Un édifice neuf… désigné comme lieu patrimonial à Moncton

Ce n’est pas parce qu’un immeuble est flambant neuf qu’on ne peut pas considérer l’endroit patrimonial, selon la Ville de Moncton. Steve Vasseur, propriétaire de Keating’s Tabacco, au centre-ville, l’a appris à ses dépens.

Le commerce de M. Vasseur est emblématique du centre-ville de Moncton. Récemment, l’entreprise a délaissé ses locaux de la cour Robinson pour s’installer dans un nouvel édifice, situé en face du théâtre Capitol.

Heureux d’obtenir les clés de nouveaux locaux, M. Vasseur a commandé une nouvelle affiche, une boîte rectangulaire illuminée sur laquelle on peut lire sa raison sociale. À sa grande surprise, il a reçu de la municipalité un avis affirmant que son enseigne est illégale.

«Le premier problème, c’est que le type d’affiche n’est pas permis sous un arrêté particulier de la Ville de Moncton. Je parle de l’arrêté sur la conservation du patrimoine. Dans cet arrêté, il y a une partie qui traite de l’affichage sur les propriétés qui sont désignées patrimoniales. Donc cette partie est assez claire sur les affiches qui ne sont pas permises, et ce, même si l’immeuble est nouvellement construit, comme c’est le cas ici», a expliqué Jean-Pierre Charron, urbanisme principal pour le patrimoine à la Ville de Moncton.

En somme, l’affiche de Keating’s est illégale parce que l’édifice qui vient d’être construit est considéré comme patrimonial.

M. Vasseur n’est pas propriétaire de l’édifice. Il est locataire et l’immeuble appartient à des intérêts vietnamiens. Une demande de permis pour une affiche a été faite auprès de la municipalité par une personne représentant les propriétaires en décembre.

Selon les informations fournies, le service d’urbanisme de la ville aurait avisé M. Vasseur que l’enseigne qu’il s’apprêtait à installer ne correspondait pas aux dispositions prévues à l’arrêté sur la conservation du patrimoine.

«Avec ce sentiment que ça allait être une boîte éclairée qui n’est pas permise, des courriels ont été envoyés à M. Vasseur avec les parties de l’arrêté clairement indiquées et qui expliquaient que ce type d’affiche n’est pas permis. On a essayé de l’informer des alternatives», a avancé M. Charron.

M. Vasseur aurait refusé d’obtempérer.

«L’affiche a été installée sans permis, c’est ce qui est le plus grave.»

Le propriétaire de Keating’s n’en démord pas. Selon lui, c’est son droit d’afficher son entreprise. Son affiche, il l’avait fait fabriqué bien avant son déménagement, dit-il.

«Je l’avais déjà fait faire parce que je ne croyais pas avoir besoin d’une permission pour annoncer ma propre entreprise», a déclaré à l’Acadie Nouvelle M. Vasseur.

Du nouveau désigné patrimonial?

La construction de l’immeuble dans lequel se trouve maintenant son magasin s’est achevée récemment. En fait, il y a encore des unités en construction dans l’édifice. Avant, il n’y avait qu’un trou laissé par une explosion qui avait détruit un immeuble historique en 2000. Ç’a pris plus de 15 ans avant que des entrepreneurs y construisent quelque chose de nouveau.

Lors de la planification de la construction du nouvel édifice, la municipalité s’est assurée qu’on y trouvait des éléments de design qui cadrent avec l’immeuble parti en fumée et ce qui est encore debout. De là, la désignation patrimoniale. C’est le groupe de bâtiment qui se trouvait à cet endroit qui est désigné historique.

«On essaie d’avoir une harmonie et même une inspiration de ce qui avait là avant. Donc, il y a certains éléments de design qui correspondent à ça», a souligné M. Charron.

Pour M. Vasseur, cette approche n’a aucun sens.

«Un trou dans le sol ne peut pas être désigné patrimonial. C’est ridicule et complètement fou. C’est juste une façon de contrôler la propriété des citoyens en affirmant que c’est un site historique. Si c’est le cas, toute la rue Main est un site historique», lance-t-il.

Tout juste en face de Keating’s, se trouve le théâtre Capitol. Son entrée est ornée d’un grand panneau lumineux animé. Pourtant, il s’agit d’un lieu patrimonial, rappelle Steve Vasseur. Il pointe aussi du doigt plusieurs autres entreprises qui utilisent des panneaux éclairés sur la rue Main.

Afin d’installer son système d’affichage électronique, le Capitol a dû passer à travers un processus d’approbation et obtenir un permis en matière de patrimoine municipal

«Le comité du patrimoine a déterminé que c’était raisonnable d’avoir une dynamique d’affichage qui correspond à des spectacles par rapport à des événements culturels dans un milieu public», a expliqué M. Charron.

M. Vasseur compte faire appel de la décision et affirme être prêt à faire appel à des avocats pour se défendre.