Des évaluations données en anglais à l’Université de Moncton

Des étudiants en génie se plaignent d’avoir dû passer leur examen en anglais et d’avoir travaillé à partir des documents rédigés en anglais. Une pratique contraire à la politique linguistique de l’Université de Moncton.

Dans le cours d’électromagnétisme, les lectures, les présentations PowerPoint, les notes de cours, les devoirs et même les examens étaient rédigés uniquement en anglais.

Jeudi, le lendemain de l’examen, un étudiant a dénoncé les méthodes d’enseignement du chargé de cours, en publiant de façon anonyme sur le groupe Facebook Spotted at Umoncton. L’Acadie Nouvelle s’est entretenue avec lui.

«On est dans une université francophone, et on se retrouve avec un professeur qui a décidé d’enseigner en anglais», déplore l’étudiant de 3e année qui a souhaité conserver l’anonymat.

«C’est un cours qui inclut des équations très compliquées et techniques, ça devient difficile de comprendre quand on rajoute une contrainte linguistique.»

Pourtant la politique linguistique de l’Université de Moncton stipule que les enseignants doivent s’assurer que les documents à l’intention des étudiantes et des étudiants soient rédigés en français correct.

«À l’Université de Moncton, tous les cours, les laboratoires, les épreuves de contrôle ou les enseignements se donnent en français, à l’exception des cours d’anglais, des cours de langues étrangères et des cours de l’Éducation permanente destinés uniquement à la population anglophone», précise le règlement.

Seules les explications orales se faisaient en français. «Il cherchait ses mots, il avait de la misère, on ne comprenait pas ce qu’il disait», affirme l’étudiant.

Gilles Roy, le doyen de la Faculté d’Ingénierie, explique avoir appris la situation jeudi matin. Il confirme avoir reçu des plaintes de la part d’étudiants.

«C’est clair que c’est une situation complètement inacceptable, dit-il. Les cours et les évaluations doivent être faits en français. C’est une situation malheureuse et regrettable, si on l’avait appris plus tôt pendant la session on aurait pu imposer des mesures correctives.»

Le chargé de cours, Kyarash Shahriari, doit enseigner un autre cours lors de la session d’hiver.

Gilles Roy ajoute qu’il rencontrera les étudiants pour entendre leurs griefs et mieux comprendre les faits avant de prendre une décision. «On n’a jamais eu de problème de cette nature, on va faire en sorte que ça n’arrive plus.»

Le professeur Kyarash Shahriari a obtenu une maîtrise et un doctorat à l’Institut National Polytechnique de Grenoble en France et a enseigné à l’Université Laval. L’Acadie Nouvelle a tenté de le contacter sans obtenir de réponse.

Le doyen de la faculté affirme que le processus d’embauche habituel a été suivi. «On a reçu les plans de cours en français au début de la session. Le professeur parle très bien français, ce n’est pas une question de connaissance de la langue», avance Gilles Roy.

Tristian Gaudet, président de la Fédération des étudiantes et étudiants du campus de l’Université de Moncton, dit avoir recueilli les plaintes de plusieurs étudiants. «Les étudiants ont le droit de recevoir leurs enseignements en français, nous sommes déçus que ça se soit passé», lance-t-il.

Il pointe du doigt l’administration et la faculté. «On doit avoir un certain contrôle de ce qui se passe en salle de classe sans empiéter sur la liberté académique. On doit avoir un mécanisme en place pour détecter cela.»

Selon Tristian Gaudet, l’incident prouve que les étudiants ont peu de recours possibles lorsque leurs droits sont brimés.

«Le fait que ça ne sorte que maintenant, ça montre que les étudiants se sentent intimidés par la lourdeur institutionnelle de l’université, qu’ils ont peur des répercussions sur leurs notes académiques.»