Tolérance zéro pour les crabiers: Dominic LeBlanc corrige le tir

Dominic LeBlanc corrige le tir. Contrairement à ce que des fonctionnaires du ministère des Pêches et des Océans ont affirmé, mercredi à Moncton, le décès d’une seule baleine noire n’entraînera pas la fermeture de la pêche au crabe des neiges.

Le moins qu’on puisse dire, c’est que les crabiers ont vécu une journée en dents de scie, jeudi.

En matinée, l’Acadie Nouvelle a recueilli des témoignages de pêcheurs très inquiets par rapport aux propos tenus par certains fonctionnaires du MPO, mercredi, à Moncton, lors d’une réunion du Conseil consultatif du crabe des neiges du sud du golfe du Saint-Laurent.

Interrogé à savoir quel est le niveau de tolérance entourant la mortalité des baleines noires en 2018, le directeur de la gestion de la pêche et de de la ressource, Marc LeCouffe, a affirmé mercredi qu’il était «presque zéro», puis que si une seule baleine était trouvée morte ou empêtrée, qu’il allait «recevoir l’ordre de fermer la pêche».

Jeudi après-midi, le cabinet du ministre des Pêches et des Océans, Dominic LeBlanc, a émis une déclaration dans laquelle on assure que cette affirmation est fausse.

«La seule pensée que le ministre pourrait complètement fermer la pêche à la suite de la mort ou de l’empêtrement d’une seule baleine est complètement erronée.»

«Nous sommes en mesure d’apporter des modifications à la pêche de manière ciblée, le cas échéant, mais ces mesures concerneraient certaines zones et certaines périodes et, par conséquent, n’auraient aucune influence sur la pêche dans son ensemble.»

La déclaration se poursuit en affirmant qu’«aucune décision n’a été prise», puisque le ministre tiendra compte des commentaires émis lors de la réunion du conseil consultatif afin d’assurer l’équilibre entre la protection des baleines et la pêche durable.

«Comme c’est le cas pour toute décision de gestion des pêches, le ministre doit soupeser plusieurs éléments, tels que les avantages socio-économiques pour les pêcheurs et le besoin de préserver nos ressources marines pour les générations à venir.»

Les décisions du ministre sur les mesures de protection doivent être annoncées avant la prochaine saison de pêche. Celle-ci sera lancée à la mi-avril, tout dépendant de la fonte des glaces.

Une bien mauvaise matinée

Les crabiers du Nouveau-Brunswick ont vécu une matinée «stressante», alors qu’ils avaient toujours l’impression que le décès d’une seule baleine provoquerait la fermeture entière de la pêche.

La nouvelle a eu «l’effet d’une bombe», selon le crabier Jimmy Lanteigne. Ses collègues et lui partageaient l’opinion qu’une telle décision «n’avait aucun sens».

Un deuxième pêcheur, Joey Lebouthillier, a rappelé que la pêche au crabe des neiges n’est pas seulement importante pour les crabiers, mais aussi pour l’ensemble des communautés côtières.

Une fermeture précoce aurait des conséquences dévastatrices.

«Ça affecterait toute la communauté: les crabiers, les hommes de pont, les travailleurs d’usine et les usines. Quand la pêche commence, tout tourne, que ce soit les restaurants ou autre. Si on arrête la pêche… ça ne va pas bien», affirme-t-il.

Lors de la réunion du conseil consultatif de mercredi, des fonctionnaires du ministère des Pêches et des Océans n’ont pas exclu la possibilité de fermer une importante aire de pêche dans le sud du golfe du Saint-Laurent à partir de la mi-mai, moins d’un mois après le début de la saison de pêche.

Ils proposent également des «fermetures dynamiques», ce qui entraînerait la fermeture de petites zones quand trois baleines noires ou plus sont observées à un même endroit.

La ressource est en bonne santé

Malgré une chute du quota du crabe des neiges comparativement à l’an dernier, le total admissible des captures demeure au-dessus de la moyenne historique. De plus, les crabiers prévoient que les prix «vont être très bons» en 2018.

«C’est pas mal certain que la biomasse va augmenter en 2019, puis qu’elle va continuer à augmenter pendant quelques années. Au niveau de la santé de la ressource du crabe dans le sud du golfe, on n’a aucune inquiétude pour les prochaines années», affirme Robert Haché, directeur général de l’Association des crabiers acadiens.

Le Conseil consultatif du crabe des neiges du golfe du Saint-Laurent a recommandé mercredi un total admissible des captures (TAC) de 25 286 tonnes pour l’ensemble du sud du golfe.

Pour la zone 12 spécifiquement, où pêchent la majorité des crabiers de la Péninsule acadienne, le quota suggéré est de 21 106 tonnes. Selon M. Haché, ce chiffre est 47% plus bas que l’an dernier.

En 2017, le TAC était anormalement élevé en raison d’une double mue du crabe les années précédentes. Le comité consultatif avait suggéré un quota de 43 822 tonnes.