Les salaires minimums de l’Alberta et l’Ontario passeront respectivement en octobre 2018 et en janvier 2019 à 15$ l’heure, non sans contestations et polémiques. Au Nouveau-Brunswick, la perspective d’une telle augmentation suscite des débats.

Pauses non rémunérées, perte d’une partie des avantages sociaux, suppression de la prime d’incitation à travailler le jour de son anniversaire, la polémique n’en finit pas de grandir autour de Tim Hortons.

Deux franchises de la chaîne de restauration en Ontario ont en effet décidé, il y a quelques semaines, de retirer à leurs salariés les avantages dont ils bénéficiaient jusqu’alors afin de compenser la hausse du salaire minimum dans la province.

En Ontario, le salaire minimum est passé de 10,40$ en 2016 à 14$ le 1er janvier 2018. Le salaire passera à 15$ l’heure le 1er janvier 2019, ce qui représente une augmentation de plus de 30% en moins de trois ans. La province sera la deuxième, après l’Alberta, dont le salaire minimum atteindra les 15$ au 1er octobre 2018, à imposer une telle augmentation.

Alors que la polémique prend de l’ampleur en Ontario, la question du salaire minimum à 15$ au Nouveau-Brunswick soulève beaucoup d’interrogations.
Aujourd’hui, le salaire minimum est établi à 11$ l’heure, et ce, après avoir augmenté à trois reprises depuis décembre 2014.

Trop faible par rapport aux besoins

Une augmentation bienvenue pour les intervenants du milieu social, même si elle reste insuffisante à leurs yeux. Le coordinateur provincial du Front commun pour la justice sociale du Nouveau-Brunswick, Jean-Claude Basque, déplore un «salaire trop bas pour être décent.»

«En 2015, [le Front commun pour la justice sociale] a mené une étude sur plusieurs catégories de personnes rémunérées au salaire minimum et a comparé leurs revenus annuels nets et leurs dépenses annuelles nettes. Toutes les catégories étaient en déficit», remarque Jean-Claude Basque.

Bien que le salaire minimum au Nouveau-Brunswick ait augmenté depuis, il reste selon lui trop faible par rapport aux besoins de la population.

«Un salaire à 15$ serait mieux que ce que l’on a maintenant», ajoute-t-il.

En 2016, selon les chiffres d’Emploi NB, 20 400 salariés du Nouveau-Brunswick étaient rémunérés au salaire minimum, soit 7% des employés dans la province. Parmi ces salariés, 41% sont des jeunes âgés de 15 à 19 ans.

Un bond inconcevable

Du côté des petites entreprises, pourtant, l’hypothèse d’une hausse du salaire minimum de 11$ à 15$ l’heure inquiète.

«Je peux le garantir, si le salaire minimum monte d’un coup à 15$, on ne pourra pas augmenter les prix pour compenser. Il va y avoir des pertes d’emploi. Je vais devoir faire travailler mes salariés au minimum, ils ne travailleront plus 8h par jour, mais 5h», commente le propriétaire du restaurant Freddie’s Pizza and Donair à Dieppe, Hakim Meftaffi. Un scénario qui rappelle le cas des franchises Tim Hortons ontariennes.

Un bond de 4$ paraît ainsi pour le moment inconcevable pour les gérants des petites entreprises.

«Une augmentation brusque de 11$ à 15$ du salaire minimum serait un coup fatal pour l’économie d’ici, qui n’est déjà pas très solide», ajoute le gérant, dont le restaurant compte quatre salariés, dont deux rémunérés au salaire minimum.

Pour autant, pour le restaurateur, une augmentation progressive du salaire minimum n’aurait pas de telles répercussions sur son commerce. Pour le coordinateur provincial du Front commun pour la justice sociale, une augmentation progressive serait même un bon coup de pouce à l’économie du Nouveau-Brunswick.

«L’argent des salariés rémunérés au salaire minimum va là où ils demeurent, dans des dépenses ordinaires de la vie. Ils ne vont pas mettre de l’argent de côté», explique Jean-Claude Basque. Aug-menter le salaire minimum reviendrait ainsi pour lui à injecter plus d’argent dans l’économie provinciale.

Jean-Claude Basque estime de toute manière que le gouvernement, confronté à la hausse des salaires minimums dans les autres provinces, n’aura pas d’autre choix que de prendre une décision politique prochainement. «Il y a une pression publique», explique-t-il.

En plus de l’Ontario et de l’Alberta, le Québec augmentera son salaire minimum en mai 2018, le faisant passer de 11,25$ à 12$ et de 9,45$ à 9,80$ pour les travailleurs à pourboire.

Aujourd’hui, le Nouveau-Brunswick possède le troisième taux horaire le plus faible du pays à égalité avec Terre-Neuve-et-Labrador, devant la Saskatchewan à 10,96$ et la Nouvelle-Écosse à 10,85$ l’heure.

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