Mort de Bob Bissonnette: «Un vol très risqué et à l’encontre de la réglementation»

Un peu plus d’un an après l’écrasement d’hélicoptère qui a coûté la vie à deux personnes après s’être abîmé dans la rivière Restigouche, on en apprend davantage sur les circonstances ayant mené à cette tragédie.

L’accident avait coûté la vie au pilote Frédérick Décoste et à l’artiste et ex-hockeyeur québécois Roberto «Bob» Bissonnette. Un troisième passager, celui-là alors assoupi à l’arrière de l’appareil, l’homme d’affaires Michel Laplante, a pour sa part survécu à l’écrasement

L’hélicoptère venait de quitter l’aéroport de Charlo en direction de Rivière-du-Loup. Pendant qu’il volait le long de la rivière Restigouche, il est entré en collision avec des lignes de transport d’électricité qui traversent la rivière. L’aéronef a subi de lourds dommages puis s’est écrasé dans la rivière.

Dans sa conclusion, le BST soutient que la basse altitude et la vitesse à laquelle volait l’hélicoptère Bell 206B rendaient les lignes de transport d’électricité (non balisées) difficiles à voir et à éviter.

«L’enquête démontre que l’appareil volait à la hauteur des lignes électriques, donc à environ 58 pieds seulement, ce qui est très bas puisque la réglementation stipule que la hauteur minimale doit être de 500 pieds de tout obstacle et structure. De plus, on estime que l’engin volait rapidement, à sa vitesse normale de croisière, ce qui rendait les obstacles encore plus difficiles à percevoir. Dans ce cas précis, on parle des lignes électriques qui n’étaient pas balisées», explique Jean-Marc Ledoux, porte-parole du BST.

Selon lui, il est fort probable que le pilote n’était même pas au courant que des câbles électriques surplombaient la Restigouche.

«Ce qui n’a sûrement pas aidé non plus, c’est qu’à la hauteur où volait l’appareil, de grands arbres cachent les pylônes. S’il avait vu ces derniers, ça l’aurait peut-être alerté de la présence de câbles au travers la rivière. Reste par contre qu’il s’agissait d’un vol très risqué allant à l’encontre de la réglementation», ajoute-t-il.

Le rapport ne comporte aucune recommandation puisqu’on n’y a pas identifié de manquement à la sécurité systémique représentant un risque pour les personnes ou l’environnement. En somme, l’erreur en est une de pilotage.

Les lignes électriques n’auraient-elles pas dû être balisées? M. Ledoux estime que non puisque la réglementation actuelle exige des balises pour toutes les structures qui excèdent 300 pieds ou encore qui se trouvent à proximité d’un aéroport, d’un héliport ou d’une base d’hydravion.

«Transports Canada a effectué une évaluation de cette ligne électrique en particulier (Flatlands-île Long) et déterminé qu’elle ne constituait pas un obstacle ou de risque à la navigation aérienne, par conséquent qu’elle n’avait pas besoin de balises ou d’éclairage spécial», indique-t-il.

Donc, quoi retenir de cet accident malheureux?

«Que le vol à basse altitude est très risqué et qu’il augmente de beaucoup les risques de collision avec des câbles ou d’autres obstacles. Il y a une réglementation qui existe à cet effet et son respect est de mise», rappelle M. Ledoux.

Fatigue du pilote et cannabis

Autre point saillant du rapport, la condition du pilote. On suggère en effet qu’il aurait pu être affecté d’un manque aigu de sommeil, celui-ci ayant eu peu d’occasions de dormir les jours et heures précédents le vol. On rapporte également avoir décelé dans son examen toxicologique post-mortem la présence de cannabis sans toutefois conclure et prétendre que cela ait pu affecter ses facultés.

«On ne connaît pas la quantité ni quand la substance a été consommée. On ne sait donc pas avec certitude si cela a joué un rôle quelconque dans l’accident», précise Jean-Marc Ledoux, porte-parole du Bureau de la sécurité des transports du Canada.

Le document glisse également un mot sur la radiobalise de repérage d’urgence utilisée dans l’appareil.

«La balise s’est activée comme prévu suite à l’impact, mais son antenne s’est détachée ce qui a fait en sorte qu’aucun signal n’a été transmis au centre de recherches et de sauvetages des Forces armées canadiennes. Dans ce cas-ci, heureusement, l’accident s’est produit devant des témoins qui ont été en mesure de prêter secours aux membres de l’appareil», indique le porte-parole.

Le BST n’a pas émis de recommandations à ce sujet puisque le sujet avait déjà été identifié lors d’incidents précédents et que des discussions ont été enclenchées afin de régler la situation.