Meurtre de Hilary Bonnell: «Le temps ne permet pas de guérir»

Le témoignage déchirant de Pamela Fillier, qui a perdu sa fille Hilary Bonnell, a marqué la première journée d’audience de l’Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées, de passage à Moncton.

Une trentaine de survivantes et de proches de victimes de violence envers les femmes autochtones sont attendus mardi et mercredi à Moncton.

La commissaire Michèle Audette est de passage au Nouveau-Brunswick pour entendre leurs témoignages lors d’audiences publiques et privées, de cercles de partage et de moments d’expression artistique.

Accompagnée de son mari Fred, Pamela Fillier est venue entretenir le souvenir de sa fille. Hilary Bonnell, âgée de 16 ans, a été tuée en 2009, à Esgenoôpetitj (Burnt Church), au nord-est du Nouveau-Brunswick. Après deux mois et demi de recherches, le corps brûlé de l’adolescente avait été retrouvé sur les terres de l’ancien champ de tir près de Tracadie.

Son cousin, Curtis Wayne Bonnell, a été reconnu coupable d’avoir agressé sexuellement Hilary avant de lui enlever la vie. L’homme a été condamné à la prison à vie en 2012.

Devant le public, Pamela Fillier a décrit une fille passionnée par la danse et la musique.

«Elle était pleine de vie, elle illuminait ma maison», a-t-elle raconté pendant que des photos d’Hilary défilaient derrière elle.

«Je veux que les gens voient à quel point c’était une fille merveilleuse, à quel point elle était aimée et à quel point elle me manque.»

La perte de sa protégée restera une blessure profonde qui n’est pas près de se refermer.

«Ça ne se termine pas lorsque vous enterrez votre enfant. C’est juste le début d’une nouvelle sorte de douleur», souffle-t-elle.

«Le temps ne permet pas de guérir. Ça me fait juste réaliser tous les moments que l’on manque. J’aurais voulu être là pour sa graduation, pour son mariage, pour le jour où elle serait devenue mère…»

Submergée par les larmes, elle a dû interrompre son récit à plusieurs reprises. En signe de recueillement, le public a formé un cercle autour du couple avant d’entonner un chant.

«Des lois plus dures»

La mère de l’adolescente juge que le système judiciaire n’est pas assez sévère et rend trop facilement leur liberté aux agresseurs.

«Il faut des lois plus dures contre les violeurs et les pédophiles. Si le risque de récidive est élevé, ne laissez pas sortir ces monstres», a-t-elle répété.

«Nous devons apporter un changement pour empêcher que ça n’arrive à quelqu’un d’autre. Ma petite fille ne pourra jamais rentrer chez elle, Curtis ne devrait jamais avoir cette possibilité.»

Pamela Fillier reproche également aux policiers de ne pas être immédiatement partis à la recherche de sa fille lorsqu’elle a signalé sa disparition «Ce n’est qu’après que j’ai appelé les médias qu’ils ont commencé à la rechercher.»

Par la suite, son mari Fred Fillier a évoqué l’épreuve du procès. Incapable de travailler, il a dû compter sur le soutien financier d’amis pour pouvoir assister aux audiences et il a fini par vendre sa maison. Il estime que les victimes et leurs proches ne reçoivent pas le soutien nécessaire lorsqu’ils vivent un tel traumatisme.

«Les membres de la famille des victimes passent des jours et des jours en cour, il leur faudrait un endroit pour se restaurer et se reposer dans chaque tribunal au pays.»

Fred Fillier ajoute que les services aux victimes ont refusé d’aider ses enfants, issus d’une précédente relation, parce qu’ils n’étaient pas du même sang que Hilary.

Environ 700 personnes ont témoigné depuis le début des audiences en mai 2017. Pour la commissaire Michèle Audette, il est essentiel que ces histoires soient entendues et qu’elles restent dans les mémoires.

«Ils savent ce qu’ils ont ressenti, ce qui n’a pas fonctionné pour eux et ils savent ce qui doit être changé», dit-elle.

L’Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées a été lancée à la suite de l’élection de Justin Trudeau et le rapport final devait être publié d’ici le 31 décembre 2018.

Cependant, les travaux de la commission ont été perturbés, notamment par le roulement du personnel et des problèmes de communication. L’équipe tente d’obtenir l’accord du gouvernement fédéral de prolonger son mandat de deux ans.

Au Nouveau-Brunswick, cinq cas de meurtre de femmes autochtones ont été répertoriés de 1980 à 2012.