Il n’y a plus d’ophtalmologiste au Restigouche

L’absence d’un ophtalmologiste au Restigouche suscite plusieurs inquiétudes dans la communauté, plus particulièrement auprès des personnes âgées. Le Réseau de santé Vitalité parle pour sa part d’une situation temporaire sur le point de connaître un dénouement positif.

Depuis quelques semaines, il n’y a plus d’ophtalmologiste basé au Restigouche, une situation attribuable au départ à la retraite du Dr Paul Cortin, un vétéran en poste dans la région depuis de nombreuses années. Les patients sont depuis transférés dans la région voisine de Chaleur.

Samia Awad est présidente du Club des aînés Notre-Dame-de-Neige de Campbellton. Elle trouve cette situation particulièrement préoccupante pour ses membres, mais également pour la population générale.

Au-delà de l’absence, ce qui l’inquiète c’est le peu d’empressement des dirigeants du réseau de pourvoir le poste. En fait, elle craint que le départ du Dr Cortin – combiné au faible bassin de population du Restigouche – sonne le glas de ce service dans la région.

À preuve, aucun poste pour cette spécialité n’est affiché sur le site web du réseau.

«On m’a indiqué que cela fait quelques années qu’on recherche un spécialiste et qu’on avait énormément de difficulté à en trouver un. J’ai bien peur qu’on en vienne à jeter la serviette et que ce service soit tout simplement rapatrié pour de bon ailleurs», exprime-t-elle, précisant toute l’importance de l’accès à cette spécialité.

«C’est important et c’est encore plus vrai pour nos personnes d’un certain âge qui ont de la difficulté en terme de mobilité. Pour plusieurs, devoir prendre la route sur une telle distance constitue un véritable casse-tête (il y a environ 100 km entre les hôpitaux de Campbellton et de Bathurst). Car il faut comprendre qu’on parle ici de personnes souffrant souvent de problèmes oculaires. Tous n’ont donc pas la capacité et le luxe de conduire eux-mêmes. Ils doivent faire appel à leurs proches. C’est une situation critique et très angoissante pour nos aînés», dit-elle.

Autre élément qui trouble la quiétude de Mme Awad, c’est qu’à au moins deux reprises depuis le départ de l’ophtalmologiste, des patients du Restigouche lui ont rapporté avoir eu de la difficulté à obtenir des rendez-vous.

«On leur a dit littéralement que les gens de Bathurst passaient en priorité, donc qu’ils étaient favorisés. Si c’est vraiment la façon de faire, on trouve cela vraiment déplorable», ajoute-t-elle.

Mme Awad exhorte le réseau à prendre les mesures nécessaires pour recruter des ophtalmologistes pour la région du Restigouche. Et non pas un, mais deux afin qu’ils puissent travailler en équipe et se relayer.

Vitalité se fait rassurant

Au Réseau de santé Vitalité, on dit entendre les préoccupations des gens du Restigouche et on se veut rassurant. On soutient que la situation risque fort bien de se résorber au cours des prochains mois.

«La raison pour laquelle nous n’affichons pas le poste, c’est que nous avons justement trouvé quelqu’un pour le combler prochainement. Cette personne est actuellement en période de supervision à l’Hôpital régional Chaleur (de Bathurst), ce qui explique qu’elle n’est pas encore en place à Campbellton», explique un porte-parole de l’organisme sans toutefois préciser la durée de cette supervision.

En ce qui a trait aux accusations comme quoi les résidents du Restigouche seraient relégués au second rang lorsque vient le temps d’obtenir un rendez-vous, le réseau ne remet pas en cause les versions rapportées, mais on soutient vigoureusement qu’il ne s’agit en rien d’une consigne ou d’une politique acceptable, bien au contraire.

«Il est contre l’éthique et les valeurs du Réseau de santé Vitalité de prioriser un patient sur une liste d’attente en fonction de son lieu de résidence. Et on nous assure que ce n’est pas la façon de faire», précise-t-on.