Mises en garde contre les compteurs intelligents d’Énergie NB

Énergie NB souhaite installer au cours des prochaines années 350 000 compteurs intelligents dans les foyers de la province. Une technologie prometteuse selon la société de la Couronne mais qui alerte les experts sur de potentiels risques sur la santé et des coûts mal calculés.

Mercredi a commencé à Saint-Jean une audience publique de plusieurs semaines auprès de la Commission de l’énergie et des services publics du Nouveau-Brunswick (CESP) pour décider de l’approbation des nouveaux projets d’investissements d’Énergie NB.

Parmi ces projets, Énergie NB souhaite faire approuver l’installation de 350 000 compteurs intelligents dans la province au cours des trois prochaines années. Il s’agit de compteurs connectés qui permettent la collecte automatique et à distance de données sur la consommation électrique.

Une technologie dont le but principal est de rendre la communication autour de la consommation d’électricité plus transparente.

«Le problème aujourd’hui avec l’électricité est qu’elle est invisible. Les compteurs intelligents permettront de faire prendre conscience aux gens de leur consommation», explique le directeur général des services d’efficacité énergétique d’Énergie NB, Michel Losier.

Avec ces compteurs intelligents, les clients d’Énergie NB pourront disposer d’une information précise sur leur consommation en tout temps.

«Les compteurs permettent une lecture de nouvelles données toutes les 15 minutes, contre une fois tous les mois avec les compteurs actuels.»

Selon M. Losier, en rendant les informations sur la consommation plus claires, les consommateurs seront capables d’éviter les mauvaises surprises sur leur facture. La collecte de données automatique et en continu permettrait de plus à Énergie NB de répondre plus efficacement en cas de panne, y compris pendant les intempéries.

«Cela va nous permettre de proposer de meilleurs services, une meilleure fiabilité et un réseau plus moderne», ajoute Michel Losier.

Une technologie dangereuse pour la santé?

Le projet d’investissement, qui semble prometteur sur le papier, pose cependant un certain nombre de problèmes aux experts consultés par l’Acadie Nouvelle.

C’est le cas de Paul Héroux, physicien et professeur de toxicologie et des effets des ondes électromagnétiques sur la santé à l’Université McGill à Montréal. Il s’est rendu à l’audience pour témoigner contre ces nouveaux compteurs qu’il juge dangereux pour la santé.

Les compteurs intelligents, pour permettre le relevé automatique de données en continu, fonctionnent sur le réseau GSM (Global System for Mobile) grâce à l’émission d’ondes électromagnétiques – de la même manière que les téléphones cellulaires. Un mode de fonctionnement lourd de conséquences sur la santé selon le professeur.

Pour M. Héroux, l’exposition aux ondes électromagnétiques serait à l’origine de cancers et d’autres problèmes chroniques de santé. Au cours de ses recherches sur les conséquences de l’exposition aux champs électromagnétiques sur la santé, il a observé «un effet de cette exposition sur les cellules cancéreuses, et même sur toutes les cellules exposées.»

Pourtant, Énergie NB se défend de proposer des technologies dangereuses pour la santé. Pour Michel Losier, la technologie a été certifiée par Santé Canada.

«On est confronté à des ondes tous les jours. Les cellulaires sont bien pires que les compteurs intelligents au niveau des ondes. Il faut comprendre que les bénéfices de l’installation des compteurs seront très importants», ajoute-t-il.

Les compteurs intelligents d’Énergie NB s’inscrivent en effet dans le cadre du code de sécurité 6 de Santé Canada, qui définit les limites réglementaires d’exposition humaine aux champs de radiofréquences électromagnétiques. Selon Santé Canada, l’exposition aux champs électromagnétiques due à la proximité d’un compteur intelligent est bien inférieure aux limites gouvernementales.

Cependant, pour Paul Héroux, la pertinence de ces limitations au niveau de la santé est à questionner.

Si le professeur reconnaît qu’Énergie NB a raison de vouloir moderniser son réseau, il recommande la mise en place d’autres technologies, telles que les modems, qui utiliseraient un système de câbles plutôt que des ondes électromagnétiques.

Un projet trop coûteux

Selon deux firmes de recherche et conseil américaines mandatées par la CESP pour étudier le projet, le coût est également un problème majeur du dossier d’Énergie NB. Selon les rapports remis à la Commission, le coût d’installation des 350 000 compteurs intelligents a été sous-estimé, et les bénéfices attendus du projet ont au contraire été surestimés.

Certains coûts liés à la mise en place d’infrastructures nécessaires pour le développement du projet n’auraient en effet pas été pris en compte.

De plus, pour Edmund Finamore, rédacteur d’un des rapports, une partie des bénéfices qu’Énergie NB a déclaré attendre ne devrait survenir que dans les dernières années du projet, voire ne pas survenir du tout.

La question financière est d’autant plus problématique que le projet présenté par Énergie NB est déjà déficitaire. La société a en effet présenté à la Commission un projet de 122,7 millions $, dont les bénéfices attendus n’atteignent que 121,4 millions $, soit un déficit de 1,3 million $.

Énergie NB n’a pas souhaité commenter ce point.