Une seule baleine morte pourrait entraîner la fermeture de la pêche au crabe

Ottawa adoptera une «tolérance zéro» sur la mortalité des baleines noires dans le golfe du Saint-Laurent en 2018. Un seul décès de l’espèce menacée pourrait provoquer la fermeture immédiate de la pêche au crabe des neiges, une industrie qui emploie près de 2000 personnes dans le nord de la province.

La réunion du Conseil consultatif du crabe des neiges se déroulait de façon relativement calme, mercredi à Moncton, en début de journée.

La présentation du ministère des Pêches et des Océans sur les mesures de protection des baleines noires a cependant eu l’effet d’une bombe.

Le scientifique a commencé par présenter deux mesures visant à réduire le risque de la mortalité. Une première, la «fermeture statique», impliquerait la fermeture d’une importante aire de pêche à l’intérieur de la zone 12 à partir de la mi-mai. La seconde, la «fermeture dynamique», entraînerait des fermetures temporaires et localisées quand trois baleines ou plus sont observées dans un espace donné.

Les biologistes affirment qu’une des deux options, ou les deux à la fois, pourraient être en vigueur lors de la prochaine saison de pêche.

«Le niveau de tolérance est très bas. C’est presque zéro. Si une baleine est trouvée morte ou empêtrée dans des cordages, attendez-vous à ce que je reçoive l’ordre de fermer la pêche. On ne veut pas se rendre là», a affirmé Marc LeCouffe, directeur de la gestion des pêches et des ressources au MPO.

Dix-sept baleines noires, une espèce menacée d’extinction, ont été tuées au large de la côte est du Canada et des États-Unis l’été dernier, dont 12 dans le golfe du Saint-Laurent.

«Sous le choc»

La nouvelle a pris les crabiers de court. Ils croyaient que l’objectif serait plutôt de diminuer l’impact de la pêche sur les baleines de moitié. Ils craignent qu’une fermeture précoce ait un impact négatif sur les pêcheurs, les employés d’usines de transformation et tous ceux qui dépendent directement ou indirectement des revenus de la pêche.

«C’est vraiment inattendu», affirme Robert Haché, directeur général de l’Association des crabiers acadiens.

«Les options qui ont été présentées, et le fait qu’il va y avoir une tolérance zéro, c’est extrêmement inquiétant. Ça se peut que ça arrive très tôt dans la saison, et ça se peut que ça n’arrive pas du tout. On est un peu sous le choc. On comprend mal comment le MPO peut penser qu’il règlera une situation complexe de façon avantageuse pour tous les joueurs – y compris les pêcheurs, les travailleurs d’usines et les baleines – d’un coup de baguette magique.»

M. Haché voit particulièrement d’un mauvais oeil l’option d’une fermeture statique. Selon lui, cette mesure aurait l’effet inverse de l’objectif.

«Si vous fermez une zone pour la protection (des baleines), vous allez en fait créer une immense attrape-baleine. Tous les pêcheurs qui pêchaient à cet endroit vont mettre leurs casiers à la frontière (de la zone de fermeture). Et la baleine, quand elle va vouloir sortir, elle sera immanquable.»

Le biologiste Matthew Hardy affirme que les scientifiques considèrent effectivement ce qu’il surnomme «l’effet clôture».

«C’est quelque chose que l’on discute dans différents domaines lorsqu’on parle de zones de protection marine. C’est un facteur que l’on considère. Mais on essaie de viser un ensemble de mesures qui assurent une plus grande protection pour la baleine. On vise donc à déplacer l’effort (de pêche) des zones où les baleines sont concentrées.»

Le ministère propose aussi de réduire le nombre de casiers permis par pêcheur et de fermer la saison de pêche deux semaines plus tôt.

À la suite de la réunion de mercredi, les réactions des pêcheurs seront compilées, puis une recommandation sera soumise au ministre des Pêches et des Océans, Dominic LeBlanc. Une annonce concernant les nouvelles mesures de protection des baleines aura lieu avant le lancement de la prochaine saison de pêche.

La pêche au crabe des neiges dans le golfe du Saint-Laurent est habituellement lancée vers la mi-avril, selon la fonte des glaces.

Selon M. Hardy, les baleines pourraient arriver dans le golfe aussi tôt qu’en avril et pourraient rester aussi tard qu’en janvier. Il y a cependant beaucoup d’incertitude entourant le déplacement des mammifères.

Les retombées du secteur du crabe des neiges sont principalement concentrées dans le comté de Gloucester.

En 2010, les ventes générées au Nouveau-Brunswick par les crabiers étaient estimées 270 millions $ selon une étude commandée par le gouvernement provincial. On estimait aussi que l’industrie donnait du travail à 1900 personnes et injectait 140 millions $ dans l’économie du Nouveau-Brunswick.