Alors que la saison de pointe des banques alimentaires approche, les responsables de celle de Richibucto retroussent les manches et demandent l’aide de la communauté afin de traverser un autre hiver. Ils effectueront une collecte d’aliments dans la région, samedi.

Wendy Ferguson occupe le poste de gérante à la banque alimentaire de Richibucto, un emploi à temps partiel de 28 heures par semaine. En réalité, elle en fait bien plus.

La femme âgée de 65 ans distribue de la nourriture à plus de 200 familles et individus chaque mois. Quand des cargaisons de nourriture arrivent de Moncton, elle les décharge avec l’aide de son unique bénévole, avant de faire le tri et de préparer le tout pour les personnes dans le besoin. Elle organise des collectes de fonds et de nourriture, en plus de vérifier la situation financière de ses clients afin de s’assurer qu’ils sont éligibles pour recevoir de l’aide.

Si elle le pouvait, elle travaillerait encore plus. L’organisme n’a cependant pas les fonds nécessaires pour l’embaucher à temps plein.

«C’est du gros travail. Il y en a beaucoup plus que les gens réalisent. On pourrait travailler cinq jours par semaine ici, mais il n’y a tout simplement pas le financement nécessaire. Je finis par faire beaucoup de bénévolat.»

Malgré son travail acharné, Mme Ferguson arrive à peine à offrir du soutien à ceux qui franchissent les portes de sa banque alimentaire. Ils comprennent entre autres des familles de 5 ou 6 enfants sur l’aide sociale, des personnes âgées ayant un faible revenu fixe et des membres de la Première Nation d’Elsipogtog.

La quantité de nourriture provenant de Food depot alimentaire, organisme de Moncton qui distribue des aliments dans les banques alimentaires de Kent et du Sud-Est, est à la baisse. Mme Ferguson affirme que son organisme recevait auparavant sept palettes remplies de nourriture de Moncton chaque mois, alors qu’elle n’en reçoit maintenant que deux. Depuis trois mois, elles ne contiennent que des frites congelées.

De plus, comme la banque alimentaire est mal équipée pour préserver des aliments frais, la gérante est parfois forcée à jeter des fruits et des légumes aux ordures.

«Nous devons acheter beaucoup de nourriture. Nous avons une subvention du gouvernement, mais nous sommes en train de l’épuiser.»

La banque alimentaire de Richibucto fait aussi face à un manque de bénévoles. Contrairement à d’autres régions, peu de personnes à la retraite donnent de leur temps à l’organisme de Kent-Nord.

Samedi, Mme Ferguson mènera une campagne de collecte d’aliments dans sa région. Une activité semblable à pareille date l’an dernier avait permis de remplir ses étagères. Elle craint cependant que les gens donnent moins en 2017, étant donné que la pêche au homard n’a pas été aussi fructueuse qu’en 2016.

«Nous dépendons vraiment de la pêche et de la foresterie. L’économie n’est pas très forte dans le comté de Kent. Tout le monde a des problèmes et ils ne peuvent seulement donner ce qu’ils peuvent donner.»

La banque alimentaire de Richibucto, la Kent County Community Volunteer Action Food Bank, dessert une grande région qui s’étend de Pointe-Sapin à Sainte-Anne, en passant par Rogersville et Harcourt.

Une année «plus difficile» que la moyenne

Le Food depot alimentaire (FDA) de Moncton, agence qui effectue le stockage et la distribution d’aliments pour 30 organismes de bienfaisance du Sud-Est, a traversé une année «plus difficile» que la moyenne au niveau des dons des épiceries.

Chantal Sénécal, directrice générale de FDA, estime que les grandes épiceries font plus d’efforts pour minimiser leurs pertes, notamment en offrant des rabais sur des aliments endommagés ou qui s’approchent de la date d’expiration.

«Cette année a été particulièrement difficile. On a vu une augmentation du besoin aussi, donc on n’avait presque pas de nourriture non périssable.»

Depuis l’ouverture du nouveau Centre communautaire Peter McKee, l’an dernier, les personnes responsables des efforts visant à nourrir les personnes dans le besoin de Moncton sont plus efficaces. Les heures d’ouverture de la banque alimentaire ont été allongées, et un service de navettes a été mis en place afin que tous puissent profiter de leurs services. Ils ont aussi raffiné leurs méthodes afin de mieux évaluer l’ampleur des besoins de chaque client.

La FDA a aussi effectué un changement de philosophie depuis l’an dernier. En plus de distribuer des aliments, elle mise sur l’éducation et l’entraide communautaire.

Réapprendre à jardiner et à cuisiner

Un organisme de Kent lutte contre l’insécurité alimentaire en réapprenant au public les arts perdus du jardinage et de la cuisine. Le Réseau d’inclusion communautaire de Kent prépare un spectacle-bénéfice, le 3 novembre à Bouctouche, afin de soutenir ses projets dans la région.

Colette Lacroix a grandi dans une région rurale en Ontario où toutes les familles – ou à peu près – récoltaient des fruits et des légumes. À un jeune âge, elle a appris les principes du jardinage. Quand elle a fondé sa propre famille, elle a transmis son savoir-faire à ses filles et à ses petits-enfants.

Quand la directrice générale du Réseau d’inclusion communautaire de Kent (RICCIN) a lancé des projets de jardin communautaire et collectif dans sa région, elle croyait que tout le monde avait des connaissances de base dans le domaine. Elle s’est vite rendu compte qu’il y a du travail à faire.

«Quand on a fait notre premier jardin à Richibucto, il y avait des gens qui posaient des questions qui m’ont fait me dire: “OK, on va recommencer à la case de départ”.»

«Pour moi ç’a été une révélation du fait qu’on est en train de perdre une façon de se nourrir. De la nourriture, quand on la plante soi-même, ça ne coûte pas cher et c’est bon pour la santé.»

Le RICCIN a encadré la création de sept jardins communautaires dans Kent, soit à Aldouane, Richibucto, Kouchibouguac, Île Indian, Saint-Louis-de-Kent, Bouctouche et Sainte-Anne-de-Kent. Opérés par des gens locaux, ils créent des liens entre des experts et des débutants de tout âge et de toutes les sphères de la société.

Les projets ont connu du succès. À Kouchibouguac, par exemple, les organisateurs du jardin ont récolté plus de 1900 livres de fruits et de légumes cette année.

Le mouvement continue de grandir. En 2018, deux nouveaux jardins communautaires s’ajouteront à la liste dans le comté de Kent. Le RICCIN a aussi mi sur pied des cuisines communautaires.

Là aussi, il y a du chemin à faire.

«On a des gens qui sont venus dans nos cuisines communautaires qui ne savaient pas comment peler une patate», a mentionné Mme Lacroix.

Afin de poursuivre ses démarches, le RICCIN organise un spectacle-bénéfice, le 3 novembre, avec l’ensemble vocal Musique à bouches. Les billets au coût de 20$ sont en vente au 149 rue Acadie, Richibucto ainsi que dans 14 endroits dans le comté de Kent.

L’organisme a notamment besoin de fonds pour mieux équiper ses cuisines communautaires.

«On a identifié des cuisines dans tout le comté où des personnes d’un certain âge vont enseigner aux gens comment on fait pour bien se nourrir.»

Les jardins et les cuisines communautaires ont comme objectif de réduire l’insécurité alimentaire dans Kent en offrant aux gens des connaissances qui leur permettront de bien se nourrir pour peu d’argent.

Les activités du RICCIN comprennent aussi des projets de transport communautaire, de mieux-être, d’entrepreneuriat social, de bénévolat et de formation et employabilité.

L’organisme dessert une population de 30 500 personnes, allant de Pointe-Sapin à Notre-Dame-de-Kent, en passant par Harcourt.

logo-an

private

Vous utilisez un navigateur configuré en mode privé ou en mode incognito.

Pour continuer à lire des articles dans ce mode, connectez-vous à votre compte Acadie Nouvelle.

Vous n’êtes pas membre de l’Acadie Nouvelle?
Devenez membre maintenant

Retour à la page d’accueil de l’Acadie Nouvelle