50 ans plus tard, Néguac a enfin son foyer de soins

Si on remettait un prix à la communauté ayant le plus de persévérance, Néguac serait sans doute un candidat de premier plan. Pas moins d’une cinquantaine d’années de démarches ont été requises avant de voir l’ouverture d’un foyer de soins pour les aînés de la municipalité. Le Complexe Rendez-vous a enfin officiellement ouvert ses portes à la fin novembre. Le projet est d’une valeur d’environ 10 millions$.

«La décision a été prise dans les années 1960 pour avoir un foyer à Néguac, mais nous n’avions jamais vraiment eu l’appui des élus. Quatre comités ont été formés au fil des ans pour faire avancer le projet», raconte Léo Comeau, président du comité consultatif communautaire du Complexe Rendez-vous.

La chance a enfin commencé à sourire à Néguac il y a près de 10 ans lorsque le premier ministre du Nouveau-Brunswick, Shawn Graham, a nommé Carmel Robichaud à titre de ministre des Services familiaux et communautaires. Originaire de Néguac, Mme Robichaud était très au fait des besoins de la région, affirme M.Comeau.

«On a été voir la ministre Robichaud pour former un comité. Au départ, on voulait 50 lits, mais on a été un peu trop gourmands. D’après les analyses, 50 lits auraient été trop, alors ils ont baissé ça à 30 lits.»

Le gouvernement provincial a donné le feu vert au projet en décembre 2009 et une entente a été conclue en 2010 avec la Villa Providence de Shediac. L’accord a pour but de faciliter la construction, la préparation de la mise en fonction et la gestion quotidienne du foyer de Néguac.

«C’était pour aider le comité de construction. Ça faisait quand même des années qu’un nouveau foyer n’avait pas été construit au Nouveau-Brunswick. Plusieurs foyers comme tels ont été remplacés ou rénovés, mais il n’y avait pas de nouveau foyer qui n’existait pas déjà», explique Annette LeBouthillier, directrice des opérations au Complexe Rendez-vous.

Les prochaines années ont cependant été jalonnées de plusieurs embûches. Les plans du programme fonctionnel, c’est-à-dire, ce que le comité souhaitait voir dans le foyer, ont été rejetés. L’architecte de l’époque a même été payé et remercié pour ses services en décembre 2013. Les services d’un nouvel architecte ont été retenus l’année suivante.

«Je me questionnais vraiment à savoir si le projet allait continuer. Le projet allait bon train tout de même, mais j’ai eu peur», raconte Léo Comeau.

La communauté désirait avoir un foyer afin de permettre aux personnes âgées de vivre leurs derniers jours près de chez eux. Au fil des ans, plusieurs familles ont envoyé leurs parents au foyer de Tabusintac, situé à une dizaine de minutes de Néguac, mais l’environnement est plutôt anglophone.

«C’est principalement un foyer anglophone, bien que de nos jours, plusieurs employés sont bilingues.»

Parfois, les aînés étaient même envoyés aussi loin que Miramichi, Rogersville ou s’ils étaient plus chanceux, à Tracadie.

«Ma grande tante a été placée à Shippagan. C’est quand même loin de sa place», souligne Annette LeBouthillier.

Le Complexe Rendez-vous compte 30 résidents et 46 employés.

Un centre d’accueil et des chansonniers

Seulement quelques semaines après avoir officiellement accueilli ses premiers résidents, le Complexe Rendez-vous a joué un rôle important lors de la crise de verglas. Une résidence pour personnes à besoins spéciaux de la région a manqué d’électricité.

«On était correct parce qu’on avait une génératrice, mais il y avait 17 pensionnaires de cette résidence qui n’avaient aucun lieu où aller, alors on les a accueillis pendant la crise. Ils ont amené leur matelas, leur sac à dos et ils sont venus rester chez nous», se souvient Annette LeBouthillier.

L’endroit s’est aussi avéré populaire auprès de la population, même auprès des gens qui n’avaient pas un proche qui y résidait.

«Les dimanches après-midi, des chansonniers donnaient des spectacles. C’était tellement populaire que des gens, même s’ils n’avaient pas de parenté au foyer, venaient écouter les chansonniers.»