À Moncton, les familles francophones peinent à trouver des places de garderie dans leur langue. Confrontés aux listes d’attentes, beaucoup se tournent vers les garderies anglophones ou bilingues.

Le téléphone ne finit pas de sonner au Centre de jour l’Éveil. La garderie francophone accueille 45 enfants âgés de 2 à 5 ans, sur le campus de l’Université de Moncton.

Les parents qui souhaitent y placer leurs protégés doivent s’armer de patience: la liste d’attente comporte près de 300 noms.

«Il n’y a que 18 à 20 places qui se libèrent chaque année. J’ai parfois deux, trois appels par jour de parents qui se cherchent une place», témoigne la directrice Julie Hachey.

Murielle Gagné-Ouellette, du service de garde Phare familial, constate elle aussi un besoin criant de services à la petite enfance en langue française à Moncton. Le manque de place oblige bien des parents se tourner vers des garderies anglophones ou bilingues.

«Les services de garde sont plus nombreux en anglais, alors les parents les mettent là. Quand ils nous arrivent au préscolaire, les enfants parlent anglais alors qu’ils viennent de familles francophones. Même si le français est présent à la maison, ils jouaient en anglais avec leurs camarades et continuent en arrivant à l’école. On doit faire de la francisation intensive.»

Dans un milieu anglodominant, la tendance à l’assimilation peut être forte dans les garderies bilingues. Bien souvent, l’anglais domine.

«Quand j’étais étudiante, je travaillais dans une garderie bilingue. Toutes les conversations avec les enfants se faisaient en anglais», rapporte Julie Hachey.

«Les enfants sont des éponges à cet âge-là. J’avais une petite fille qui était dans une garderie anglophone de un à 2 ans parce que la maman n’avait pas le choix. Son vocabulaire était juste en anglais parce qu’elle passait le plus gros de sa journée dans cette langue.»

Le manque de place concerne principalement les nourrissons de zéro à 2 ans. En dessous de 2 ans, le ratio est de trois enfants pour une éducatrice. La garderie doit également respecter une superficie de 70 pieds carrés par enfant au lieu de 35 pour les plus âgés.

La plupart des garderies n’acceptent pas d’enfants de cette tranche d’âge en raison de ces règlements imposés par la province. C’est le choix qu’a fait Nadine Cormier, propriétaire de la garderie La Floraison. Elle juge les règles trop strictes.

«Les bébés ce n’est pas rentable, lance Nadine Cormier. Ça ne nous permet pas d’être viables financièrement. Je charge 175$ par semaine, si je prenais des bébés, il faudrait presque que je double le prix.»

«On perd des élèves»

Cette situation pose plusieurs difficultés aux écoles, reconnaît Monique Boudreau, directrice générale du District scolaire francophone Sud.

«On perd des élèves à l’école de langue française. Si on n’a pas de place en garderie francophone et que les enfants s’en vont en garderie anglophone, parfois les parents vont finir par les inscrire dans une école de langue anglaise.»

Les petits n’ayant pas été accueillis par des garderies dans la langue de Molière accumulent généralement certains retards lors de leur entrée à l’école.

«Ils arrivent à la maternelle et ne parlent pas le français. On doit investir dans des tuteurs pour faire de la francisation, explique Monique Boudreau. C’est un investissement monétaire, mais surtout ces élèves ne partent pas sur le même pied d’égalité que les autres. Ils ont les mêmes apprentissages, mais doivent en plus apprendre une nouvelle langue.»

Les enseignants constatent également une intégration plus difficile des enfants qui ne sortent pas d’une garderie accréditée par la province et qui suit un curriculum éducatif.

«Au niveau de l’interaction sociale, de son adaptation à l’école, les enfants n’ont pas toutes ces habiletés sociales, souligne Mme Boudeau. Dans un centre agréé, les défis au niveau du développement sont repérés plus tôt.»

Les parents demandent du soutien

Papa d’une petite fille, Sébastien Poirier n’a pas réussi à trouver de place dans une garderie accréditée par le gouvernement.

Sébastien Poirier et Conrad Melanson tentent de créer de nouvelles garderies francophones à Moncton. – Acadie Nouvelle: Simon Delattre

«On doit mettre l’enfant sur la liste d’attente lorsque la maman est enceinte sinon on risque de ne jamais avoir de place, dit-il. Dans ce cas-là, soit un des deux parents arrête de travailler, soit tu places ton enfant dans une garderie non conforme.»

Avec Conrad Melanson, un autre parent, il tente de créer des garderies francophones à but non lucratif à Moncton.

«La population augmente et on n’ouvre pas plus de places de garderies. Ça devient très urgent d’offrir à nos enfants un milieu où ils pourront s’épanouir dans leur langue maternelle.»

Les libéraux se sont engagés à créer 2060 places supplémentaires d’ici 2020. En août, le Canada et le Nouveau-Brunswick ont signé une entente de 71 millions $ pour les services à la petite enfance.

L’accord prévoit notamment la transformation de garderies en centres de la petite enfance reconnus, des aides financières pour les familles à faible revenu et davantage de formation pour les éducateurs.

Les investissements doivent aussi permettre d’offrir plus de places destinées aux bébés et aux tout-petits pour «combler les écarts dans la communauté anglophone et la communauté francophone».

Les intervenants du secteur fondent beaucoup d’espoir dans cette nouvelle entente, mais ignorent encore les détails des mesures à venir. Du côté de l’association des parents francophones du Nouveau-Brunswick, on se pose beaucoup de questions.

«On sait que la province va débloquer des fonds, mais reste à voir comment ça va être distribué», résume le président Pascal Haché.

«C’est évident que le manque est là. C’est dans les premières années que nos enfants forment leur vocabulaire et créent des liens, on doit s’assurer d’avoir un service francophone.»

L’Acadie Nouvelle a contacté le ministère de l’Éducation et du Développement de la petite enfance pour en apprendre davantage sur les plans du gouvernement. Nous n’avons pas obtenu de réponse avant l’heure de tombée.

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