu de s’ennuyer», dit-il.

«Après mon accident, j’ai regardé mes enfants joués aux jeux vidéo durant quelques années, mais je ne pensais jamais que ça serait possible pour moi aussi de jouer. C’est un défi, mais ce n’est pas aussi difficile que je pensais.»

Lorsque les patients maîtrisent pleinement leur équipement, ils peuvent repartir chez eux avec un plan, un peu comme une prescription, pour reconstruire leur système à la maison.

La Fondation Stan Cassidy, qui finance le service des manettes adaptées, aide également les patients à acquérir l’équipement dont ils ont besoin.

L’équipe souhaite aussi profiter du service de manettes pour faire de la recherche sur les bienfaits des jeux vidéo pour les personnes à mobilité réduite.

«Nous voulons détruire le mythe selon lequel les jeux vidéo sont mauvais pour vous. On parle du temps devant les écrans et de l’obésité. Mais les personnes avec un handicap ne peuvent pas se lever et aller jouer dehors», résume Laura Olford.

Le Centre de réadaptation Stan Cassidy fait partie du Réseau de santé Horizon, mais il vient en aide aux patients des quatre coins du Nouveau-Brunswick dans les deux langues officielles.