Un prêtre de Bathurst en faveur de l’ordination des hommes mariés et des femmes

À l’heure où la prêtrise n’attire plus trop de vocations, le père Jean-Robert Léger, de Bathurst, prône l’ordination des hommes mariés… et des femmes.

Le pape François a confirmé, en début de l’année, envisager l’ordination des viri probati, le terme latin qui désigne des hommes d’âge mûr mariés qui ont fait leur preuve sur le plan chrétien.

C’est déjà tout réfléchi pour Jean-Robert Léger, aumônier pour l’hôpital de Bathurst les fins de semaine. Pour lui, le sacerdoce des viri probati devrait être autorisé. Et il croit qu’effectivement, l’Église catholique le permettra bientôt, à la lumière des déclarations du souverain pontife.

«J’ai hâte que Rome puisse ouvrir l’ordination à plus de monde, et non pas à une telle sorte de gens et de genre. Le service serait plus étendu et ce serait moins restrictif. Je comprends que la tradition a toujours été comme cela (le célibat, NDLR), mais je trouve que c’est réduire les appels de la vocation», argumente-t-il.

«Regardez, le clergé oriental catholique est marié. Quand un anglican se convertit au catholicisme, il ne renvoie pas son épouse. Il y en a eu une série du temps de Benoît XVI, quelques centaines. Le célibat peut être pénible par moments, même si je n’ai le temps le temps de trouver ça pénible», lâche en riant celui qui a 42 ans de prêtrise.

Très progressiste, le père Léger n’a pas non plus d’objections à ce que les femmes soient ordonnées.

«Je ne dis pas que c’est pour demain, mais il faut y réfléchir. C’est bien beau de dire qu’elles sont nos égales, mais prouvez-le. Des femmes sont médecins, premiers ministres, mairesse de Montréal. Je comprends la tradition, mais je veux juste qu’on ne ferme pas la porte. Notre sœur, dans sa différence, est notre semblable», déclare-t-il.

Ces réformes feraient contrepoids au manque de curés. Comme ailleurs, le diocèse de Bathurst est confronté à cette situation. La plupart des curés sont également âgés et avec l’âge, viennent les problèmes de santé.

On compte une douzaine de prêtres à la tête des 54 communautés chrétiennes regroupées en 12 paroisses du diocèse.

«À un moment donné, on m’a confié la responsabilité de neuf églises. Je m’occupais de tout le Restigouche francophone. Ça a duré presque une année. Après, un autre prêtre est arrivé. Il n’y a pas un prêtre qui peut faire neuf célébrations dans une fin de semaine. Cela veut dire, que quelques-unes n’avaient pas la messe dominicale toutes les semaines. Est-ce qu’il y a eu du mécontentement? Bien sûr. Quand tu es affecté par cela, il y a des réactions humainement normales et compréhensibles», confiait cette semaine le père Maurice Frenette, de Campbellton.

Le diocèse a récemment retiré à David Ferguson, assistant-prêtre à l’église anglaise Sainte-Famille de Bathurst, toute sa charge de travail, pour des raisons de santé, a-t-il précisé. Cette décision cause tout un émoi à Bathurst et dans la Péninsule acadienne, d’où il est originaire et où il était curé auparavant.

Depuis septembre 2016, il avait pris le relais à l’hôpital de Bathurst de l’aumônier Jean-Robert Léger cinq jours par semaine, dont la condition médicale l’obligeait à ralentir considérablement ses activités.

Avec le départ du frère Ferguson, le père Léger va assurer le service des derniers sacrements auprès des mourants, trois jours par semaine. D’autres confrères vont se relayer les autres journées.

Il reconnaît que l’épuisement peut guetter n’importe quel prêtre.

«Avant, j’étais sur appel 24h, sept jours par semaine. J’avais les visites sur le plancher. La messe à 10h à la chapelle à célébrer. En 20 ans, je n’ai eu même pas eu 20 jours de vacances. J’étais sur appel pendant les congés civiques, Noël, Armistice. J’ai fini par me brûler un peu», reconnaît l’aumônier.

Dans le contexte où des lieux de culte ferment, le père Serge Comeau faisait remarquer, dans une récente chronique parue dans l’Acadie Nouvelle, que les croyants de Nigadoo, dans la région Chaleur, ont réussi à s’épanouir dans leur foi, alors qu’ils n’ont jamais eu d’église dans leur village.