Son père est mort durant la crise du verglas: un «cauchemar éternel»

La fille d’un homme tragiquement décédé d’une intoxication au monoxyde de carbone pendant la crise du verglas livre un vibrant témoignage un an plus tard, dans l’espoir que les gens prennent plus de précautions.

Jenny Losier est encore trop ébranlée pour faire une entrevue de vive voix. Celle qui a perdu son père, Arthur Losier, l’hiver dernier, à Petite-Rivière-de-l’Île, a préféré raconter son histoire par écrit à l’Acadie Nouvelle.

«Le soir du 26 janvier 2017, mon meilleur ami, mon confident, mon père, s’est éteint intoxiqué par le monoxyde de carbone qui s’est propagé dans son garage, là où fonctionnait sa génératrice», écrit-elle.

La suite a été très difficile pour la mère de famille de 33 ans.

Elle parle du souvenir de cette épreuve comme d’un «énorme cauchemar éternel».

«J’ai préparé ses funérailles dans le noir, en plus de la douleur à laquelle je faisais face. Je n’avais ni eau pour me doucher ou pour laver les enfants avant de me présenter au salon. Et comme la plupart, j’avais des d’arbres brisés partout sur mon terrain», raconte-t-elle.

«Profitez des gens que vous aimez»

Si Jenny Losier partage son histoire, c’est pour que les gens prennent conscience qu’ils sont chanceux d’avoir leurs proches en vie à leur côté.

«Soyez heureux d’avoir la vie, car le matériel se remplace. J’aurais préféré perdre la maison, l’auto ou peu importe au lieu de devoir vivre sans mon père», dit-elle.
Elle invite surtout la population à être prudente lorsque le chauffage et l’électricité manquent.

«Profitez des gens que vous aimez et surtout, prenez des précautions afin de minimiser les risques, investissez dans des détecteurs de monoxyde de carbone», insiste-t-elle.

Des souvenirs qui alimentent la tristesse

Un an plus tard, les commémorations de la crise du verglas ont ravivé les douleurs de Jenny Losier. Les reportages dans les médias, les souvenirs et photos partagées sur les réseaux sociaux alimentent sa tristesse.

Elle se souvient des encouragements de son père pour faire ses études.

«En juin 2017, à 33 ans, j’ai obtenu mon diplôme d’équivalence d’études secondaires. J’ai travaillé trois ans, mais grâce aux encouragements ainsi qu’à la fierté de mon père, j’ai foncé», raconte-t-elle.

«Sa chemise était prête, bien pliée sur son bureau, pour prendre une photo de graduation avec moi. Une photo qui, malheureusement, n’existera pas. Au­jourd’hui, je suis toujours étudiante, j’essaie de faire de mon mieux avec mon état d’esprit», ajoute Jenny Losier.

«On a vu des gens en train de vomir et parfois même inconscients»

Les pompiers de la Municipalité régionale de Tracadie se souviennent être intervenus plusieurs fois pour des cas d’empoisonnement au monoxyde de carbone lors de la crise du verglas.

Jimmy Thibodeau, assistant-chef pompier au Service d’incendie de Tracadie, était sur le terrain l’hiver dernier. Il se remémore être intervenu pour venir en aide à des gens victimes d’intoxication.

«On a vécu ces choses-là. On a visité des maisons. On a vu des gens en train de vomir et parfois même inconscients. On a dû intervenir», raconte-t-il.
Les pompiers ont évacué les personnes inconscientes.

«On les a sortis et on a appelé les ambulanciers. On est heureux de ne pas avoir eu de décès sur notre territoire», souligne Jimmy Thibodeau.

Le service d’incendie dispose d’un protocole lorsque les pompiers découvrent une personne intoxiquée.

«On a des appareils respiratoires, on a des détecteurs de gaz pour mesurer les bons taux. Alors on aère la maison. On ouvre les portes, on met des ventilateurs et on sort à l’extérieur», explique l’assistant-chef pompier de Tracadie.

Deux personnes sont décédées lors de la crise du verglas à la suite d’un empoisonnement au monoxyde de carbone.

Encore aujourd’hui, Jimmy Thibodeau rappelle qu’il est important de suivre les consignes de sécurité.

«C’est sûr que ça arrive et c’est sûr qu’avec toutes les intempéries, le monde achète beaucoup de génératrices. Ils ne sont peut-être pas tous au courant des normes de sécurité de base», souligne-t-il.

Un appel à la sécurité
L’assistant-chef pompier prévient que faire fonctionner une génératrice dans un endroit fermé représente un danger mortel.

«Nous recommandons aux gens de les garder éloignées et d’avoir une bonne ventilation. C’est sûr qu’il ne faut pas mettre ça dans les garages, dans les cabanons ou dans des lieux fermés», affirme Jimmy Thibodeau.

«Après quelques minutes dans un endroit restreint, c’est sûr que le taux de monoxyde de carbone va être mortel. Tu as juste besoin de trois ou quatre inhalations en deux minutes et tu vas te retrouver par terre, en danger de mort», ajoute-t-il.

M. Thibodeau ajoute qu’un détecteur de monoxyde de carbone est un bon allié dans une maison.

«Chaque maison qui a un poêle à bois ou autre devrait en avoir un. Il faut vérifier les batteries au moins tous les six mois.»