Saint-Quentin: «Des miettes» en santé pour les francophones

«Depuis la formation d’Égalité santé en français, je crois que c’est de loin l’exemple qui démontre le plus l’inégalité flagrante qui existe entre les services offerts aux francophones et ceux offerts aux anglophones.»

Le Dr Hubert Dupuis, président d’Égalité santé en français, en avait long à dire suite à la lecture d’une publication du Comité permanent de la santé de Saint-Quentin. Dans ce document, l’organisme brosse un portrait des services offerts dans l’établissement versus les hôpitaux secondaires du Réseau de santé Horizon, le réseau anglophone. Et le portrait est loin d’être flatteur.

Selon les données avancées suite à cet exercice de comparaison, on constate notamment l’existence de disparité entre l’accès aux soins de santé pour la population du Restigouche-Ouest (majoritairement francophone) desservie par Vitalité et celle de la population anglophone desservie par Horizon.

On retrouve par exemple uniquement six lits à Saint-Quentin contre 27 à Perth-Andover, 21 à Sackville, 25 à Sussex. Et tous se trouvent à moins de 71 km d’un centre hospitalier régional contre plus de 100 km pour Saint-Quentin (l’hôpital régional le plus près étant à Edmundston).

Les services offerts dans les hôpitaux anglophones sont également beaucoup plus nombreux. Oncologie, laboratoire et services d’imagerie diagnostique 24/7, psychologues… La liste des services disponibles dans ces hôpitaux et absents de celui de Saint-Quentin est longue.

«La différence dans l’accès aux services saute aux yeux. Ça ne fait aucun bon sens. C’est comme un voyage en avion où les francophones seraient en classe économique et les anglophones, en classe affaires», image Joanne Fortin, présidente du CPSSQ.

Pour elle, cette disparité des services n’est pas sans conséquence pour la population du Restigouche-Ouest. «Nous sommes appelés à nous déplacer à tout bout de champ pour le moindre petit test. Tous ces déplacements sont coûteux pour nos citoyens, très longs, et même dangereux, car ils ne se font pas sur une autoroute à quatre voies, mais sur la route 17. Il y a décidément de grandes inégalités», ajoute-t-elle.

Même son de cloche de la part du Dr Dupuis.

«Ces chiffres sont incroyables. On penserait qu’il ne s’agit pas de la même province, du même pays», fulmine-t-il.

Selon lui, ces données démontrent clairement qu’encore aujourd’hui il existe deux réalités au Nouveau-Brunswick.

«Il y en a une pour les anglophones avec une multitude de services, et une pour les francophones qui n’ont que des miettes. C’est extrêmement malheureux. Ça me désole de voir un tel constat après dix années de lutte de notre part», indique le Dr Dupuis.

Ce qui le choque par-dessus tout par contre, c’est que la situation à Saint-Quentin est aggravée avec la complicité du Réseau de santé Vitalité.

«Les hôpitaux ruraux et communautaires sont des pierres angulaires du système de santé. Au lieu d’essayer de les déshabiller, de les démolir constamment comme on s’acharne à le faire avec Saint-Quentin, on devrait investir dans ceux-ci et augmenter les services pour répondre aux besoins de la population», note le docteur.

Pour lui, la démarche du comité de Saint-Quentin, qui exige davantage de services médicaux dans ce secteur isolé, est tout à fait justifiée. Car c’est justement là l’un des principaux drames selon M. Dupuis, le Restigouche-Ouest est isolé.

«C’est une île dans une mer de forêt. Ça implique donc qu’il faut faire plus, qu’il faut améliorer les choses», dit-il.

À la lumière des données compilées par son organisation, Mme Fortin demande maintenant une rencontre avec les représentants du gouvernement. Cette dernière souhaite l’ajout de services pour l’hôpital de Saint-Quentin, voire même un statut particulier pour ce dernier. «On veut les mêmes services qu’ailleurs en province, c’est tout», lance-t-elle.