Affaire Rozon: un humoriste acadien avait «entendu plein d’histoires»

Comme l’ont déjà fait plusieurs de ses confrères et consoeurs de la colonie humoristique au cours de la dernière semaine, Jean-Christophe Surette est d’avis que Juste pour rire et son pendant anglophone Just for laughs doivent coûte que coûte poursuivre leur route sans son fondateur Gilbert Rozon.

Rappelons que l’ex-PDG et propriétaire du plus grand festival d’humour sur la planète fait actuellement l’objet d’une enquête criminelle pour des allégations d’agressions et d’inconduites sexuelles.

Plusieurs femmes ont raconté avoir été harcelées ou agressées par Gilbert Rozon, dont l’animatrice Pénélope McQuade, la réalisatrice Lyne Charlebois, ainsi que les comédiennes Patricia Tulasne et Salomé Corbo. Cette dernière n’était âgée que de 14 ans au moment des faits reprochés.

«Je ne l’ai jamais vu faire quelque chose (de répréhensible) devant moi, mais j’ai entendu plein d’histoires. Pour ma part, les trois ou quatre fois que je l’ai croisé, ç’a été plutôt bref et nous n’avions parlé que d’humour», a révélé Jean-Christophe Surette, qui a travaillé pour Juste pour rire pendant trois ans.

«Par contre, tout ce que j’ai lu (dans les médias) sur les détails de ses actes colle très bien avec le vibe que tu ressens lorsque tu le croises. C’est la personne la plus arrogante que j’ai vue», affirme-t-il dans une entrevue à l’Acadie Nouvelle.

«Il aime se pavaner dans les événements avec l’air du gars qui peut tout se permettre. Ceci dit, je suis surpris par le fait qu’il s’en est aussi pris à des adolescentes. Ce gars-là consommait l’humour comme on consomme du vin cher. Et à l’évidence, il avait la même attitude envers ses victimes», vocifère Surette.

L’humoriste de Dieppe se dit toutefois confiant de voir Gilbert Rozon disparaître sous peu des univers de Juste pour rire (JPR) et Just for laughs (JFL).

«Tant qu’il sera là, JPR et JFL ne pourront pas aller de l’avant. Il n’y a pas un commanditaire qui va vouloir d’une association avec Gilbert Rozon. Ils vont préférer se retirer. J’ai confiance que la nature va faire son travail», dit-il.

«D’ici là, impérativement pour les victimes, tant qu’il sera présent et qu’il pourra faire un sou à nos dépens, c’est clair que nous ne voulons pas contribuer au festival. Mais s’il y a vente, s’ils parviennent à faire marcher ce capitaine pourri sur la planche du navire, alors là ce sera une histoire différente. J’espère et j’attends de voir ce qui va arriver. Je me tiens donc aux aguets comme tous les autres humoristes», indique-t-il.

Il y a plus que le fondateur

S’il se dissocie de Gilbert Rozon, Jean-Christophe Surette tient cependant à préciser que JPR et JFL représentent beaucoup plus que son fondateur.

«On va se dire les vraies affaires, même si ça lui appartient, le succès du festival n’a rien à voir avec Gilbert Rozon. Lui il profitait et il gérait en déléguant. Il y a beaucoup de gens bien dans cette compagnie et ce sont eux qui font fonctionner la machine. Et je peux te dire que les gens avec qui j’ai eu la chance de travailler ces dernières années sont des personnes incroyables. Et cela, tant sur le plan humain que professionnel», révèle Surette, qui dit avoir quitté Juste pour rire en juillet pour des raisons qui n’ont rien à voir avec le scandale actuel.

«Disons que ça ne cadrait plus avec mes aspirations et que je préférais être à mon propre compte. Dans l’humour, il n’y a pas que JPR. D’ailleurs, je travaille autant qu’avant, c’est à dire énormément», assure-t-il.

«Ces temps-ci, je me concentre sur l’écriture de nouveau matériel tout en faisant plusieurs spectacles. Je tente aussi d’obtenir plus de contrats en anglais. Ce n’est pas que je songe à faire le saut en anglais, mais bien parce que je veux voyager davantage», mentionne-t-il.

«J’aimerais par exemple aller me produire aux États-Unis et au Royaume-Uni. Et en même temps, je veux aussi aller en France. Il y a une belle coopération entre les humoristes de là-bas et ceux d’ici. Nous baignons de plus en plus dans la cour de l’autre. Nous savons mutuellement qui sont les humoristes de là-bas qui ont le niveau pour venir ici et vice versa. Et dans mon cas, on m’a dit que plusieurs scènes me seraient ouvertes. Il n’y a encore rien de déterminé, mais ça pourrait se faire aussi tôt que ce printemps», ajoute Jean-Christophe Surette.