Le manque d’infirmières se fait sentir au Nouveau-Brunswick

Conséquence du vieillissement de la population, la pénurie de personnel infirmier risque de s’aggraver dans le domaine de la santé. L’heure est à la recherche de solutions.

Le Nouveau-Brunswick a actuellement besoin d’environ 160 nouvelles infirmières, selon Pierre Godbout, directeur de l’École de sciences infirmières de l’Université de Moncton.

«Les gestionnaires nous disent qu’il y a souvent des gens qui doivent faire du surtemps à cause des postes qui ne sont pas pourvus. Ils ont des difficultés à remplacer les congés de maladies», décrit-il.

À lui seul, le Réseau de santé Vitalité cherche à pourvoir une cinquantaine de postes permanents. Chaque année, le réseau doit remplacer 90 départs d’infirmières, pour la plupart à la retraite.

«En termes de volume, il y a certainement un plus grand bassin de candidatures dans la zone Beauséjour (Moncton), mais aussi beaucoup plus de possibilités d’emploi si l’on compare avec les régions du Nord», précise Thomas Lizotte, responsable des communications de la régie francophone.

Contacté par l’Acadie Nouvelle, le réseau de santé Horizon n’a pas été en mesure de préciser combien d’infirmières supplémentaires seraient nécessaires pour répondre aux besoins actuels.

De 2011 à 2016, le nombre d’infirmières immatriculées est passé de 9067 à 8625 au Nouveau-Brunswick. Pendant ce temps, les besoins sont devenus de plus en plus importants alors que la population vieillit.

«Nous faisons face à une pénurie, surtout dans le secteur des soins de longue durée», confirme la présidente du Syndicat des infirmières et infirmiers du Nouveau-Brunswick.

Paula Doucet note que la relève se détourne des soins aux aînés. Résultat, plusieurs propriétaires de foyers de soins doivent garder des lits vides faute de personnel.

«Les résidents des foyers de soins ont des besoins plus complexes et les infirmières doivent en faire plus. Ce n’est pas forcément un secteur attirant pour une nouvelle infirmière qui veut faire carrière. La charge de travail est importante. Ce n’est pas intéressant de travailler plus pour moins», estime l’infirmière.

Le recours aux heures supplémentaires et le risque d’une hausse des congés maladie représentent un coût pour le système de santé. Paula Doucet croit que cette charge de travail supplémentaire se répercute aussi sur les patients.

«Je crains que la qualité des soins se détériore, parce qu’il y a un problème de rétention et de recrutement dans ce secteur. Les soins en sont affectés. Les infirmières disent qu’elles veulent plus de personnel pour soigner leurs patients comme ils le méritent.»

Au Québec, les conditions de travail des infirmières ont fait les manchettes au cours des derniers jours. Beaucoup se disent touchées par l’épuisement professionnel et dénoncent le manque de ressources humaines et matérielles.

La situation du Nouveau-Brunswick est-elle comparable?

«Je ne crois pas que l’on soit en situation de crise, mais on est au bord de la crise, répond Paula Doucet. Il faut que les régies et le gouvernement trouvent une façon de recruter davantage. C’est un problème multifacette. Est-ce qu’on s’adresse aux jeunes qui se posent des questions sur leur choix de carrière? Est-ce qu’on tente de rendre la profession plus attrayante?»

Courtiser la jeunesse

Dans les universités, la tendance est à la baisse des admissions. De 2013 à 2017, le nombre d’inscriptions au programme de science infirmière de l’Université de Moncton est passé de 546 à 459.

À la rentrée 2017, le campus d’Edmundston a perdu 16 étudiants tandis que celui de Moncton a gagné 10 inscriptions.

Pierre Godbout y voit le résultat des efforts de promotion réalisés auprès des écoles secondaires du Sud-Est. Le programme a d’ailleurs de sérieux atouts pour séduire: presque 100% des diplômés trouvent un employeur à la sortie de l’université.

«Les perspectives d’emplois et les bons salaires semblent contrebalancer les conditions de travail», avance M.Godbout.

Le besoin de nouvelles recrues sera de plus en plus important à l’avenir alors que la profession vieillit.

Actuellement, 43% des infirmières néo-brunswickoises ont plus de 50 ans. À titre comparatif, à peine 34% d’entre elles dépassaient la cinquantaine en 2007.

Face à ce constat, le gouvernement a mis sur pied un comité provincial pour développer une «stratégie de recrutement et de rétention», lequel devrait proposer des pistes de solution d’ici la fin de l’année.