Des Vikings auraient visité le nord du N.-B.

Tout indique que des Vikings ont établi des camps d’été dans la région de Miramichi et de la Baie-des-Chaleurs, il y a plus de 1000 ans, et qu’ils ont eu des conflits avec les mi’kmaq, affirme une archéologue.

Birgitta Wallace, qui a longuement étudié la présence des Vikings comme archéologue pour le compte de Parcs Canada dans la région de l’Atlantique, a récemment publié un article à ce sujet dans la revue de vulgarisation Canada’s History.

Les Scandinaves seraient venus explorer la région à partir de l’Anse aux Meadows située au nord de Terre-Neuve, seul emplacement viking confirmé pour l’instant en Amérique du Nord et qui aurait été leur base pour explorer la région.

Plusieurs indications

Du bois trouvé à L’Anse aux Meadows laisse à penser qu’ils auraient disposé d’un emplacement au Nouveau-Brunswick.

«Ce sont des morceaux de bois en provenance d’un arbre qui pousse au Nouveau-Brunswick et qui a été utilisé pour des artefacts vikings», explique Birgitta Wallace.
Cet arbre, le noyer, n’est pas présent à Terre-Neuve, à l’Île-du-Prince-Édouard et en Nouvelle-Écosse. Mais il y en a au Nouveau-Brunswick, c’est-à-dire le lieu le plus proche de l’Anse aux Meadows où on en retrouve.

Et ce n’est pas tout. Les descriptions des lieux dans la saga de l’explorateur Leif Eriksson, dans la chronique de son passage en Amérique, sont similaires à ce qu’on retrouve dans le journal de Jacques Cartier, presque mot pour mot, souligne la spécialiste.

«Quand on lit les textes, la description du secteur, particulièrement à Miramichi et dans la baie des Chaleurs, ça s’agence tellement bien avec ce qu’on observe», souligne Birgitta Wallace.

La saga décrit également des rencontres avec les communautés autochtones, vraisemblablement les ancêtres de la Première Nation mi’kmaq de Metepenagiag (près de Miramichi), qui auraient été conflictuelles. Des éléments retrouvés à l’emplacement de la communauté viendraient également faire référence à une présence des Vikings.

Pas de preuves sur place

Le campement viking dans la région Chaleur et Miramichi se nommerait Hop, un emplacement évoqué dans les sagas. Mais le lieu est le sujet de débats dans la communauté des chercheurs. D’autres situent Hop au Québec, à Terre-Neuve ou en Nouvelle-Angleterre.

Il n’y a pas de preuves hors de tout doute que les Scandinaves ont bel et bien été au Nouveau-Brunswick, précise la chercheure. Elle doute qu’on trouve des preuves physiques sur place un jour.

«C’était seulement un petit groupe de personnes. Quelques-uns sont restés à Terre-Neuve et des groupes d’au plus 40 personnes sont sorties pendant l’été pour explorer. Et quand ils ont fait ça, ils n’ont pas construit des maisons imposantes comme ils l’ont fait à Terre-Neuve», souligne Birgitta Wallace.

Il n’y a pas eu de fouilles dans cette région pour trouver des traces de la présence viking et il y a une très mince possibilité que des archéologues trouvent des artefacts dans le cadre d’autres fouilles au Nouveau-Brunswick.

L’archéologue précise que les explorateurs nordiques se sont rendus en Amérique du Nord pour une très courte période de temps, c’est-à-dire pas plus d’une dizaine d’années.

«Ils n’ont pas eu beaucoup d’interactions avec les autochtones, excepté quelques batailles si on se fit aux preuves. Ils ont regardé autour et ils sont repartis chez eux. Mais les gens sont très excités à propos des Vikings. Je suis Scandinave moi-même, mais parfois je ne comprends pas cette fascination», dit-elle en riant.

La fascination pour les Vikings revient au goût du jour

Même si leur histoire a toujours fasciné, les Vikings reviennent au goût du jour, remarque l’historien Maurice Basque.

«En Europe entre autres, il y a un nouvel intérêt pour les Vikings dans les revues françaises», souligne-t-il.

L’historien cite en exemple la bien connue revue l’Histoire, qui a publié un dossier sur le sujet en décembre.

Plusieurs facteurs pourraient expliquer cet intérêt renouvelé.

«On a longtemps dit qu’ils étaient essentiellement assoiffés de sang. Il y a leurs dieux comme Odin. Il y a le film Thor, le super héros qui revient à la mode, les sagas… Aussi l’extrême droite en Europe s’inspire beaucoup de la représentation des hommes forts, grands, blonds où il n’y a pas beaucoup de diversités. C’est un retour, c’est un fantasme presque aryen de retourner en arrière et d’avoir une Europe blanche», analyse Maurice Basque.

Le scientifique ajoute que l’article de Birgitta Wallace dans Canada’s History démontre bien qu’il y a eu une présence viking au Nouveau-Brunswick.
«C’est très convaincant. Elle a fait presque une centaine d’articles sur le sujet», dit-il.

M. Basque ajoute que cette présence pourrait expliquer le fait que les mi’kmaq portaient des croix lorsque les Européens sont arrivés dans la région.

Selon l’historien, l’attention portée aux Vikings dans notre région est encore marginale, car l’Histoire est surtout concentrée sur ceux qui ont façonné le pays tel qu’on le connaît aujourd’hui.

«Même que quand j’étais conseillé ou que j’ai participé à la rédaction d’ouvrages pédagogiques, il fallait toujours débattre un peu pour dire «il y a les Vikings en Atlantique», même s’ils ne sont pas restés longtemps… il y a toute une question sur qui a découvert, entre guillemets, l’Amérique, et c’est donné plus du côté des Espagnols», souligne Maurice Basque.