Kedgwick: «Il y a un problème avec le service d’Ambulance NB»

Un nouvel incident en lien avec la livraison du service ambulancier soulève colère, incompréhension et questionnement dans la communauté de Kedgwick.

Le 5 mars dernier, Germaine Albert, 70 ans, de Kedgwick, a vécu un véritable cauchemar. Asthmatique souffrant depuis peu d’une pneumonie, elle a été victime d’une violente crise pulmonaire au beau milieu de la nuit.

Vu la gravité de la situation, sa nièce, Lynda Daigle, venue passer quelques jours chez elle, décide alors d’aller la reconduire à l’hôpital de Saint-Quentin.

«On n’avait pas fait 500 mètres que ma tante étouffait littéralement. On a donc pensé qu’il serait plus sage de faire appel à l’ambulance, afin qu’elle reçoive les soins nécessaires plus rapidement», relate Mme Daigle.

Son expérience avec le service d’urgence 911 est toutefois pénible. Non seulement peine-t-on à localiser Kedgwick sur la carte, mais personne n’est en mesure de dire où se trouve l’ambulance la plus près et quand celle-ci sera en mesure d’arriver sur les lieux.

«Tout ce qu’on m’a dit, c’est qu’une ambulance était en route. Mais quand quelqu’un s’étouffe à côté de toi, c’est important d’avoir une idée du temps que ça va prendre. Si l’ambulance décolle de Saint-Quentin, ce n’est pas la même chose que si elle part de Campbellton ou de Saint-Léonard», précise Mme Daigle.

En tout, l’appel aura duré une quinzaine de minutes. Devant autant d’incertitudes quant à l’arrivée des secours, Mme Daigle décide que c’est assez. Frustrée, elle annule l’ambulance et part elle même reconduire sa tante à l’hôpital dans des conditions routières extrêmement difficiles qui donneront toute une frousse à ses occupants.

L’histoire se terminera heureusement bien pour tout le monde. Une fois arrivée à l’hôpital, Mme Albert est prise en charge par l’équipe médicale. Elle restera admise aux soins intensifs pendant une semaine complète.

Cette mésaventure laisse toutefois un goût amer dans la bouche de Mme Daigle.

«Je ne vois pas du tout comment – avec toute la technologie qui existe aujourd’hui – on n’est pas en mesure de trouver l’ambulance la plus proche et d’entrer en contact avec celle-ci afin de fournir un temps d’intervention approximatif aux gens qui l’attendent. Cette soirée-là, ma tante a bien failli y rester. Et ça serait peut-être arrivé si on avait décidé d’attendre l’ambulance», soutient-elle.

Mobilisation populaire

Ce nouvel incident préoccupe énormément la municipalité de Kedgwick, au point où celle-ci a cru bon organiser une rencontre publique d’urgence. En dépit du court délai d’organisation, plus de 200 citoyens ont pris part à cette réunion spéciale, lundi soir.

Ce n’est pas la première fois, faut-il le rappeler, que la livraison des services ambulanciers fait les manchettes au Restigouche-Ouest. L’an dernier, une série de délais survenus au courant de l’été avaient été hautement médiatisés.

Ces délais avaient conduit la municipalité à effectuer certaines propositions pour améliorer le service, notamment l’ajout d’un poste d’ambulance à Kedgwick et d’une seconde ambulance 24/7 sur le territoire du Restigouche-Ouest. Fort de ce nouvel incident, la mairesse revient aujourd’hui à la charge avec sa proposition.

«Des histoires comme ça, c’est très préoccupant, incompréhensible et tout à fait inadmissible. On ne veut pas tout avoir, mais je crois que c’est juste le gros bon sens. Notre région a besoin d’une seconde ambulance permanente et mes citoyens ont aussi droit à un service de qualité. Et pour ce qui est de son emplacement, elle doit être basée ici, à Kedgwick», dit la mairesse Janice Savoie, réitérant sa demande de l’époque.

S’adressant à la foule, elle a martelé que le statu quo n’était plus acceptable.

«Le service actuel n’est pas adéquat et nous ne sommes vraiment pas satisfaits. On le dit depuis un moment, il y a un problème avec le service d’Ambulance NB, de grosses lacunes. On a beau leur répéter, on ne nous écoute pas. Ce soir, on le dit tous ensemble et d’une seule voix, nous voulons que ça change, nous voulons une ambulance pour notre communauté», a-t-elle lancé sous les applaudissements des gens présents.

En consultant sa population lundi soir, la mairesse Savoie espérait obtenir l’appui des citoyens de Kedgwick dans ce dossier. Elle souhaite également que ses citoyens demeurent dorénavant aux aguets et avisent la municipalité au moindre écart d’Ambulance NB.

«À ce moment-ci, je crois qu’il faut mettre plus de pression. C’est notre population qui est à risque, c’est donc à elle de me dire dans quelle direction aller. Il est temps qu’on se mobilise pour avoir un service de qualité», souligne Mme Savoie.

Se disant ouverte au dialogue, la mairesse déplore du même souffle l’absence d’écoute de la part d’Ambulance NB.

«Jusqu’ici, on parle, mais personne n’écoute. Toutes nos suggestions ont été rejetées prétextant que le service offert se conforme aux exigences. Mais moi je n’y crois tout simplement pas», ajoute-t-elle.

Elle dit par ailleurs avoir eu l’occasion de discuter avec le député local, le ministre Gilles LePage, qui s’est dit prêt à travailler de façon constructive avec la municipalité.

Une rencontre avec la communauté voisine de Saint-Quentin est par ailleurs également prévue afin de tenter de négocier un compromis, tel un partage du futur poste ambulancier.

De son côté, Jean-Pierre Savoie, directeur des opérations, Ambulance Nouveau-Brunswick, a fait savoir que «les soins prodigués à nos patients et leur sécurité sont notre priorité à Ambulance Nouveau-Brunswick. Il nous est impossible de discuter de cas particuliers en raison de la confidentialité des renseignements sur les patients. Nous désirons, toutefois, clarifier certains détails avec l’individu et sa famille.»