En Suisse, le homard doit être «étourdi» avant d’être cuit

Le gouvernement suisse a adopté mercredi une ordonnance qui interdira la plongée dans l’eau bouillante des homards vivants. Dans une mesure visant à améliorer le traitement des animaux, le pays européen exige que le crustacé soit «étourdi» avant la mise à mort.

La Suisse devient l’un des premiers pays au monde à adopter des règles concrètes visant à réduire la cruauté envers le homard.

Dans une ordonnance sur la protection des animaux, mercredi, le Conseil fédéral du pays européen a déclaré que «la pratique consistant à plonger les homards vivants dans de l’eau bouillante, courante dans la restauration, n’est plus admise».

Les procédés d’étourdissement admissibles sont l’électricité et la «destruction mécanique du cerveau», peut-on lire dans l’ordonnance provisoire.

De plus, dès le 1er mars, il sera interdit de transporter le homard sur la glace ou dans l’eau glacée. Ils devront plutôt être détenus «dans leur milieu naturel», selon un communiqué de presse publié mercredi par le gouvernement suisse.

La question de savoir si le homard est capable de ressentir la douleur fait l’objet de débats parmi les universitaires, les groupes de protection des animaux et les législateurs depuis des années.

Graf Maya, du Parti écologiste suisse, a déposé il y a deux ans une motion visant l’interdiction de l’importation de homard destiné à la consommation. Elle a dressé un portrait sombre du vécu du homard dans son voyage vers le pays européen.

«Empilés comme des bouteilles de vin dans un carton, leurs pinces attachées avec des élastiques et leurs antennes souvent abîmées au cours du transport, ils ont déjà souffert le martyre pendant plusieurs mois avant d’arriver en Suisse.»

«Ils sont attrapés par milliers, plusieurs mois avant d’être consommés, et sont ensuite stockés provisoirement dans des entrepôts frigorifiques, sans eau ni nourriture. Confinés dans des espaces étroits, ils sont condamnés à souffrir sans pouvoir bouger. Leur vie connaît ensuite une fin atroce dans un bain d’eau bouillante.»

Martin Mallet, directeur par intérim de l’Union des pêcheurs des Maritimes. Gracieuseté

Martin Mallet, biologiste et directeur par intérim de l’Union des pêcheurs des Maritimes, explique que le vécu du homard est plus près de celui d’un insecte que celui d’un mammifère. Il est de l’avis qu’on doit éviter d’attribuer l’expérience humaine au homard.

«Le système nerveux du homard est complexe, mais il est simple au niveau de sa capacité de percevoir des sensations. Elle lui permet de survivre dans son environnement, mais c’est un système qui ressemble à celui qu’on retrouverait dans un verre de terre.»

Il rappelle que le Comité sénatorial permanent des affaires juridiques et constitutionnelles du Parlement du Canada s’est attaqué à la question par le passé et a conclu qu’il y a «consensus autour du fait qu’ils n’éprouvent pas de douleur».

«La conclusion du gouvernement du Canada par rapport à cette question est que le homard ne perçoit pas la douleur. Du moins, ils ne la ressentent pas de la façon des animaux protégés par les lois sur la cruauté animale», mentionne M. Mallet.

Si le Canada exporte très peu de homard en Suisse, l’ordonnance pourrait avoir un impact indirect sur l’industrie canadienne si d’autres pays européens suivent l’exemple. Cela forcerait les usines du Nouveau-Brunswick à investir des milliers – voir des millions – de dollars afin de changer leurs pratiques de manutention.

Au Nouveau-Brunswick, le fait d’abattre un animal de façon cruelle est punissable d’une amende de 140$ à 2100$. La loi n’aurait toutefois jamais été appliquée au homard.

En octobre 2016, plusieurs députés fédéraux néo-brunswickois ont voté contre un projet de loi sur le bien-être animal qui aurait potentiellement imposé des règles semblables à la Suisse sur le traitement du homard.

Le député de Saint-Jean-Rothesay, Wayne Long, avait affirmé à l’Acadie Nouvelle que la mesure aurait eu un impact négatif sur de nombreuses entreprises de la province.

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Les conséquences du militantisme contre la cruauté envers le homard

Des usines et des restaurants ont eu des maux de tête dans les dernières années quand des groupes militants ont publié des vidéos de leurs pratiques de manutention du homard sur Internet.

En mai 2017, un restaurant torontois a fait face à une crise de relations publiques après avoir publié une vidéo du démembrement d’un homard avant sa cuisson.

Deux mois plus tôt, une entreprise australienne avait été mise à l’amende pour son traitement du homard.

Aux États-Unis, People for Ethical Treatment of Animals (PETA) a lancé en 2013 une campagne contre la cruauté envers le homard. L’organisme a publié un vidéo dans laquelle on peut voir un employé – présumément d’une usine de Linda Bean, au Maine – arracher les pattes et la queue d’un homard alors qu’il est encore vivant. La vidéo a été vue plus d’un million de fois. L’année suivante, l’usine a perdu un client majeur, et PETA s’est attribué le mérite de l’échec.

homard SUiss
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Tout récemment, PETA a lancé une nouvelle campagne pour la protection du homard. Elle a installé à Jacksonville, en Floride, une enseigne sur laquelle on peut voir un homard et la phrase «I’m ME, not MEAT» (je suis moi, pas de la viande).

L’initiative a pour objectif d’inspirer la compassion de la population envers le crustacé dans cette région où la concentration des restaurants Red Lobster est élevée.

«Tout comme les humains, les homards ressentent la douleur et la peur, ils ont des personnalités uniques et ils valorisent leur propre vie. L’affiche de PETA a comme objectif de rappeler au public qu’on peut éviter à ces animaux sensibles l’agonie d’être plongé dans l’eau bouillante en choisissant tout simplement des mets végétaliens», a affirmé Tracy Reiman, première vice-présidente de PETA.