Moncton: la GRC sert un ultimatum aux dispensaires de cannabis

La police décide de sévir avec les dispensaires illégaux de cannabis. Elle donne aux propriétaires jusqu’à la semaine prochaine pour mettre fin à leurs activités.

Vendredi, des agents du service Codiac de la GRC ont informé les propriétaires de dispensaires qu’ils exercent illégalement.

Dans une lettre, la force policière précise que l’établissement doit cesser la vente de marijuana et de ses dérivés dans un délai de 14 jours, sans quoi elle interviendra.

«Vous êtes soupçonné de travailler en violation des règlements de Santé Canada sur la marijuana», peut-on lire dans la lettre.

La GRC mentionne qu’au-delà du délai de deux semaines, l’établissement devra se conformer à la Loi sur certaines drogues et autres substances. Dans le cas contraire, elle pourrait saisir tous les biens liés à la vente illégale de cannabis et procéder à l’arrestation des propriétaires et de tous les employés.

La police prévient que la vente de marijuana médicinale dans ces points de vente pourrait mener à des accusations.

«Vous pouvez également faire l’objet de poursuites criminelles.»

Pas moins de sept dispensaires ont pignon sur rue dans le Grand Moncton. On peut s’y procurer de la marijuana en feuilles séchées, en huile, en capsule ou dans des viennoiseries et des confiseries.

Marty Robichaud, gérant du dispensaire Green Cross, n’avait pas reçu de visite de gendarmes depuis son ouverture en avril. Il dit ne pas avoir décidé s’il cessera ou non ses activités.

«Pour le moment, on est ouverts et on continue d’aider nos patients à avoir accès à leur traitement. On va prendre ça un jour à la fois», lance-t-il.

«On connaissait le risque le jour où on a ouvert nos portes.»

Patrick Caissie, gérant de Dr. Greenthumb, confirme avoir reçu la lettre d’un gendarme en uniforme vendredi. Il ne se dit pas complètement surpris.

«Je m’attendais à ce qu’on nous demande de fermer, mais plutôt un mois ou deux avant la légalisation. Ce n’est pas une bonne idée, je pense que la criminalité va monter.»

Depuis l’ouverture du dispensaire il y a trois ans, leur présence était tolérée par la police.

«On n’a jamais eu de problème avec la GRC, assure le gérant. On avait un club où tu pouvais fumer et jouer aux jeux vidéo. La police est rentrée là une fois, c’était tout emboucané et ils nous ont juste demandé de baisser la musique.»

Patrick Caissie entend se plier à l’ultimatum. Comme d’autres, il espérait profiter de la légalisation pour régulariser la situation de son établissement.

«On veut tout faire légalement. La seule manière que tu peux rentrer ici c’est avec ta carte d’identité et une prescription du médecin.»

Or, le modèle de distribution choisi par le gouvernement provincial ne laisse aucune place aux dispensaires privés. À partir du 1er juillet, le cannabis séché et l’huile de cannabis seront vendus au Nouveau-Brunswick dans 20 boutiques gérées par Alcool NB, mais séparées des magasins d’alcool.

La décision déplaît aux propriétaires de dispensaires qui entendent manifester le 1er décembre à Moncton, devant les installations d’Organigram.

Sur son site internet, Santé Canada rappelle que tous les dispensaires contreviennent à la loi.

«Les magasins de cannabis qui ne sont pas autorisés par Santé Canada en vertu de la loi actuelle sont illégaux. Ils sont alimentés par des producteurs illégaux et vendent des produits non testés et non réglementés qui peuvent être dangereux et présenter un risque particulier pour les enfants.»

Pour le moment, le seul moyen légal de se procurer du cannabis à des fins médicales est de passer par l’un des producteurs autorisés par Santé Canada. La transaction se fait en ligne et le produit est envoyé par la poste.

Seules deux entreprises au Nouveau-Brunswick sont certifiées pour vendre de la marijuana médicinale. Il s’agit d’Organigram, à Moncton, et de Zenabis, à Atholville.
L’Acadie Nouvelle a tenté de rejoindre la GRC sans obtenir de réponse.