Enfants maltraités à Saint-Jean: l’opposition exige une enquête indépendante

Le ministre des Familles et des Enfants ordonne au ministère du Développement social de faire une «révision complète» de l’affaire des cinq enfants victimes de grave négligence aux mains de leurs parents à Saint-Jean. Le défenseur des enfants pourrait également enquêter.

Interpellé par un député du Parti progressiste-conservateur durant la période de questions à l’Assemblée législative, jeudi, le ministre Stephen Horsman a annoncé que son ministère allait enquêter sur cette affaire «bouleversante».

«J’ai demandé au ministère du Développement social de faire une révision complète de ce dossier. C’est important de déterminer ce qui s’est passé et quand ça s’est passé», a-t-il dit.

Plus tard dans la journée, M. Horsman a promis que les résultats de cette enquête interne seront rendus publics.

L’audience de détermination de la peine des parents a eu lieu, mercredi, au Palais de justice de Saint-Jean.

Les deux individus ont plaidé coupables en novembre à cinq chefs d’accusation pour n’avoir pas fourni à leurs enfants les choses nécessaires à l’existence, mettant ainsi leurs vies en danger.

Les enfants âgés entre 7 mois et 10 ans avaient été retrouvés en 2016 dans la résidence familiale affamés et couverts d’excréments humains.

Certains d’entre eux avaient manqué plus d’une journée d’école sur deux lors de l’année précédant l’arrestation de leurs parents.

L’intérieur de la résidence était dans un état de décrépitude si avancé qu’elle a dû être démolie. Les murs étaient notamment remplis de traces d’excréments humains et d’animaux contenant des empreintes de mains d’enfants.

Même si le ministère du Développement social était en contact avec la famille depuis 2012, ce sont plutôt des shérifs qui ont signalé la situation aux autorités alors qu’ils s’étaient rendus sur les lieux pour expulser la famille en raison du loyer impayé.

«C’est important que nous obtenions des réponses, a dit Stephen Horsman. Nous devons faire tout notre possible pour qu’une situation comme celle qui a été décrite en cour ne se reproduise pas.»

Le ministre a également confié que le défenseur des enfants, de la jeunesse et des aînés, Norman Bossé, a demandé à obtenir les dossiers du ministère sur ces cinq enfants.

Le défenseur des enfants et de la jeunesse, Norman Bossé. – ARCHIVES

M. Bossé a l’intention d’étudier l’affaire avant de décider s’il fera enquête. Les enquêtes du défenseur sont confidentielles, mais la loi l’autorise à publier ses recommandations.

M. Bossé était au Palais de justice de Saint-Jean lors de l’audience de détermination de la peine.

«J’ai le devoir de m’assurer que les enfants peuvent vivre en sécurité dans la province du Nouveau-Brunswick. D’après ce que j’ai entendu (mercredi), je crois que ces enfants n’étaient pas en sécurité et je me demande pourquoi. Si je peux avoir des réponses, je vais faire des recommandations pour éviter ça à l’avenir.»

Norman Bossé souhaite rencontrer les responsables du ministère du Développement social pour déterminer la marche à suivre.

À son avis, le bureau du défenseur des enfants est mieux placé que le ministère pour faire enquête sur cette affaire puisqu’il est indépendant du gouvernement et qu’il dépend directement de l’Assemblée législative.

Les partis d’opposition ont d’ailleurs dénoncé, jeudi, la décision du ministre de faire une révision interne plutôt qu’une enquête publique.

«Nous avons besoin d’une approche neutre en provenance de l’extérieur du ministère du Développement social», a indiqué le député progressiste-conservateur Ernie Steeves.

Il souhaite que le défenseur des enfants et de la jeunesse se penche sur cette affaire en collaboration avec la vérificatrice générale.

«Nous avons besoin d’informations factuelles pour comprendre (pourquoi) les politiques, les règlements et les lois continuent de renvoyer des enfants chez des parents incompétents», a dit M. Steeves

Le chef du Parti vert, David Coon, estime lui aussi qu’il est «inacceptable» de demander au ministère «d’enquêter sur lui-même».

En plus d’appuyer la demande du député progressiste-conservateur, M. Coon exige la tenue d’audiences publiques devant un comité de l’Assemblée législative pour entendre les explications des personnes impliquées dans cette affaire.

«Nous devons entendre ce que les gens en première ligne ont à dire sur les failles du système et la façon de les éliminer», a-t-il affirmé.

Une ordonnance de non-publication empêche de nommer les parents fautifs afin de protéger l’identité de leurs enfants.

Lors de l’audience de détermination de la peine, mercredi, à Saint-Jean, la Couronne a demandé deux ans d’emprisonnement dans un pénitencier fédéral pour les deux parents.

Les avocats de la défense proposent plutôt une peine d’emprisonnement avec sursis qui pourrait être purgée dans leur résidence.