L’événement de l’année 2017: la crise du verglas

NDLR: En début d’année, le Nouveau-Brunswick a été ébranlé par un terrible épisode météorologique lorsqu’une tempête de pluie verglaçante a paralysé certaines régions pendant plusieurs jours. Parce que la crise du verglas est sans contredit ce qui a le plus marqué l’actualité dans la province au cours des douze derniers mois, le comité éditorial de l’Acadie Nouvelle a décidé de lui accorder le titre d’Événement de l’année 2017.

Le 24 janvier, la province a été frappée par une tempête hivernale dont on se souviendra longtemps.

Le verglas a d’abord frappé le Sud-Est et s’est ensuite déplacé vers le Nord, emportant des pans entiers du réseau de transport d’électricité avec lui. Le comté de Kent, la région de Miramichi puis finalement la Péninsule acadienne y ont goûté.

Le maire de Caraquet, Kevin J. Haché, raconte qu’il était chez-lui lorsque les pannes de courant ont touché sa communauté. «Je me suis dit “ah, bien on va l’avoir le lendemain matin.”»

Le lendemain matin, le courant n’était toujours pas revenu. «Les arbres étaient tous cassés dans mon entrée, je ne pouvais plus sortir de ma maison. Comme il n’y avait plus d’électricité, je ne pouvais plus ouvrir ma porte de garage. Je suis allé avec une hache pour essayer d’entrer», dit-il en entrevue avec l’Acadie Nouvelle.

Il s’est par la suite rendu à l’hôtel de ville. En route, il a constaté à quel point le verglas avait causé des dommages. C’est à ce moment que l’ampleur de la crise l’a frappé de plein fouet.

«Le plus marquant, c’était l’étendue des dégâts. Lorsqu’on s’est présentés à la Ville, on a dit “wow, c’est vraiment quelque chose qui arrive, on est en état de crise”.
Sans se faire prier, les gens de Caraquet et les employés de la Ville ont mis l’épaule à la roue, raconte le maire.

«Je lève mon chapeau aux employés qui ont travaillé d’arrache-pied. On a créé un centre de réchauffement tout de suite. On a eu un centre d’hébergement. On s’est tournés sur un dix cents.»

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«On s’est dit “OK, on est dans le trouble’’»

Les îles Lamèque et Miscou en ont aussi pris pour leur rhume. En fait, cette région séparée du reste de la Péninsule acadienne par un pont, a été l’une des plus durement touchées dans la province.

Très rapidement, les gens des îles se sont activés pour venir en aide aux sinistrés, comme le raconte l’adjointe pastorale de la paroisse Saint-Pierre, Jackie Plourde.

«Dès la première journée, mon fils et le père Patrick (McGraw) ont ouvert les barbecues à l’extérieur et ont fait cuire de la viande hachée pour faire des hamburgers et des pizzas qu’un dépanneur leur avait donnés. Ils appelaient les gens pour leur dire “j’ai de quoi de chaud, venez manger”.»

Au cours des premières heures de la crise, Jackie Plourde et ses collègues ne se doutaient pas qu’ils étaient loin d’être sortis du bois.

«Après ça, les poteaux se sont mis à casser et on s’est dit “OK, on est dans le trouble”. C’est là qu’on est passés à l’action.»

Des représentants de l’Église sont donc partis sur la route pour distribuer des lampions. Comme l’explique Jackie Plourde, il ne s’agissait que d’une excuse pour entrer chez les gens et pour s’assurer qu’ils étaient en sécurité.

«On avait peur qu’ils se chauffent ou qu’ils s’éclairent de la mauvaise façon, avec du propane (à l’intérieur) ou des choses comme ça.»

Lors de cette tournée, elle a été surprise de voir combien de gens étaient dépourvus – entre autres parce qu’ils n’avaient pas les moyens de remplacer la nourriture qui s’était gâtée -, mais qu’ils étaient trop fiers pour demander de l’aide.

Alors que la crise s’éternisait, elle et ses collègues ont redoublé d’efforts et distribué des centaines de boîtes de nourriture et servi des quantités industrielles de repas chauds grâce à la générosité d’entreprises et de l’argent collecté grâce à la très populaire chasse à l’as de coeur.

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Ailleurs sur la côte est, de nombreuses autres communautés se sont serré les coudes. Les bénévoles ont répondu présents pendant que les équipes d’Énergie NB étaient à l’oeuvre, appuyés par des membres des Forces armées canadiennes.

De nombreux centres de réchauffement ont été ouverts pour accueillir les sinistrés. Des âmes charitables de régions épargnées ont envoyé de l’équipement, du carburant et des denrées.

Cette générosité a d’ailleurs marqué Kevin J. Haché. «Les gens de partout appelaient. Ils nous demandaient si on avait besoin de bois, si on avait besoin d’autres choses. On a vu que la population du NB et même d’ailleurs est venue en aide tout de suite.»

Le maire de Caraquet note que l’on a vu le meilleur comme le pire de la population lors de cette crise. Des entrées par effraction et des vols de génératrices été rapportés, mais l’on a aussi vu des exemples de solidarité.

«Je pense que dans ce cas-ci, le meilleur a été grandement supérieur à ce à quoi on pouvait s’attendre.»

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«J’ai dit “regarde, quand ce sera notre tour, ce sera notre tour”» – Gaëtan Thomas

La crise du verglas a aussi été particulièrement intense pour les employés d’Énergie NB, qui ont mis les bouchées doubles pour réparer les lignes le plus rapidement possible.

Le grand patron de cette société de la Couronne, Gaétan Thomas, s’est assuré de quitter la capitale dès que possible afin d’être aux premières loges pour superviser le travail de ses employés.

«Je me suis aperçu lors des tempêtes précédentes que la meilleure chose que je peux faire, c’est vraiment de calmer les gens. Et la présence sur le terrain, ça fait ça.»

Il a donc mis le cap sur la Péninsule acadienne, où il est resté pendant plusieurs jours. Chaque soir, il rentrait chez ses parents à Tilley Road, afin de dormir chez eux.

«C’était vraiment une expérience personnelle. Mon père et ma mère m’attendaient le soir. J’arrivais vers 21h30 ou 22h et on ne se couchait pas trop avant 1h du matin. On discutait de toutes sortes de choses. C’était quand même assez personnel et profond.»

Sa mère avait une santé fragile et il n’aurait pas demandé mieux que de voir le courant revenir chez ses parents, mais il s’est bien gardé de leur faire des passe-droits, dit-il. Le courant n’est revenu au domicile de la famille Thomas qu’après huit jours dans le noir.

«Ma mère a dit “je suis malade”, mais je lui ai dit qu’elle m’avait élevé comme ça, avec des principes. Et elle était complètement d’accord, mon père aussi. Il y a même des gens qui ont eu l’électricité avant et ils se posaient des questions. J’ai dit “regarde, quand ce sera notre tour, ce sera notre tour”.»

Cinq événements qui ont retenu l’attention

NDLR: Comme le veut la tradition, le comité éditorial de l’Acadie Nouvelle s’est réuni à la mi-décembre pour s’entendre sur l’événement qui a le plus marqué l’année 2017. Éclairé par un sondage mené auprès de l’équipe de la salle des nouvelles, le comité a arrêté son choix sur la crise du verglas. Voici les cinq autres événements qui ont retenu l’attention lors de nos discussions.

 

Le ministre de la Santé du Nouveau-Brunswick, Benoît Bourque. – – Archives

La privatisation en santé

Le gouvernement libéral de Brian Gallant a annoncé le 1er septembre qu’il s’était entendu avec Medavie – un fournisseur privé à but non lucratif qui gère déjà les services ambulanciers au N.-B. – pour lui confier la gestion du Programme extra-mural et de Télé-Soins.

Le Réseau de santé Vitalité et de nombreux organismes de la société civile sont rapidement montés aux barricades, tandis que la Société médicale l’a appuyé quelques semaines plus tard.

Les opposants au transfert de la gestion de ces programmes à Medavie ont organisé une tournée de rencontres publiques. Le groupe de pression Égalité Santé en français s’est pour sa part tourné vers les tribunaux afin de tenter de mettre des bâtons dans les roues du gouvernement.

Les libéraux ont adopté le projet de loi sur la privatisation le 20 décembre, sous le bâillon, et ont dit avoir l’intention de signer l’entente avec Medavie avant le 1er janvier, à moins qu’une juge en décide autrement.

Brian Gallant. – – Archives

Le scandale des évaluations foncières

Ce dossier à la fois complexe et explosif a retenu l’attention pendant presque toute l’année. Au début de 2017, de nombreux Néo-Brunswickois ont remarqué que leur évaluation foncière avait augmenté de façon anormale.

À la fin mars, on a appris que plus de 2000 évaluations avaient été truquées dans le cadre de la mise en oeuvre accélérée d’un nouveau programme faisant appel à l’imagerie aérienne. Le ministre responsable, Ed Doherty, a fini par s’excuser et le premier ministre a promis de faire toute la lumière là-dessus. Il a aussi annoncé un gel temporaire des évaluations, ce qui a mis les municipalités en furie.

Au cours des mois suivants, l’affaire a continué de connaître de nombreux développements. La vérificatrice générale a réalisé un examen du régime d’impôt foncier et rendu son rapport en novembre. Elle a exonéré en partie le premier ministre dans cette affaire.

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La légalisation du cannabis

Le gouvernement fédéral a annoncé en avril dernier que la légalisation du cannabis entrerait en vigueur le 1er juillet 2018. Cette nouvelle, attendue depuis longtemps, a causé un véritable un branle-bas de combat dans les provinces, qui ont disposé de bien peu de temps pour se préparer.

Au Nouveau-Brunswick, les libéraux de Brian Gallant ont annoncé au compte-gouttes comment seraient gérées la vente et la distribution de cette drogue dans la province.

Pendant ce temps, un tas de questions sur ce dossier ont été soulevées, notamment sur la conduite avec les facultés affaiblies, sur le partage des revenus du cannabis et sur la préparation des corps policiers. Cela a fait en sorte que l’on a entendu parler très régulièrement de cannabis dans la province en 2017.

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La plage Parlee

La qualité de l’eau à la plage Parlee – depuis longtemps l’une des attractions touristiques les plus populaires de la province – n’est pas passée inaperçue cette année. On a entre autres appris que le problème était connu depuis 1994 et que pendant des années, la présence de coliformes fécaux a été pas mal plus importante que ce qui était communiqué aux touristes.

Les gouvernements provincial et fédéral ont annoncé un nouveau programme d’évaluation de l’eau ainsi que diverses autres mesures. Pendant ce temps, l’industrie touristique de la région de Shediac a rongé son frein à l’approche de la saison estivale, craignant des conséquences de cette controverse sur la réputation de la plage.

Ces craintes se sont avérées fondées. Au cours de l’été 2017, la plage Parlee a été fermée à plusieurs reprises et les touristes y ont été pas mal moins nombreux qu’à l’habitude. Ce parc provincial a connu une baisse d’achalandage de 26%, tandis que les autres attractions de la province ont connu une hausse.

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La chasse à l’as de coeur

La folie s’est emparée de Lamèque en 2017 grâce à la très populaire loterie organisée par la paroisse catholique Saint-Pierre. Chaque semaine, la cagnotte a gonflé à vue d’oeil et de plus en plus de gens se sont déplacés pour acheter des billets. En juin, l’aventure a pris fin lorsqu’un groupe de Sormany a remporté le gros lot de près de 4 millions $.