Tourbières: le défi de la restauration

Qui dit exploitation des tourbières dit emplois et économie, particulièrement dans l’est de la province. Mais extraire la tourbe est dommageable pour l’environnement. Que font les entreprises du Nouveau-Brunswick pour leur redonner vie et réussir le travail délicat de restauration? État des lieux.

La formation des tourbières est un travail long et patient de la nature. Pendant des milliers d’années, les végétaux décomposés grossissent millimètre par millimètre. Ils forment une épaisse couche de tourbe, dont s’emparent les entreprises pour la commercialiser.

Véritables puits de carbone, les tourbières absorbent d’importantes sources de CO2 pour se former. Le tiers du carbone de la planète y est emmagasiné, selon des chercheurs universitaires. Mais lorsqu’elle est exploitée, la tourbière se transforme.

Elle rejette alors du carbone dans l’atmosphère plutôt que de l’emprisonner, d’où l’importance de les restaurer rapidement.

«Exploiter la tourbe enlève la végétation et elle ne joue plus son rôle d’absorption du CO2 de l’atmosphère. Donc, quand on restaure, on apporte de la végétation qui est supposée capter à nouveau le carbone de l’atmosphère», explique Marion Tétégan Simon, directrice scientifique Tourbières, sols et développement durable de l’Institut de recherche sur les zones côtières.

L’institut travaille de près avec l’industrie pour commercialiser et restaurer les tourbières. La récolte de la tourbe a également un impact sur la faune et sur la flore, qu’on veut rétablir.

«Dans les zones qui ont été restaurées avec un succès intéressant, on voit des animaux qui reviennent, des grenouilles, même des orignaux», souligne Marion Tétégan Simon.

Contrer l’émission de carbone

Depuis 2001 au Nouveau-Brunswick, le gouvernement oblige les entreprises à avoir un plan de restauration si elles veulent exploiter la tourbe. Depuis une quinzaine d’années, les exploitants peaufinent et testent des techniques pour que les tourbières cessent d’émettre du carbone.

«De notre point de vue c’est important de la ramener à son état de départ en remettant un couvert végétal. C’est sur qu’on ne peut pas remplacer la tourbe qui a été exploitée, mais on peut recréer un écosystème qui va devenir un accumulateur de tourbe», explique Ernie Basque, gérant des tourbières de l’est du Canada pour Sun Gro Horticulture.

L’entreprise est le plus gros producteur de tourbe au Nouveau-Brunswick et à l’échelle du Canada. Le joueur nord-américain exploite présentement près de 5 000 acres dans la province. Près de 120 acres sont en restauration.

«Une tourbière qui a été en exploitation et restaurée, ça prend environ une quinzaine d’années pour qu’elle redevienne un accumulateur de carbone», précise M. Basque.

Plusieurs stratégies existent pour recréer cet état et elles n’ont pas toute la même efficacité.

Ernie Basque privilégie une technique de transfert de mousse végétale, qu’on nomme la sphaigne, pour remettre un couvert végétal sur les tourbières siphonnées. Les employés prennent la mousse d’un autre site pour l’épandre sur l’espace à restaurer.

Cette technique, populaire dans le milieu, demande toutefois beaucoup de doigté et de calcul. Son succès dépend de plusieurs facteurs environnementaux, tout dépendant d’où est situé le terrain.

«La restauration, c’est un one shot deal. Si tu mets 25 000 $ en restauration sur un secteur et l’année suivante, tout a séché parce que le niveau d’eau n’a pas bien été rétabli, il faut le refaire», explique Ernie Basque.

Selon le gérant, la restauration ne représente pas un coût important pour l’entreprise, à environ 1000 dollars par acre.

Une tourbière en restauration depuis 2001 sur le site de Kent de Sun Gro Horticulture. – Acadie Nouvelle : Anne-Marie Provost

Bilan positif

La situation au Nouveau-Brunswick se passe bien, estime Jacques Thibault, qui a été aux premières loges au gouvernement en 2001 lors de l’adoption de la politique de restauration. La province a été un précurseur dans ce domaine à l’échelle canadienne.

L’homme est maintenant directeur de l’Association des producteurs de tourbe du Nouveau-Brunswick, qui regroupe des entreprises.

«Avec le temps, les entreprises se sont dotées d’équipements plus pratiques», dit-il.

«Aujourd’hui, il y a des équipes qui sont capables de faire le travail en un minimum de temps et qui savent quand aller sur le terrain», ajoute-t-il.

M. Thibault estime que l’exploitation des tourbières se stabilise au Nouveau-Brunswick.

«On atteint graduellement un plateau dans la production de tourbe, il y a une limite à la commercialisation de tourbière d’intérêt», analyse-t-il.

Les choses bougent également au niveau canadien et les entreprises prévoient s’occuper des sites dits «orphelins», rapporte-t-il.

«À travers le Canada, il y a des sites en ce moment qui n’ont pas été restaurés parce qu’il n’y avait pas de politiques gouvernementales ou autres. Il y a une volonté de l’industrie d’aborder ce problème-là par esprit de responsabilité et ils veulent se montrer proactif», explique Jacques Thibault.

Au Nouveau-Brunswick, les entreprises doivent obligatoirement donner un dépôt de garanti significatif au gouvernement pour financer la restauration advenant qu’elle fasse faillite.