L’Université de Moncton tend la main à 200 ados anglophones

Quelque deux cents ados anglophones du Sud-Est inscrits en immersion ont déferlé sur l’Université de Moncton mardi, dans le cadre d’un forum de l’organisme Français pour l’avenir. L’Acadie Nouvelle est allée y faire un tour.

Les jeunes arrivent par dizaines dans l’ancienne cafétéria du pavillon Léopold-Taillon, vers midi, sur le campus de Moncton. Ça jase, ça ricane. Le nombre de décibels augmente rapidement.

Emma Sharpe et Noah Batten sont assis côte à côte en plein coeur du brouhaha. Ces ados de 16 ans de l’école secondaire Bernice MacNaughton de Moncton picorent des pattes de poulet.

Au cours de l’avant-midi, ces élèves de la onzième année (et inscrits en immersion depuis la première année) ont écouté des conférences en français. Puis, ils ont participé à des ateliers.

Emma a choisi d’en apprendre davantage sur la psychologie et sur les études postsecondaires en français. Même si elle n’obtiendra pas son diplôme avant 2019 elle pense déjà à la suite. Et cette suite s’annonce bilingue.

«La culture francophone m’intéresse beaucoup. Je ne pense pas venir étudier à l’Université de Moncton, mais j’évalue la possibilité d’aller étudier dans une institution comme l’Université d’Ottawa, où je pourrais suivre des cours en français et en anglais», explique-t-elle.

Noah a quant à lui choisi d’assister à un atelier sur l’ingénierie. Il confie en rigolant qu’il a tout d’abord décidé de participer au forum en partie parce qu’il savait que cela lui donnerait une occasion de sortir de l’école. Du moins en partie.

Mais avant même que la journée soit terminée, il est déjà content de sa décision. Et pas juste parce qu’il change d’air pendant quelques heures.

«C’est intéressant de voir la vie hors de l’école secondaire. Comme bien d’autres jeunes, je ne connais pas grand-chose du monde extérieur. C’est intéressant de voir que nos efforts pendant dix ans en immersion vont être récompensés à l’avenir», dit-il.

Son français est d’ailleurs très potable. Sans doute bien mieux que ce à quoi la plupart des francophones s’attendent de la part d’un anglophone de Moncton dont les deux parents sont anglophones.

Il s’estime heureux d’avoir l’occasion d’apprendre et de perfectionner une deuxième langue. Une chance que la plupart des membres de sa famille n’ont pas eue.

«J’ai lu beaucoup de livres et écouté de nombreux films en français. Mon père avait des albums de Tintin dans sa bibliothèque. Il me les a donnés. Mes parents sont de Terre-Neuve et ils ne parlent pas le français. Au secondaire, ils suivaient seulement un cours de français par semaine. Un cours d’une heure», dit-il en riant.

Le milieu familial d’Emma est semblable. Et même si la grande majorité de ses proches ne parlent pas le français (sauf sa mère, qui parle un peu le français), elle a réussi à faire d’énormes progrès en français, notamment en participant à des concours d’art oratoire en français et en consommant des tas de produits culturels francophones.

«J’ai regardé des films en français, j’ai écouté de la musique en français. L’année passée, on est allé voir Coeur de Pirate en concert à Moncton. J’ai bien aimé ça, c’était une  occasion de s’intégrer dans la culture francophone.»

«Ils sont meilleurs qu’ils le pensent à cet âge-là»

Pendant ce temps, l’un des organisateurs du forum butine de table en table et jase. Il s’agit de Jean-Marc Arseneau, qui est agent de recrutement à l’Université de Moncton.

Vêtu d’un déguisement de chevalier (puisque c’est l’Halloween), il jase avec les jeunes et les encourage à parler en français entre eux. Comme des étudiants du Département de musique de l’U de M doivent monter sur scène bientôt, il se hâte à faire le tour.

En retrait, où nous l’invitons pour lui poser quelques questions, il nous explique que l’Université de Moncton accueille le forum local de l’organisme national Français pour l’avenir depuis maintenant dix ans.

Selon lui, cet événement annuel donne l’occasion aux participants – des élèves anglophones du secondaire inscrits en immersion– à vivre quelques heures en français et à côtoyer des centaines d’autres jeunes qui suivent un parcours semblable au leur.

«Ils pensent qu’ils ne vont pas pouvoir survivre en français, c’est normal. Mais là, quand ils viennent visiter et qu’ils explorent – et avec des journées comme aujourd’hui– il y a un petit déclic. Un moment donné, il y a un petit déclic qui peut se faire pour dire “OK, je vais explorer”.»

Jean-Marc Arseneau explique que ces jeunes sont souvent pas mal plus bilingues qu’ils le croient. Des journées en français comme celle organisée mardi sur le campus de Moncton les aident à avoir confiance en leurs aptitudes, dit-il.

«Ils voient ça comme quelque chose de compliqué, parce qu’ils n’ont pas la chance de pratiquer le français. Donc le français est en eux, parce que l’immersion marche, mais il sort difficilement. (…) Ils sont meilleurs qu’ils le pensent à cet âge-là. C’est ça qui arrive. Une fois qu’ils savent ça et les occasions qu’ils ont, il y a un déclic.»