La pêche à l’éperlan, une activité en voie d’extinction?

Le réalisateur Georges Hannan compare les cabanes des pêcheurs d’éperlan (à qui il a consacré un documentaire) à des huîtres. «Elles sont difficiles à ouvrir, et à l’intérieur on peut trouver des perles», dit-il. Mais avec le désintérêt des jeunes pour l’activité, cette espèce hivernale est-elle en voie d’extinction?

L’hiver au Nouveau-Brunswick est synonyme de tempêtes, de froid et de neige, mais aussi d’activités en plein air, dont la pêche à l’éperlan (dite «pêche à l’éplan» par ses adeptes).

Les premières cabanes en bois apparaissent ici-et-là dans la Péninsule acadienne et la région Chaleur, deux endroits où cette pratique est une tradition. Elle fait l’objet d’un documentaire tourné l’année dernière et qui sera diffusé sur les ondes d’Unis TV, la semaine prochaine.

Si la pêche à l’éperlan fait le bonheur des passionnés, un constat s’impose au fil des ans: elle est de moins en moins populaire. Les jeunes s’en désintéressent. Pourquoi? Normand Landry, de Petit-Rocher, a son avis sur la question.

«Beaucoup partent travailler ailleurs. Et puis, avec les nouvelles technologies, ils ont plus de choix d’activités. Maintenant, c’est plus les ski-doos et les quatre roues.»

Même à l’échelle commerciale, les captures du petit poisson à chair délicate ne rapportent pas autant que d’autres. Alexandre Chiasson, de Caraquet, regrette ce délaissement. Ce retraité se souvient d’avoir jeté ses premières lignes dans les eaux froides à la fin de ses études.

«Dans ce temps-là, on n’avait pas de chauffe-bois dans nos cabanes. On allait sur la glace en traîneau.»

Jusqu’à quelques hivers passés, il s’adonnait encore à la pêche. Aujourd’hui encore, il en vante les mérites.

«C’était relaxant. On se vidait la tête. On ne pensait pas à nos problèmes quand on pêchait. C’était notre thérapie. Ça me manque.»

Si la pêche à l’éperlan n’attire pas les jeunes générations, est-elle vouée à disparaître? Fernand Gionet, de Caraquet, reste optimiste.

«Ça aura peut-être moins d’ampleur que ça en a eu, mais ça continuera. J’ai eu trois filles. Je leur ai montré comment pêcher. Elles n’ont pas pogné la piqûre, mais j’ai des exemples dans mon entourage de fils qui ont appris de leur père et qui aiment ça.»

Edna Thériault aussi veut croire en l’avenir de la pêche à l’éperlan. Pour elle, il passe, entre autres, par des documentaires comme celui de Georges Hannan. Elle l’a vu en avant-première et l’a beaucoup aimé.

«Il illustre bien ce qu’est la pêche à l’éplan. Il est aussi plaisant qu’instructif. Les jeunes doivent le voir.»

Mordus d’éplans

Comme son titre le suggère, Mordu d’éplan dresse le portrait d’hommes et de femmes férus de cette activité hivernale.

Infirmière auxiliaire de profession, Mylène annonce qu’elle passera toutes ses journées de repos dans sa cabane et que rien ne l’en délogera.

Juliette, elle, confie qu’elle refuserait un voyage dans le Sud s’il l’empêchait de pêcher. Pour la plupart des intervenants du documentaire, taquiner le goujon est important.

En 52 minutes, Georges Hannan, le réalisateur, aborde son sujet dans sa globalité: des astuces des pêcheurs pour appâter le poisson jusqu’à la réglementation en passant par les endroits où l’éperlan est le plus goûteux (contrairement à celles de Bathurst, les prises de Maisonnette et de Néguac ont bonne réputation) ou les objets qui tombent, par inadvertance dans le trou fait dans la glace (des clés, des paires de lunettes, des téléphones cellulaires, etc.).

Il a tourné du 15 janvier au 15 février 2017.

«On devait aller du côté de Lamèque et Shippagan. La crise du verglas nous a obligés à revoir nos plans.»

Mordu d’éplan marque son premier essai derrière la caméra. Dans le milieu audiovisuel, Georges Hannan est surtout connu en tant que preneur de son. Pour son baptême de feu, il s’est fixé le défi de filmer en hiver.

«L’été, c’est la facilité. En hiver, la lumière est belle», explique-t-il.

Le cinéaste souhaitait capter «la chaleur des gens» qu’il a mis en scène. Une ambition qu’il réitérera dans ses prochaines réalisations. Il a en projet un deuxième documentaire et une série télé.

Les téléspectateurs pourront découvrir Mordu d’éplan le 16 janvier, à 22h (heure du Nouveau-Brunswick), sur Unis TV.

Les internautes, eux, auront la possibilité de le visionner pendant sept jours à compter du 17 janvier, en se connectant sur le site www.unis.ca.