La Fédération des jeunes francophones du N.-B. veut mettre fin à l’insécurité linguistique

La Fédération des jeunes francophones du Nouveau-Brunswick (FJFNB) veut combattre l’insécurité linguistique que peuvent ressentir des francophones de la province face aux anglophones, mais aussi lorsque d’autres francophones les jugent sur leur accent. L’enjeu a été discuté cette fin de semaine à l’occasion d’un colloque qui a réuni près de 160 jeunes.

Hajar Abdessamie, 18 ans, a raconté son histoire dans l’atelier Sécure dans ma langue, samedi.

La jeune femme est arrivée à Fredericton en provenance du Québec alors qu’elle était en sixième année. Elle admet avoir subi un choc.

«Ça a été très difficile de m’adapter. Passer d’une place majoritairement francophone et arriver à Fredericton, où tout est presque exclusivement en anglophone, dans une école où tout monde parle majoritairement anglais, ça a été difficile. J’ai dû apprendre l’anglais», raconte l’étudiante de douzième année.

Car même si elle étudie dans un établissement scolaire francophone, l’école Sainte-Anne, les élèves parlent souvent en anglais dans les couloirs.

«La majorité d’entre eux c’est leur première langue et ils essayent d’apprendre le français pour être bilingue dans leur ville. C’est plus facile pour eux de s’exprimer en anglais», explique-t-elle.

L’atelier a permis de constater que le sentiment d’infériorité ne se vit pas seulement en présence des anglophones, mais qu’il peut également être causé par d’autres francophones.

«Moi je vis une insécurité linguistique par rapport à la langue anglaise. Mais certaines personnes ressentent la même insécurité quand ils vont au Québec et que leur accent est différent de celui des gens qui les entourent. Ils se sentent alors inquiets de parler avec leur propre accent et leurs propres expressions», souligne Hajar Abdessamie.

Combattre le sentiment d’infériorité

Tout l’automne, la FJFNB a parcouru les écoles du Nouveau-Brunswick pour parler de sécurité linguistique avec les jeunes.

«Au Nouveau-Brunswick, présentement, en règle générale, les anglophones ne ressentent pas nécessairement ce sentiment d’infériorité. C’est ce qu’on veut régler auprès des francophones. Et cette insécurité peut parfois être causée par nos pairs francophones, qui nous donnent le sentiment que notre français n’est pas si bon», remarque la présidente, Sue Duguay.

La Fédération veut mettre fin à ce sentiment. «C’est vraiment de créer une sensibilité auprès des gens qu’il faut être fier de notre façon de parler, d’où on vient. On se fait comprendre, c’est une langue et la richesse qu’elle varie de région en région. C’est ça le projet de la sécurité linguistique», poursuit-elle.

Elle constate qu’il y a du travail à faire, mais que bien des jeunes sont motivés et qu’ils n’ont pas le goût d’abandonner le français.

«Ils ont un fort sentiment d’appartenance à leur langue et ce n’est pas seulement une langue, mais c’est aussi un style de vie. L’avenir du français est entre bonnes mains. C’est vraiment ce que j’ai pu voir en fin de semaine. Ils ne planifient pas l’abandonner anytime soon», souligne Sue Duguay.

«Il n’existe pas un ‘‘bon’’ français»

Faut-il parler comme on parle ou faire l’effort de parler un français standard? Cet éternel débat a fait partie des discussions, samedi.

Hajar Abdessamie, elle, pense que les gens doivent être fiers de leur accent.

«Ça vient de leur culture, de leur famille, de leurs ancêtres… Moi je pense que les gens doivent être fiers de l’endroit d’où ils viennent. Ce n’est pas parce que c’est différent que c’est mal, au contraire», souligne-t-elle.

À la FJFNB, on a aussi une vision inclusive.

«Le but de créer de la sécurité linguistique, c’est qu’il n’existe pas un ‘‘bon’’ français. Quand les jeunes viennent dans nos événements, qu’ils soient du Nord ou du Sud, ça ne dérange personne», souligne Sue Duguay.