Moncton: des dispensaires de cannabis défient la GRC

Malgré les avertissements de la GRC et les risques de poursuites, les propriétaires de plusieurs dispensaires illégaux du Grand Moncton continuent de vendre de la marijuana.

Le 10 novembre, des agents du service Codiac de la GRC ont informé les propriétaires de dispensaires du Grand Moncton qu’ils exercent illégalement et risquent de faire l’objet de poursuites criminelles s’ils ne cessent pas la vente de marijuana.

La force policière a donné aux propriétaires un délai de 14 jours pour cesser le commerce de cannabis dans ces points de vente.

Cet ultimatum n’a pas cependant pas mis un coup d’arrêt aux activités de tous les dispensaires.

L’Acadie Nouvelle s’est rendue dans plusieurs établissements où il est toujours possible de se procurer du cannabis à des fins médicales, 12 jours après la date limite.

Chez HBB Medical Inc, sur la rue Killam à Moncton, les affaires n’ont jamais cessé. Le gérant, Bowe Merchant, est catégorique: il n’a pas l’intention de mettre la clef sous la porte.

«Nous sommes encore ouverts, encore opérationnels et nous avons encore de l’inventaire», lance-t-il.

Il assure ne pas avoir reçu la visite de la GRC depuis le 10 novembre.

«Il n’est pas question de fermer à cause de la possibilité d’un raid de la police. On est tous engagés dans un combat pour nos patients et leur droit d’acheter dans un magasin plutôt qu’en ligne, là où ça prend plus de temps et où les quantités sont limitées.»

Comme d’autres, il espérait profiter de la légalisation pour régulariser la situation de son établissement. Or, le modèle de distribution choisi par le gouvernement provincial ne laisse aucune place aux dispensaires privés: la vente sera entièrement gérée par une société de la Couronne.

Bowe Merchant souhaite que le gouvernement accorde une légitimité aux dispensaires, dont certains opèrent depuis plusieurs années.

«Nous ne voulons pas nous occuper du côté récréatif, seulement du côté médical. Nous avons une connaissance exceptionnelle et nous avons l’expérience des relations avec les patients.»

Accès à la médication

Ouvert depuis l’été 2016 à Riverview, Tasty Budds continue également de servir sa clientèle. Ici, impossible d’obtenir le produit sans présenter une carte d’identité et la prescription d’un médecin, assure le gérant Jordan Johnson.

«Nous voulons nous assurer que les patients aient de façon sécuritaire et digne accès à leur médication, peu importe quelles seront les répercussions.»

«Ç’a été calme»

Au comptoir de Nova Budds, sur le chemin Mapleton, on nous confirme qu’il est encore possible d’acheter du cannabis dans l’établissement.

«La GRC est seulement venue porter la lettre (en novembre), mais, depuis, ils ne nous ont pas demandé de fermer. Ç’a été calme», confie une employée qui a préféré garder l’anonymat.

Pas de commentaires

L’enseigne du dispensaire Green Cross Medical, situé sur la rue Price à Moncton, continue de briller et les aller-retours des clients se poursuivent. Cependant, le gérant Marty Robichaud refuse d’en dire plus sur les activités du commerce.

«Après avoir consulté nos avocats, nous ne ferons pas de commentaires pour le moment.»

Une pizzeria!

Le propriétaire de Mitsy’s Budds, sur la rue St George, dit avoir cessé la vente de drogue. Il affirme que seuls le tabac, les pipes à eau et autres accessoires pour fumeur sont désormais disponibles. Une partie de l’établissement a même été transformée en… pizzeria.

Début novembre, le Grand Moncton comptait pas moins de sept dispensaires illégaux.

L’Acadie Nouvelle n’est pas parvenue à rejoindre Green Shield Medical et Dr Greenthumb.

Aucun propriétaire n’a été arrêté

La porte-parole de la GRC au Nouveau-Brunswick, Julie Rogers-Marsh, confirme qu’aucun propriétaire ou employé de dispensaires de cannabis du Grand Moncton n’a été arrêté jusqu’à présent.

Elle rappelle toutefois que les propriétaires de dispensaires sont hors-la-loi.

«Leurs opérations sont illégales. Ils ne suivent pas les règlements de Santé Canada», dit-elle

Pour le moment, le seul moyen légal de se procurer du cannabis à des fins médicales est de passer par l’un des producteurs autorisés par Santé Canada. La transaction se fait en ligne et le produit est envoyé par la poste.

Julie Rogers-Marsh note que tous les propriétaires ont été informés des risques qu’ils encourent.

«Ils savent quelles sortes de conséquences il y aura s’ils continuent à être ouverts».

Elle refuse de dévoiler quelles mesures seront prises par la force policière face à cette situation, ni même quand elle interviendra.