Vague d’opposition contre la privatisation au réseau Vitalité

Le conseil d’administration du Réseau de santé Vitalité maintient une position ferme et unanime contre la privatisation des services de santé et demande une rencontre avec le premier ministre Brian Gallant.

La gestion du Programme extra-mural et de Télé-Soins doit passer au privé le 1er janvier 2018. Le ministre de la Santé, Benoît Bourque, est resté campé sur sa position malgré l’opposition. Mardi après-midi, les médecins et le conseil d’administration de Vitalité ont manifesté leur désapprobation face à cette décision.

Norma McGraw, membre du conseil d’administration, a été la première à exprimer son mécontentement lors de la réunion qui s’est déroulée dans un hôtel de Moncton.

«Je crois que c’est très confus dans la population ce que le ministre veut offrir comme modèle de prestation de soins à domicile. Avec tous les appuis que nous avons eus des organismes communautaires, je pense que nous devons maintenir notre position à ce niveau-là», a lancé celle qui a été la responsable de la mise en œuvre et de la gestion du programme extramural dans la Péninsule acadienne.

Mme McGraw croit que M. Bourque ne comprend pas vraiment comment le programme fonctionne.

«Le ministre de la Santé fait référence comme quoi les infirmières du Programme extra-mural travaillent en solo et ce n’est pas nécessairement le cas. Elles travaillent en collaboration avec divers organismes communautaires», a expliqué celle qui a plus de 30 ans d’expérience en gestion des services de santé.

Même son de cloche du côté de la présidente du conseil d’administration, Michelyne Paulin qui a appuyé sa collègue.

«On a eu la chance de faire valoir nos points au ministre Bourque qui semble avoir une bonne oreille, mais il ne semble pas voir les priorités par rapport au continuum de soins qui est absolument essentiel», a indiqué Mme Paulin.

Mme McGraw a ensuite proposé qu’une rencontre avec le premier ministre soit organisée pour discuter de ce dossier chaud.

«Je pense qu’on devrait rencontrer le premier ministre et lui faire comprendre ce que sont nos préoccupations et celles des organismes qui nous appuient pour faire valoir notre point, ce qu’on a déjà fait, mais on ne veut pas lâcher notre position.»

La résolution a été acceptée à l’unanimité par les membres du conseil.

«On a eu l’occasion de lui présenter nos arguments le vendredi 13 octobre et je pense que M. Bourque nous a écoutés, mais n’a pas vraiment changé d’opinion. Donc, maintenant, ça peut être utile de parler au premier ministre de la province», a renchéri le président-directeur général du réseau de santé, Gilles Lanteigne.

La Dre Nicole LeBlanc, médecin-chef régionale et présidente du comité médical consultatif régional, a aussi ajouté sa voix au mouvement d’opposition.

«Les médecins se sont aussi penchés sur la question lors du dernier Comité médical consultatif. Vous avez un appui unanime du corps médical. Nous nous sommes posé les mêmes questions que les membres du conseil d’administration. Nous n’arrivons pas à comprendre nous aussi, que ce soit par rapport au modèle de soins ou la façon dont nous allons livrer les soins et comment nous allons intégrer la gouvernance de l’hôpital. Nous sommes aussi restés sans réponse de notre côté et c’est pourquoi nous appuyons à l’unanimité le conseil», a précisé la Dre LeBlanc.

Il reste encore un peu plus de deux mois avant que les rênes de Télé-Soins et du Programme extra-mural passent au privé et malgré un court échéancier. Les documents légaux ne sont pas encore prêts, selon le président-directeur général du réseau.

«On a fait part de certaines inquiétudes par rapport aux risques qu’on a pu percevoir dans la formulation du contrat, maintenant qu’on a reçu une copie en français. Nous sommes toujours en attente des prochaines étapes», a indiqué M. Lanteigne.

L’ancien président de la Société de l’Acadie du Nouveau-Brunswick et membre du conseil d’administration de Vitalité, Jean-Marie Nadeau, a lancé un avertissement au gouvernement de Brian Gallant à moins d’un an des prochaines élections provinciales.

«Habituellement, on souhaite que les gouvernements bougent rapidement. Alors, je souhaite qu’il bouge lentement dans ce dossier-là. Je prédis que le dossier de Médavie sera au gouvernement Gallant ce que le dossier d’Énergie NB-Hydro Québec a été pour M. Graham. S’ils continuent à suivre cette ligne, ils auront à répondre devant le peuple.»

La prochaine rencontre du conseil d’administration du réseau de santé aura lieu à Edmundston le 5 décembre.

La décision finale revient au gouvernement provincial

Même si réseau de santé et son conseil d’administration s’opposent à la privatisation de certains de ses services, la décision finale revient au gouvernement provincial, rappelle le ministre de la Santé Benoît Bourque.

«Le président-directeur général d’un réseau de santé est embauché et congédié par le ministre de la Santé. Il sert au bon plaisir du ministre, c’est une chose à clarifier», a avancé M. Bourque en rencontre éditoriale avec l’Acadie Nouvelle.

«Le conseil d’administration est partiellement élu et partiellement nommé par le ministère de la Santé. Ils ont un pouvoir relatif aux opérations, mais quand ça tombe aux principes et budgets, c’est le ministre de la Santé qui a le mot principal à dire», a-t-il ajouté.

Les réseaux de santé ont démontré leur capacité à gérer les soins de façon efficace, selon le ministre. Cependant, la décision d’ajouter ou de leur retirer des services lui revient, a rappelé le ministre.

«Quand on parle de signer une telle entente, ça entre dans ce pouvoir-là. Le ministre a le plein droit de le faire», a précisé M. Bourque.

– Avec la collaboration du journaliste Simon Delattre